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La détérioration et l’échauffement des produits agricoles entreposés



Chapitre 10 – Caractéristiques des denrées

Tandis que la première partie traite des principes intervenants dans la détérioration et l’échauffement des produits entreposés, la deuxième partie a pour objet les particularités et les problèmes de l’entreposage de certaines denrées. Pour des raisons de commodité, des caractéristiques de chaque denrée seront décrites dans l’ordre suivant : risques relatifs d’entreposage; normes de teneur en eau, avec des catégories de grains «sec», «gourd», «humide», «trempé» et «mouillé» établies par la réglementation de la Loi sur les grains du Canada et sujettes à des révisions périodiques; les limites de teneur en eau établies par le United States Department of Agriculture (1978); les directives de conservation; les directives de séchage, décrites en majeure partie par Friesen (1981) et Hall (1980); les facteurs de déclassement pour détérioration et échauffement; comme : échauffé, brûlé en cours d’entreposage, brûlé et pourri; l’apparence des grains endommagés, décrite par la Commission canadienne des grains (1987); et les problèmes reconnus d’entreposage et/ou de séchage. Ensuite, nous décrirons les problèmes rencontrés en cours d’entreposage pour chaque denrée, avec des détails relatifs aux études de cas et des méthodes de traitement utilisées.

Pour tout renseignement sure les caractéristiques d’un grand nombre de denrées et pour les problèmes qui s’y associent au cours de l’entreposage, de l’arrimage et du transport, le lecteur peut se reporter au Lloyd’s Survey Handbook (Knight, 1985).

Risques relatifs d’entreposage

On trouvera au tableau 14, pour une série de denrées, cinq niveaux de risques d’entreposage et d’auto-échauffement. Le niveau de risque pour chaque denrée a été déterminé en fonction d’une évaluation générale de la taille des grains ou des particules, de la nécessité d’une atmosphère d’entreposage inerte, du contenu en huile totale, de la présence d’huile résiduelle et de l’histoire connue des problèmes d’entreposage. Le tableau 14 est une version remaniée et étendue du tableau 2 de la National Fire Protection Association (1949) et comprend les graines de soja, de colza, de canola, et autres produits.

Tableau 14 – Risque relatif de détérioration, d’auto-échauffement dans les denrées entreposées
  Niveau de risque
Très élevé (classe 1) Élevé (classe 2) Modéré (classe 3) Modéré-faible (classe 4) Faible (classe 5)
* essentiel
Taille des particules/ graines très faible petite petite/grand moyenne moyenne
Type de produit graines oléagineuses; produites à base d’herbe farines contenant de l’huile; et de petites fibres graines oléagineuses céréales à forte teneur en huile céréales légumes
Fréquence des problèmes très fréquents fréquents fréquents assez fréquents occasionnels
Besoin de gaz inerte d’essentiel à préférable non non non non
Exemples luzerne grains de brasserie cajola, colza alimentation bétail, porcs volaille orge
graine de pavot* graines de mais graines de coton   sarrasin domestique
  coton graines de moutarde domestique maïs féveroles
  farine de poisson graines de lin cajola, colza haricots
  foin graines de carthame   lentilles
  son de riz graines de soya   millet
    graines de tournesol   avoine
        arachides, pois riz seigle, criblures, sorgho, triticale blé
        son de blé, remoulages semoules

Directives de conservation

La conservation d’une denrée dépend largement de sa teneur en eau (plus strictement de l’humidité relative de l’atmosphère inter granulaire) de sa température, de la durée de l’entreposage, ainsi que d’autres facteurs. Dans toute la mesure du possible, on trouvera pour chacune des 35 denrées décrites dans la deuxieme partie, les renseignements concernant ces facteurs-clés, ainsi que la teneur en eau de la denrée en équilibre avec une humidité relative de 70 %, niveau au-dessus duquel les moisissures commencent à se développer. Pour des raisons de commodité, les données relatives à la teneur en eau et à l’humidité relative sont également résumées au tableau 15.

