La fusariose est une maladie fongique des céréales.
La fusariose s'attaque plus fréquemment au blé, mais peut également infecter l'orge, l'avoine, le seigle, le maïs, la graine des canaris et les graminées fourragères. Dans le blé, elle est caractérisée par des grains crayeux d'apparence mince et échaudée. Les grains fusariés comportent également des moisissures blanches ou rosées fibreuses au niveau du sillon et parfois dans le germe. Dans l'orge, les grains fusariés comportent des incrustations de moisissure rose,orange ou noire. Au microscope, les incrustations noires semblent dépasser de la surface du grain et sont entourées de moisissure blanche.
Selon l'espèce de champignon fusarium qui infecte la graine, la fusariose peut produire des mycotoxines, dont le plus courant est le désoxynivalénol (DON), également appelé vomitoxine. Le désoxynivalénol est une substance peu toxique comparativement à d'autres toxines présentes dans les céréales et les fourrages. Les seuls symptômes que les producteurs risquent de constater sont une baisse de la consommation de grains fourragers ainsi que la baisse de performance qui en résulterait.
Divers organismes fédéraux, provinciaux et du secteur céréalier travaillent ensemble pour aider les producteurs et assurer le bon fonctionnement du système d'assurance de la qualité du grain canadien. Le présent bulletin renferme un résumé des programmes et informations fournis par divers organismes qui intéresseront les producteurs, les commerçants et les acheteurs de grains. Pour tout complément d'information, adressez-vous aux personnes-ressources.
Comme par le passé, la Commission canadienne du blé (CCB) offrira un programme de livraison du blé fusarié.
En vertu du programme, certaines classes et certains grades de blé atteint de fusariose au-delà des seuils de tolérance seront acceptés aux silos de collecte. Les agriculteurs recevront ainsi un prix qui témoigne de la qualité de leur blé de grade supérieur, moins la déduction pour le poids des grains fusariés au-delà du seuil de tolérance. Cependant, le volume de grain pouvant être expédié par un silo dans le cadre du programme sera peut-être limité.
En date du 1er août 1999, les classes et grades de blé qui seront acceptés avec un pourcentage de grains fusariés allant jusqu'à 5,0 % sont les suivants : blé roux de printemps CWRS nos 2 et 3, blé roux de printemps Canada Prairie no 2, blé blanc de printemps Canada Prairie no 2, blé extra fort roux de printemps OC no 2 et blé dur ambré CWAD nos 3 et 4.
Dans le cas de tous les autres grades, les seuils de tolérance de grade primaire de la Commission canadienne des grains pour le blé atteint par la fusariose s'appliqueront.
La présence de vomitoxine dans le grain fusarié peut entraîner des problèmes dans l'alimentation du bétail. Chaque espèce réagit différemment à la toxine. Les effets de la vomitoxine DON sur les différentes espèces d'animaux d'élevage sont abordés ci-après, de même que les teneurs limites d'ingestion recommandées par Agriculture et Agroalimentaire Canada.
Dès que la ration complète contient plus de 1 mg/kg de DON, on observe une perte plus ou moins importante d'appétit. Les producteurs peuvent s'attendre à ce que les animaux réduisent leur consommation d'environ 5 % lorsque la ration contient entre 1 et 2 mg/kg de DON et de 25 % lorsque la ration en contient 4 mg/kg. Il arrive que les porcs refusent de toucher aux aliments contenant des niveaux de l'ordre de 10 à 20 mg/kg. Les vomissements sont plutôt rares, bien qu'on en ait déjà rapporté dans les cas d'ingestion d'aliments à forte teneur en vomitoxine (20 mg/kg de DON).
Les porcelets sont plus sensibles aux effets du DON et peuvent commencer à refuser leurs aliments à des niveaux de concentration inférieurs à 1 mg/kg. Autant que possible, on doit éviter que les porcelets ingèrent des aliments composés de grain contenant du DON.
Le DON ne semble pas avoir de graves effets sur la reproduction, bien que l'on connaisse mal l'effet de cette substance sur la capacité de reproduction des porcs. On devrait donc éviter de donner des aliments contenant du DON aux truies gestantes et allaitantes, ou du moins minimiser son emploi. Afin d'éviter des difficultés de reproduction, il est recommandé de servir uniquement des aliments dont la teneur en DON est inférieure à 1 mg/kg.