Tableau 15 – Humidité relative en équilibre avec la teneur en eau et pourcentage de matières mouillées de graines et autres matières (d’après Hall, 1980; Henderson, 1985; Kreyger, 1972; Löwe et Friedrich, 1982)
Matière Température
(°C)
Humidité relative (%)
40 50 60 70 80 90 100
Graines
*Chiffres incertains en raison du développement de moisissures
Orge 25 9,7 10,8 12,1 13,5 15,8 19,5 26,8
Sarrasin 25 10,2 11,4 12,7 14,2 16,1 19,1 24,5
Coton 25 6,9 7,8 9,1 10,1 12,9 19,6
Haricots blancs petits et plats 25 9,6 11,0 12,6 15,0 18,1*
Haricots rouge sombre 25 9,6 10,7 12,5 15,0 18,6*
Graines de lin 25 6,1 6,8 7,9 9,3 11,4 15,2 21,4
Avoine 25 9,1 10,3 11,8 13,0 14,9 18,5 24,1
Pois verts 25-35 9,7 11,3 13,1 15,3 19,3 27,2
Pavot (opium) 25-35 5,9 6,9 8,0 9,5 11,7 17,0
Riz (non décortiqué) 25 10,9 12,2 13,3 14,1 15,2 19,1
Seigle 25 9,9 10,9 12,2 13,5 15,7 20,6 26,7
Maïs décortiqué 25 9,8 11,2 12,9 14,0 15,6 19,6 23,8
Sorgho 25 9,8 11,0 12,0 13,8 15,8 18,8 21,9
Soja 25 7,1 8,0 9,3 11,5 14,8 18,8
Blé tendre d’hiver 25 9,7 10,9 11,9 13,6 15,7 19,7 25,6
Blé dur d’hiver 25 9,7 10,9 12,5 13,9 15,8 19,7 25,0
Blé dur de printemps 25 9,8 11,1 12,5 13,9 15,9 19,7 25,0
Blé durum 25 9,4 10,5 11,8 13,7 16,0 19,7 26,3
Autres matières
Luzerne sèche 25 6,6 8,3 10,0 13,0 14,5
Son 21-27 14,0 18,0 22,7 38,0
Tourteaux de lin 21-27 13,5 17,5 23,5 40,5
Paille d’avoine 29 7,6 8,5 10,9 11,5 14,5
Granulés pour les porcs 25 9,4 10,6 12,2 14,0 17,0 22,7
Granulés pour les poulets de chair 25 13,0
Granulés pour bovins 25 13,0

Directives de séchage

À mesure qu’on augmente la température du courant d’air du séchoir, le séchage du grain va en s’améliorant; mais si cette température est trop élevée, le grain se détériore. Il est donc important de ne pas dépasser la température maximale fixée pour le grain en cours de traitement. La température maximale de séchage citée pour chaque denrée est fixée en sorte que le séchage ne s’effectue pas à plus de 1 % au-dessous de la teneur en eau prise comme norme des grains secs (à l’exception du colza et du canola) (Commission canadienne des grains, 1987); et on ne doit pas retirer plus de 6 % de teneur en eau en une seule phase dans un séchoir à grande vitesse. Avec des séchoirs dans lesquels le grain est exposé à la chaleaur pendant de longues périodes, (comme dans les séchoirs de silos sans recirculation) il est particulièrment conseillé, pour le colza et le canola, d’utiliser des températures inférieures de 5 à 10 °C à celles qui sont fixées pour l’utilisation commerciale (Friesen, 1981). Les conséquences d’un séchage défectueux sont plus importantes avec certaines denrées qu’avec d’autres et les dommages ainsi provoqués peuvent réduire la valeur d’une denrée donnée pour certaines utilisations plus que pour d’autres. Enfin, les effets indirects d’un séchage défectueux peuvent être plus importants que les effets directs. La réduction de viabilité rend le grain plus sensible à l’invasion par les moisissures et/ou détériorations qu’elle entraîne. La friabilité entraînée par les effets d’une température de séchage excessive conduit à une augmentation de la brisure qui se produit en cours de traitement (Freeman, 1980).

Définitions des termes de classement

Selon la Commission canadienne des grains (1987), voici les définitions des termes de classement :

Les grains brûlés en cours d’entreposage ressemblent beaucoup, quant à la couleur aux grains brûlés. À la différence des grains brûlés, cependant, leur section apparaît lisse et vitreuse. Le poids d’un grain brûlé en cours d’entreposage est analogue à celui d’un grain sain, de taille comparable.

Des grains brûlés sont des grains carbonises ou roussis par le feu. Si on les coupe transversalement, ils ont l’aspect du charbon de bois, avec de nombreuses cavités. À la différence du grain brûlé en cours d’entreposage, un grain brûlé pèse beaucoup moins qu’un grain normal de taille comparable.

Les grains chauffés sont des grains qui ont la couleur, le goût et l’odeur caractéristiques des grains qui ont subi un échauffement spontané en cours d’entreposage, y compris les grains qui ont changé de couleur à la suite d’un séchage artificiel, mais non les grains carbonisés.

Les grains pourris sont ceux qui ont subi une décomposition ou une dégradation causée par des bactéries ou des champignons. On peut les identifier par le noircissement, le changement de couleur ou le ramollissement total ou partiel du grain.

Granulés de luzerne (Medicago sativa L.)

Risques relatifs d’entreposage : Très élevés

Normes de teneur en eau : Pas de normes au Canada, mais le manufacturier doit fixer la teneur maximale en eau présente.

Directives de conservation : D’une façon générale, éviter les teneurs en eau extrêmes : la teneur en eau appropriée est fixée entre 9 et 10%, mais après traitement, elle peut s’abaisser entre 6,6 et 8,5%. Les granulés sont tamises avant l’entreposage et la poussière qui en reste est mise en granulés pour améliorer la ventilation, éviter le gaspillage et réduire les risques d’incendie. Après refroidissement, les granulés sont entreposés dans de vastes silos qui peuvent contenir jusqu’à 810 t. De façon courante, on retire des silos pleins un chargement, qui permet d’éliminer les granulés sur le point d’être en mauvais état qui se trouvent près de la surface. Plus tard dans la saison, le silo est rempli à plein bord, en vue d’un entreposage à long terme (9 mois). Une aération sert à refroidir les granulés entreposés. On installe quelquefois un tuyau au sommet des cellules étanches, afin de répandre de l’azote destiné à maintenir la qualité du granule et à éteindre les feux. Pour le transport, il est essentiel d’utiliser des wagons étanches (National Fire Protection Association, 1981).

Apparence : Les granulés obtenus à partir d’une luzerne de première coupe sont généralement beaucoup plus clairs et contiennent plus de graines de mauvaises d’herbes que ceux qui proviennent d’une luzerne de seconde coupe.

Problèmes d’entreposage : Lorsque s’est produit un échauffement prononcé ou un incendie, des granulés de luzerne déshydratés présentent des problèmes d’échauffement. Récemment, dans plusieurs cas, au Canada, après la découverte de problèmes d’échauffement, on a utilisé la méthode suivante :

  • on a ouvert le silo et l’O2 a stimulé le feu à son début entraînant une production de fumée et de chaleur aboutissant a de graves pertes de produits;
  • le silo a été aéré, mais les granulés se trouvaient déjà à un stade avancé d’échauffement et l’installation a été détruite par l’incendie;
  • on a fait au silo un traitement d’azote, mais l’incendie est reparti dès que le produit a été retiré;
  • le silo n’a pas été déchargé, du fait du blocage de l’auget, et une ouverture a été pratiquée à la base pour installer un auget extérieur. Ce dernier s’est obstrué à son tour et un ouvrier a essayé alors de le dégager avec un bâton qui fut rejeté violemment, blessant l’ouvrier.

Avec les granulés de luzerne entreposés, il est indispensable de prévenir l’apparition des problèmes en surveillant constamment l’état des granulés, en utilisant des cellules étanches, avec des tuyaux d’admission permettant de répandre du dioxide de carbone ou une quantité supplémentaire d’azote gazeux en cas de feu ou, de façon idéale, en entreposant les granulés en atmosphère d’azote gazeux ou autre gaz inerte. On peut retirer des silos le granulé en phase d’échauffement en se servant d’une chargeuse frontale pour retirer des tôles à la base de la cellule, puis en retirant le produit du tas qui s’est ainsi formé.

Étude de cas : en septembre 1987, de la fumée et de la vapeur s’échappaient du ventilateur de la toiture d’un silo de 810 t de granulés de luzerne dans une installation de l’ouest du Canada. Les granulés étaient entreposés depuis 1 ou 2 mois, au cours desquels la température des silos n’avait pas été vérifiée. On décida d’enlever tous les granulés non endommagés en pratiquant dans les parois du silo deux ouvertures au niveau du sol, une de chaque coté. Après avoir retiré 100 t de granulés, une explosion se produisit qui déplaça le ventilateur et le tuyau d’entrée des granulés et causa des dommages aux montants du toit (fig. 19a, 19b). Le feu noircit les parois et le toit au-dessus du niveau des granulés (fig. 19c). On réussit à maîtriser l’incendie en arrosant par l’ouverture du toit et en enlevant les granulés chauds par l’ouverture la plus large (225 x 130 cm). Plus tard, on pratiqua un autre trou dans la paroi afin de donner accès par le chargeur frontal. Tous les granulés ont subi des dommages, soit par le feu soit par la fumée.

Dommages causés par un incendie dans des granulés de luzerne entreposée

Dommages causés par l’explosion au sommet du toit, au-dessus de l’ouverture dans le mur et le distillat brun répandu sur les murs

Figure 19a – Dommages causés par l’explosion au sommet du toit, au-dessus de l’ouverture dans le mur (flèche) et le distillat brun répandu sur les murs (flèche)

L’explosion a déplacé le chapeau de la toiture, le ventilateur, le tuyau d’entrée des granulés et a causé la distorsion des poutres du toit

Figure 19b – L’explosion a déplacé le chapeau de la toiture, le ventilateur, le tuyau d’entrée des granulés et a causé la distorsion des poutres du toit

ommages causés par le feu aux murs intérieurs directement au-dessus de l’ouverture du mur

Figure 19c – Dommages causés par le feu aux murs intérieurs directement au-dessus de l’ouverture du mur.

Les pratiques de gestion utilisées

  • L’évaluation de la teneur en humidité des granulés a été faite après le séchage et on a trouvé 10% d’humidité.
  • On a enlevé les granulés périodiquement à l’aide d’un conduit aspirant fixé à la paroi la plus basse et branché au conduit d’entrée du toit.
  • On a retiré les granulés en pratiquant des ouvertures dans les parois du silo avec une torche à l’oxyacétylène.
  • On a maîtrisé l’incendie en arrosant sous pression par l’évent du toit au bout d’une grande échelle mécanique et en enlevant les granulés brûlés et moisis par les ouvertures des parois.