Jusqu'en 1993, très peu d'essais avaient porté sur l'alimentation des vaches laitières en cours de lactation. Or, de récentes recherches ont révélé que les vaches laitières semblent tolérer des niveaux de DON assez élevés. Lors d'essais menés par Agriculture Canada, des vaches ont reçu des aliments contenant 6,4 mg/kg de DON pendant 10 semaines, et leur production n'en a pas souffert. Une étude menée à l'Université du Manitoba a démontré que lorsque des vaches produisant plus de 33 kg de lait par jour consommaient des aliments contenant 8,4 mg/kg de DON, il ne se produisait aucune baisse en ce qui concerne la quantité de matière sèche ingérée et le rendement laitier.
Les bouvillons et les agneaux d'élevage ou d'engraissement peuvent tolérer des niveaux de DON beaucoup plus hauts sans que l'on n'observe de perte d'appétit. Grâce à certaines recherches, on a constaté aucune perte d'appétit ni aucune baisse de gain de poids chez les agneaux d'engraissement qui ont ingéré des aliments contenant 15 mg/kg de DON pendant 4 semaines À l'issue d'essais menés à la University of Minnesota en 1993-1994, au cours de laquelle des bouvillons ont ingéré des aliments contenant 18 mg/kg de DON durant le stade d'engraissement, on n'a constaté aucun effet sur le gain de poids, l'appétit ou l'indice de consommation. Des essais menés à la North Dakota State University (NDSU) en 1993-1994, les animaux ont ingéré des aliments contenant jusqu'à 9 mg/kg de DON durant le stade de croissance et jusqu'à 12 mg/kg durant le stade d'engraissement sans que l'on ne constate d'effets sur la performance.
En fonction des essais menés depuis 1993, il paraît que, aux niveaux analysés, le DON n'a aucun effet sur la capacité de reproduction. À la NDSU, on a alimenté des rations contenant 10 mg/kg de DON, sur la base de matière sèche, aux génisses vers le milieu et la fin de la période de gestation. On n'a constaté aucun effet sur l'appétit, le gain de poids, le taux de vêlage ni sur les poids des veaux à la naissance. Ces résultats sont semblables à ceux obtenus avec des brebis à l'Université du Manitoba et à la University of Minnesota qui ont ingéré des aliments contenant jusqu'à 12 mg/kg vers la fin de la période de gestation sans aucun effet sur le nombre d'agneaux par portée, le pourcentage d'agneaux nés vivants ou sur les poids des agneaux à la naissance. À la University of Minnesota, des brebis ont également ingéré des aliments contenant 7 mg/kg de DON à compter de 10 jours avant l'accouplement jusqu'à 30 jours après l'accouplement sans aucun effet ultérieur sur la capacité de reproduction.
Aucunes données n'existent sur l'effet du DON dans l'alimentation des chevaux. On recommande donc de réduire autant que possible l'ingestion de grains contaminés.
La volaille est le groupe d'espèces le plus résistant aux effets de la vomitoxine. Certaines études ont permis de démontrer que des niveaux allant de 20 à 50 mg/kg n'avaient aucun effet sur la production.
Les limites indiquées précédemment concernant la concentration de vomitoxine sont exprimées en pourcentage par rapport à la matière sèche et portent sur la ration totale. Dans le cas des ruminants, on inclut dans le calcul la fraction composée de fourrages grossiers. Par exemple, du grain contenant 15 mg/kg de vomitoxine pourrait entrer dans la ration des veaux en croissance s'il ne constituait que le tiers de la quantité totale de matière sèche ingérée, le reste de la ration étant composé de fourrage.
Plusieurs facteurs, dont le stress et la présence d'autres mycotoxines, peuvent influer sur la réaction des animaux à l'ingestion de DON. Les animaux soumis à des conditions adverses sont plus sensibles aux effets des mycotoxines et peuvent réagir à des doses de DON plus faibles. Parmi les causes courantes de stress, citons :
L'effet des mycotoxines peut être amplifié par la présence d'autres substances de même nature, de sorte que l'on peut constater des symptômes avec des niveaux de DON inférieurs aux limites recommandées. On considère que le DON tient un rôle de «marqueur» dans la mesure où il indique la présence éventuelle d'autres toxines encore non décelées. Bien que le marqueur ne soit pas toxique chez certaines espèces animales, la ou les toxines non identifiées pourraient avoir un effet néfaste.