Bonnes méthodes :

  • On devrait tamiser les granulés avant l’entreposage afin d’enlever les poussières et les déchets, d’améliorer la circulation d’air et de réduire les risques d’incendie.
  • On devrait déterminer la teneur en eau à partir d’échantillonnages périodiques afin de connaître la teneur maximale en eau et les dangers possibles.
  • On devrait surveiller avec soin la teneur en eau et la température des stocks entreposés et on devrait enregistrer les données pour s’y référer plus tard.
  • On devrait installer les thermocouples dans le silo.
  • On devrait aérer les stocks afin d’avoir la même température et la même humidité pour tous les stocks.
  • On devrait installer des conduits d’entrée afin d’envoyer des quantités supplémentaires de CO2 et N2 sur le silo pour l’entreposage de granulés ou la maîtrise d’incendie.
  • On aurait dû avoir recours à l’avis d’un expert lorsqu’on a remarqué de la fumée.
  • On aurait du éteindre l’incendie en le recouvrant de CO2 par le conduit d’entrée de 15 cm de diamètre au-dessus et par d’autres trous pratiqués dans les parois.
  • On devrait sceller le silo pour empêcher l’air d’y entrer et faire sortir les gaz sous pression.
  • On ne doit pas arroser des stocks brûlés, car de l’oxygène peut s’y introduire et créer un risque d’explosion (National Institute for Occupational Safety and Health, 1985).
  • On doit laisser refroidir le contenu d’un silo avant de l’enlever.
  • On ne doit pas pratiquer de trous dans les parois du silo lorsque le feu couve parce que l’oxygène peut s’y introduire et ainsi créer un risque d’incendie et d’explosion (fig. 18c).
  • On doit pratiquer les trous en utilisant une scie à métal et non une lampe à découper à moins que le silo soit vide (Harvestore® Products, 1982).

Canola oil made from severely heat-damaged canola seeds (dark bottle), from the same seeds but later decolorized, and undamaged canola seeds (clear bottle), respectively

Figure 18c – Huile de canola fait avec des graines de canola très brûlées (bouteille foncée), avec les mêmes semences mais décolorées par la suite et avec des semences non brûlées (bouteille claire).

Orge (Hordeum vulgare L.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 14,8%
  • Gourd : de 14,9 à 17,0%
  • Humide : au-dessus de 17%

Directives de conservation : Pour la conservation de l’orge, la teneur en eau maximale doit être de 13% pour 1 an d’entreposage et de 11% pour 5 ans (Hall, 1980). De l’orge avec une teneur en eau initiale comprise entre 10,3 et 12,1% et ensilé entre 22 et 35 °C s’est conservée en bonne condition sans augmentation des acides gras libres pendant 3 ans dans les silos d’une ferme du Manitoba (Sinha et Wallace, 1977). Dans un laboratoire, de l’orge s’est conservée pendant 18 mois avec une teneur en eau inférieure ou égale à 13,2%, sans être envahie par les champignons, selon Tuite et Christensen (1955). Par contre, des grains à teneur en eau juste au-dessus de 14 % et au-dessous ont été enhavis par l’Aspergillus restrictus, une variété à croissance lente du groupe de moisissures d’entreposage A. glaucus, après plusieurs mois d’entreposage. Burrell (1970) a délimité les combinaisons teneur en eau-température qui peuvent laisser prévoir des problèmes de détérioration par les moisissures et d’infestations par les acariens dans l’orge entreposée sur une période de 32 semaines dans les conditions des fermes du Royaume-Uni. Il a montré que de l’orge maltée de grande valeur avait besoin d’être séchée jusqu’à une teneur en eau de 12% et d’être refroidie afin d’éviter le risque d’infestation par des acariens.

Directives de séchage : Les températures de séchage maximales sont de 45 °C pour l’orge de semence ou de maltage, de 55 °C pour usage commercial et entre 80 et 100 °C pour la nourriture du bétail (Friesen, 1981). Cependant des producteurs de malt canadien préfèrent que l’orge qui leur est destinée ne soit pas séchée par le producteur.

Facteurs de déclassement : L’orge est déclassée numériquement quand elle contient une forte proportion de grains brûlés en cours d’entreposage, chauffés ou pourris, ou qu’elle a une odeur d’échauffement ou de brûlé. L’orge est classée dans la catégorie Échantillon, si elle contient plus 0,5 % de grains brûlés en cours d’entreposage ou si elle a une odeur brûlé, si elle contient plus de 10 % de grains chauffés ou si elle a une odeur distincte d’échauffement, ou si elle contient plus de 10% de grains pourris. Lorsqu’il y a à la fois des grains chauffés et pourris, on tient compte des deux.

Apparence des grains chauffés : La glume qui recouvre le germe change souvent de coloration pour prendre une couleur brun doré. Quand la glume est retirée par l’opération mécanique de perlage, le germe apparaît de couleur rouge ou brune. À mesure qu’augmente le degré de détérioration par la chaleur, on voit apparaître une plus grande proportion des grains perlés qui sont de couleur rouge acajou à brun.