Il est difficile d'établir des recommandations en matière de rationnement à partir des données scientifiques, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les chercheurs utilisent parfois de la vomitoxine raffinée. Cette substance n'est pas aussi toxique que celle produite spontanément, du fait qu'elle ne contient pas de métabolites de DON. Également, les essais étant menés en milieu contrôlé, les animaux sont exposés à des conditions peu stressantes et reçoivent des rations bien calculées.
Lorsque les animaux des espèces les plus tolérantes ingèrent du grain à forte teneur en DON, on se préoccupe non pas de la performance des animaux mais plutôt de l'accumulation possible de désoxynivalénol dans les produits alimentaires tels que la viande, le lait et les oeufs. De nombreux travaux de recherches ont permis de démontrer que les résidus de DON dans l'organisme ne pose pas de problèmes. En effet, le DON est rapidement métabolisé par l'animal, et il se produit peu d'absorption et de rétention dans les tissus de l'organisme.
Les chercheurs ont examiné un certain nombre de traitements mécaniques et chimiques pour tenter de rendre le DON non toxique. Malheureusement, il n'existe pas de solution facile pour parvenir à la détoxication du grain contenant du DON, à part d'enlever les grains atteints.
Un produit qui pourrait servir à réduire la toxicité du DON a été commercialisé au Manitoba. Fait à base de silicate de sodium et d'aluminium hydraté (SSAH), ce produit est vendu par plusieurs sociétés et sert d'agent anti-agglutinant dans la fabrication d'aliments du bétail. Ce produit ne semble pas avoir la propriété de lier de grandes quantités de DON.
Une étude conjointe entre Agriculture Manitoba et la CCG a révélé que le DON se trouve habituellement presque exclusivement dans les grains fusariés. Dans la plupart des échantillons, on n'en décèle que des quantités infimes dans les grains non endommagés et les tiges. Le montant de DON dans la paille de céréales dépend essentiellement de la présence de paillettes et de grains contaminés, auquel cas cette paille ne devrait pas servir de nourriture pour des chevaux ni de litière pour des porcs.
Il est également important de noter que le test rapide du nom d'ELISA qui est offert pour analyser la quantité de DON dans la paille ne semble pas donner satisfaction. Les producteurs devraient analyser la paille à un laboratoire qui recourt aux méthodes de couplage entre la chromatographie en phase gazeuse et la spectrométrie de masse.
La teneur en désoxynivalénol (DON) culmine entre deux et trois semaines avant que le grain parvienne à maturité, pour ensuite commencer à diminuer. Comme les fourrages verts et le fourrage ensilé sont récoltés avant que le grain soit mûr, la quantité de DON présente dans la plante récoltée risque d'être considérablement plus élevée que dans le grain battu. La toxine est toutefois fortement diluée en raison de l'abondance de feuilles et de tiges, dont on sait qu'elles ne contiennent pratiquement pas de DON.
Par ailleurs, si l'ensilage est confectionné correctement, la moisissure cessera de croître. Il est toutefois essentiel que le silo soit parfaitement hermétique. Enfin, l'ensilage ne permet de détruire le DON présent dans les épis avant la coupe.
Les grains à forte teneur en eau peuvent également poser des problèmes, car ils sont également récoltés avant maturité. En outre, la quantité de DON ne se trouve pas diluée dans la masse de feuilles et de tiges.
Les analyses visant à déterminer le montant de DON présent dans les grains fusariés constituent un élément important de la planification du rationnement des animaux. Toutefois, il est encore plus important que les producteurs continuent à surveiller le comportement de leurs animaux et de prendre des mesures dès qu'ils constatent une baisse d'appétit.
L'analyse des grains fourragers, que ce soit pour en connaître la valeur nutritive ou la teneur en DON, a uniquement pour objectif de fournir des données de base pour la préparation des rations alimentaires. Encore faut-il surveiller de près les animaux. Toute baisse dans la quantité ingérée peut indiquer que la concentration du DON dépasse la limite acceptable.
Il arrive fréquemment que les données des rapports d'analyse varient d'un test à l'autre, car la mycotoxine n'est pas toujours répartie uniformément. En outre, on observe couramment de grandes variations dans la teneur du grain en DON entre champs ainsi qu'à l'intérieur même d'une parcelle (p.ex. entre la bordure et le centre). Également, la concentration du DON varie d'un grain contaminé à l'autre. Toutes ces raisons font que les résultats d'analyse pourraient être différents même lorsque l'on pense avoir obtenu un échantillon très représentatif.
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