Problèmes d’entreposage : Le grain fraîchement moissonne avec une teneur en eau dépassant 14 % risque de s’échauffer et de s’avarier. Il suffit d’un développement modéré des moisissures nuisibles pour détruire la faculté de germination de l’orge et lui donner une odeur de moisi. L’orge qui est destinée à la semence ou au maltage demande une surveillance étroite et des soins spéciaux en cours d’entreposage (Dickson, 1959). Toute élévation de température notable se produisant dans de l’orge en cours de maltage est considérée comme un signe indicateur de Problèmes (Christensen et Kaufmann, 1972). Le tableau 16 indique le nombre de semaines après lesquelles on estime que se produit une diminution des facultés de germination de l’orge avec une teneur en eau comprise entre 11 et 23 %, entreposé entre 5 et 25 °C (Kreyger, 1972).

Tableau 16 – Évaluation du nombre de semaines de conservation de l’orge avant l’apparition d’une diminution de la germination (d’après Kryger, 1972)
Teneur en eau
(% de base humide)
11 12 13 14 15 16 17 19 23
Température
d’entreposage
(°C)
Nombre maximum de semaines de conservation en entreposage
25 54 39 25 16 9 5 2,5 1
20 110 80 50 32 19 10 5 2 0,5
15 240 170 100 65 40 20 10 4 1
10 600 400 260 160 90 50 21 8,5 2
5 >1000 1000 600 400 200 120 50 17 4

Une détérioration de l’orge trempée (de 23 à 40 % de teneur en eau) peut se produire dans des silos étanches ou non étanches, ainsi que dans des structures contenant des grains traités à l’acide. Dans les silos étanches, l’air peut pénétrer en cours de rechargement par le sommet tandis que le grain est retiré par la partie inférieure, ce qui entraîne des risques de moisissures et d’échauffement (Nichols et Leaver, 1966). Dans des silos non étanches à membrure de béton, la détérioration se produit dans le grain des couches supérieures, lorsque l’obturation au moyen d’herbes sèches ou d’une feuille de plastique est inappropriée, ou lors qu’on retire moins de 7,5 cm de grains chaque jour (Lacey, 1971). Une détérioration peut également se produire dans de l’orge à forte teneur en eau traitée à l’acide propionique ou autre, lorsqu’on emploie un acide inapproprié ou lorsque se produit une condensation qui dilue le traitement acide.

Étude de cas :

  1. En Grèce, de l’orge contenant en moyenne de 13,5 à 14,5 % d’eau avait été entreposée dans les silos d’une brasserie. Le contenu d’un silo s’était échauffé jusqu’à 40 °C et la germination des graines s’était trouvée réduite en raison de l’activité de champignons nuisibles du groupe Aspergillus glaucus. Le problème à résoudre était d’éviter la détérioration et l’échauffement ainsi que la perte de faculté de germination d’une orge provenant de plusieurs fermes, avec diverses teneurs en eau et à des températures différentes. L’usine était équipée d’un dispositif d’aération qui ne parvint qu’à produire une condensation dans les silos, aggravant la situation. Le problème fut résolu en retournant l’orge de façon à distribuer également l’humidité et la température du grain (De Vries, communication personnelle).
  2. Au cours de l’automne humide et prolongé de l’année 1977, dans l’Ouest canadien, des masses considérables de grains furent empilées sur le sol, avant de subir un séchage artificiel et d’être entreposées en silo. On étudia avec soin les modification écologiques qui se produisirent avec le temps. On observa qu’un tas d’orge germée vieux de 6 semaines comportait des habitats écologiques favorisant le développement de champignons particuliers. Des échantillons prélevés des parties sud et ouest du tas chauffées par le soleil, contenaient surtout des Alternaria (champignon des champs), et de très faibles niveaux de Penicillium, accompagnés d’un faible niveau de dioxyde de carbone; les échantillons prélevés dans les parties nord et est avaient les plus forts niveaux d’espèces du groupe Aspergillus glaucus, tandis que les échantillons prélevés au centre avaient de faibles niveaux d’Alternaria, des niveaux élevés de Penicillium et quelques traces de A. glaucus, avec une teneur en eau plus élevée et une plus faible germination (Mills et Wallace, 1979)
  3. Un navire des Grands Lacs, à auto-déchargement, rempli d’orge, était resté amarré au port de Montréal tout au long de l’hiver. Au printemps, on nota que le contenu d’une cale était gravement endommagé et échauffé, laissant échapper de la cargaison de fortes odeurs de décomposition ainsi que de la vapeur. À la partie inférieure de la cargaison, on trouva des blocs de grains agglomérés, rouges et brûlants ainsi qu’une couche d’eau. Une lampe restée allumée dans la cale était à l’origine de ces détérioration.

Malt d’orge (Hordeum vulgare L.)

Le malt est de l’orge germée, grillée et vieillie.

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Directives de conservation : Le malt est grillé dans un courant d’air sec très chaud, puis on l’entrepose après avoir ou non retiré les parties sèches et friables. Le malt sec reste stable en cours d’entreposage, en raison de sa faible teneur en eau qui varie, suivant les cas, de 1,5 à 7%. À la différence de l’orge, on l’écrase facilement (Briggs, 1978). Des quantités considérables de malt sont expédiées d’Europe et d’Amérique du Nord à destination de brasseries éloignées. Il arrive que ce malt fortement hygroscopique se détériore en cours de traversée lorsqu’il se trouve exposé à l’humidité. L’agglomération en blocs compacts, provoquée par des champignons nuisibles, a été étudiée par Okagbue à l’arrivée d’une cargaison destinée à une brasserie du Nigeria (1986). Christensen et Meronuk (1986) ont étudié les problèmes associés à la présence du champignon des champs Fusarium et du champignon d’entreposage Aspergillus versicolor dans de l’orge en cours de maltage.

Études de cas : En mars 1983, du malt préparé avec une teneur en eau de 4,2 % avait été entreposé dans un silo de béton, dans une malterie de l’Ouest canadien. Après 5 semaines environ, on avait retiré trois charges du silo, avec des prélèvements contenant des traces de malt brûlé. On déchargera partiellement la cellule atteinte et on y trouva du malt chauffé et du malt non chauffé. La teneur en eau du malt chauffé variait entre 7 et 10,4 %. Il y avait également des points chauds. L’origine de la détérioration fut attribuée à une forte pluie qui s’était produite au moment du chargement, alors que la cellule était pleine au tiers. L’eau s’était écoulée à partir d’une large ouverture jusqu’à la partie intérieure et était entrée dans la cellule, sans qu’on s’en aperçoive, par l’élévateur à godets et la courroie du transporteur. Par la suite, la cellule fut remplie avec du malt.

Les grains de brasserie et de distillerie

Les grains de brasserie sont les résidus insolubles provenant du malt brassé; les grains de distillerie sont les résidus provenant de la fabrication des boissons alcooliques par distillation des grains.

Risques relatifs d’entreposage : Avec les grains de brasserie et de distillerie, les risques d’incendie sont élevés.

Normes de teneur en eau : Au Canada, il n’existe pas de normes de teneur en eau pour les matières séchées ou non séchées, mais le manufacturier est tenu par la Loi sur les aliments du bétail de déclarer la teneur en eau maximale.

Directives de conservation : Normalement, les grains de brasserie contiennent environ 11 % d’eau en poids et ils sont vendus à l’état humide pour être utilisés directement comme aliments du bétail, mais on le vend également à l’état sec. Les grains secs sont soit utilisés directement comme fourrage soit incorporés dans les mélanges. Quand les grains de brasserie et de distillerie sont entreposés à l’état sec en grande quantité, il se produit quelquefois des inflammations spontanées. À l’état sec, les grains de brasserie réagissent de façon exothermique avec l’oxygène ou l’air secs. La chaleur est produite par l’oxydation de l’huile naturelle qui se trouve dans les grains (Walker, 1961). La National Fire Protection Association (1981) a établi que la teneur en eau des grains de brasserie et de distillerie séchés doit être de 7 et 10 % et, qu’avant d’être refroidis au-dessous de 38 °C et qu’il est très dangereux de les sécher au-dessous de 5 % de teneur en eau. D’après Snow et coll. (1944), le niveau sans danger de teneur en eau pour les grains de distillerie est de 11 % (équivalant à 72 % d’humidité relative) pour un entreposage de 3 mois, et de 9,8 % (65 % d’humidité relative) pour un entreposage de 2 à 3 ans à des températures comprises entre 15,5 et 21 °C.

Canola/Colza (Brassica campestris L.; B. napus L.)

Canola est le nom utilisé au Canada pour les cultivars de Brassica campestris et de B. napus à faible taux d’acide érucique et de glucosinolate. Le mot colza est utilisé à l’extérieur du Canada pour décrire toutes les variétés cultivées de B. campestris et de B. Napus mais, au Canada, il ne s’applique qu’aux cultivars aux taux élevés d’acide érucique. Les conditions d’entreposage du canola et du colza sont similaires.

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau:

  • Sec : jusqu’à 10 %
  • Gourd : de 10,1 à 12,5 %
  • Humide : au-dessus de 12,5 %

Directives de conservation : La conservation des graines de canola/colza entreposées demande le plus grand soin, car la limite supérieure de la teneur en eau des graines appelées «sèches» est actuellement de 10,0 %. Pour la conservation à long terme, ce chiffre est trop élevé, car la croissance des champignons nuisibles du groupe Aspergillus glaucus se produit à 70 % d’humidité relative, équivalente à une teneur en eau de 8,3 %, à 25 °C. Si les graines sont ensilées à des températures dépassant 25 °C, ou s’il se présente des poches de graines immatures ou de graines de mauvaises herbes, une teneur en eau même égale à 8,3 % sera trop élevée pour la conservation à long terme. Selon une règle approximative, pour une conservation dépassant 5 mois, le canola doit être ensilé avec une teneur en eau de dépassant pas 8,0 %. Le tableau de la figure 1 permet de prévoir les conditions de conservation des graines de canola/colza pendant une période de 5 mois, selon diverses combinaisons températures-teneur en eau (Conseil canadien du canola, 1981; Mills et Sinha, 1980). Si la température ou la teneur en eau des graines récoltées tombent à l’intérieur d’une zone de détérioration du tableau, l’agriculteur doit prendre des mesures pour réduire un facteur ou les deux. Pour obtenir de bonnes conditions de conservation, il faut :

  • ensiler les grains avec une teneur en eau inférieure d’au moins 1,5 points au-dessus de la limite de 10,0 %;
  • utiliser un déflecteur efficace sous l’auget, de façon à disperser loin du centre les matières vertes plus lourdes et plus humides, ainsi que les particules fines;
  • nettoyer les grains aussitôt que possible;
  • se servir d’un unité d’aération pour refroidir rapidement les graines à la température de 5 °C ou 0 °C pour la période d’entreposage d’hiver;
  • et surveiller la température des graines à intervalles de quelques jours pendant la durée de l’automne et, pendant l’hiver, toutes les 2 semaines.

Repasser à l’auget les graines non aérées, si elles ont été entreposées pendant 3 à 5 jours, de façon à briser toute poche de graines de mauvaises herbes et de déchets qui risqueraient de favoriser l’échauffement et de façon à former un cône inversé qui favorise la pénétration de l’air. La graine de canola/colza est plus vulnérable que l’orge à l’infestation par des organismes nuisibles lorsqu’elle se trouve entreposée dans des silos de ferme (Sinha et Wallace, 1977).

Directives de séchage : Les températures de séchage maximales sont de 45 °C pour les graines de colza/canola destinées à la semence et de 65 °C pour celles qui sont destinées à l’usage commercial, à condition qu’au moment du séchage la teneur en humidité ne soit pas inférieure à 7,5 %. Quand les graines canola/colza sont exposées à la chaleur pendant une durée prolongée, comme dans les séchoirs de silo sans recirculation, il est conseillé de prévoir des températures inférieures de 5 à 10 °C à celles qui sont recommandées pour l’usage commercial. En effet, la qualité de l’huile obtenue est altérée par une longue exposition aux températures élevées (Friesen, 1981). Les graines endommagées subissent une baisse de qualité de l’huile à cause de l’élévation prononcée du niveau des acides gras libres (Nash, 1978).

Facteurs de déclassement : Les graines de canola/colza sont déclassées numériquement quand elles contiennent une trop forte proportion de graines chauffées, brûlées en cours d’entreposage, et qu’elles ont une odeur d’échauffement ou de brûlé. La graine de canola/colza est classée Échantillon si elle contient plus de 2,0 % de graines chauffées ou si elle présente une odeur distincte d’échauffement ou de brûlé.

Apparence des graines chauffées : Les graines sont écrasées en bandes de 100 graines (Conseil canadien du canola, 1974), afin de déterminer l’étendue de l’échauffement que l’on classe de façon suivante : noir fusain (très brûlé en cours d’entreposage), brun chocolat foncé (nettement chauffé) et brun roux clair (légèrement endommagé par l’oxydation). Les limites fixées pour les graines endommagées par la chaleur qui sont stipulées dans les catégories réglementaires correspondent aux graines fusain ou brun chocolat foncé. Les échantillons contenant des graines de couleur brun roux clair font l’objet d’une vérification soigneuse de leur odeur, s’appliquant à la fois à la masse de l’échantillon et aux graines fraîchement écrasées en bande. S’il y a une odeur ou si cette odeur est associée avec des graines écrasées noires ou brunes, les graines de couleur brun roux clair sont considérées comme chauffées. En l’absence de ces symptômes, des graines de couleur brun roux clair sont classées comme endommagées.

Les graines de canola de couleur fusain noir (fig. 17c) et brun chocolat foncé lorsqu’elles sont écrasées donnent une huile de canola foncée (fig. 18c).

Graines de canola intactes (brunes) et graines brûlées en entreposage (noir charbon)

Figure 17c – Graines de canola intactes (brunes) et graines brûlées en entreposage (noir charbon)

Problèmes d’entreposage : Après entreposage, la graine de canola/colza passe par une période de respiration active. Si la chaleur et l’humidité dégagées par la respiration ne sont pas très vite éliminées, il se produit rapidement une croissance et une respiration des moisissures. Pour neutraliser cette situation, il faut aérer ou retourner les graines aussitôt que possible. Si une partie ou la totalité des graines ont une teneur en eau plus élevée, il est nécessaire de les sécher, puis de les aérer. Ne pas considérer les graines de canola entreposées comme étant similaires à du blé ensilé, car à la différence du blé, les graines de canola peuvent subir très rapidement des modifications nuisibles.

Problèmes de séchage : Un volume de graines de canola/colza entreposées est beaucoup plus dense qu’une masse similaire de graines céréalières entreposées, et elles présentent une résistance plus élevée au déplacement de l’air. Pour forcer une masse d’air de séchage à travers des graines de canola, il faut employer une pression statique deux à trois fois plus élevée que pour sécher du blé. Du fait que la conception d’un grand nombre de ventilateurs de séchage ne permet pas d’obtenir des modifications de la pression de l’air qu’ils produisent, il résulte que leur débit d’air est inférieur lorsqu’on les emploie à sécher des graines de canola. Un débit d’air inférieur signifie une énergie inférieure pour chauffer l’air et l’amener à la température de séchage choisie. Il faut donc prendre soin de réajuster la température lorsqu’on passe du séchage d’une céréale au séchage du canola, car un plus faible débit d’air signifie un temps de séchage plus long, avec la possibilité d’une accumulation de température (Conseil canadien du canola, 1981).

Les moisissures et l’échauffement peuvent se développer extrêmement vite dans les graines de canola/colza humides et, aux endroits où se produisent ces phénomènes, les graines ont une forte tendance à s’agglomérer (fig. 17b). Il en résulte une baisse considérable de valeur du produit entreposé, provoquée par une augmentation marquée du niveau d’acides gras libres, probablement associée au développement des moisissures (Nash, 1978). Burrel et coll. (1980) ont déterminé le temps que demandait l’apparition de moisissures à la surface de graines de colza en cours de séchange, à cinq niveaux de températures et sept niveaux de moisissures. Ils ont observé que l’agglomération des graines précédait l’apparition à l’oeil nu de colonies de champignons et que la germination était inhibée beaucoup plus tard. Par exemple, des graines à 25 °C avec une teneur en eau de 10,6 % s’étaient agglomérées après 11 jours et les colonies de champignons n’étaient apparues que 21 jours après, tandis que la germination restait intacte après 40 jours.

Compactage ou agglomération de graines de canola par l'action de mycélium moisi

Figure 17b – Compactage ou agglomération de graines de canola par l’action de mycélium moisi (on peut voir deux graines en coupe transversale)

Étude de cas :

  1. En août 1976, un fermier dans la région d’Interlake au Manitoba avait rempli de graines de colza un silo de 68 t. Le colza entreposé au cours d’une journée extrêmement chaude contenait de 8,5 à 9,0 % d’eau. À la fin du mois d’octobre, on découvrit un point chaude au centre de la cellule s’étendant vers le bas à environ 120 cm de la surface. En raison du temps extrêmement chaude, il s’était produit une forte quantité de particules fines qui s’étaient accumulées au centre du silo. Le phénomène d’échauffement qui se produisait dans le colza déjà chaud se trouvait donc aggravé par une grande quantité de particules fines. Dès qu’elles furent découvertes, les matières échauffées furent immédiatement retirées et le reste du chargement se sondera sans incident. Pour éviter l’apparition future de problèmes de ce genre, le fermier installa un système d’aération, mis en route par un humidistat, se déclenchant au niveau d’humidité relative de 40 % ou moins. Cette aération fut mise en marche dès le moment où les premières graines furent introduites dans le silo jusqu’à l’hiver où elle fut arrêtée. Une sonde thermométrique à indication numérique fut également utilisée pour vérifier la température des matières ensilées à intervalles de quelques jours au cours de l’automne et, l’hiver, toutes les 2 semaines. Le fermier ne rencontra par la suite aucun problème d’entreposage (Lyster, 1978).
  2. À l’automne 1985, un fermier de la région de Winnipeg (Man.) avait rempli de canola un silo de 64 t. Au cours de l’hiver qui suivit, il produisit une détérioration et un échauffement. Les matières entreposées ne purent être déchargées, car l’auget se trouvant à la base du silo était obstrué par des graines agglomérées. Le problème fut résolu en déplaçant par aspiration (fig. 11) à travers l’orifice supérieur de ventilation les graines sèches s’écoulant librement au-dessus des matières agglomérées; puis, on évacua ces dernières de la même manière. Le fermier se servit d’un boyau flexible de 12,5 cm de diamètre, relié à une unité portative de vide d’une puissance de 70 cv (52 220W). Il lui fallut 6 heures au total pour décharger complètement sa cellule.
  3. En 1975, un wagon de bois fermé, rempli de colza gourd et humide, fut envoyé à l’unité de séchage d’un des élévateurs terminaux. Malheureusement, ce wagon fut dérouté sur une voie de garage pendant 3 mois, et, lorsqu’on l’ouvrit, les matières qu’il contenait étaient d’une couleur gris très clair et se désintégraient dès qu’on les touchait. Elles s’étaient échauffées jusqu’au point d’être réduites en cendres : c’était une perte totale. Cependant les parois de bois du wagon étaient intactes. (Note : des graines noircies auraient été le signe d’une combustion incomplète).

Aliments pour bétail, à base de canola/colza (voir définition et usage des termes canola et colza).

Risques relatifs d’entreposage : Modérés à faibles

Normes de teneur en eau : Le manufacturier garantit que les granulés n’ont pas une teneur en eau supérieure à 11 %.

Directives de conservation : Les niveaux sécuritaires de la teneur en eau pour l’entreposage de l’aliment sont 7 %, à 30 °C ou 9,5 % en bas de 25 °C pour un an (White et Jayas, 1988). La décoloration de l’aliment d’un vert jaunâtre au brun se produit après 1 mois d’entreposage à une teneur de 10 %, à 50 °C. Cette décoloration survient après 3 mois pour l’aliment à une teneur de 10,4 et 11,5 %, à 40 °C, et à différentes teneurs en eau, soit de 6,3 à 11,5 %, à 50 °C.

Problèmes de conservation : L’huile, l’hexane et autres solvants qui restent dans les farines et dans les granulés après extraction de l’huile constituent un risque de feu et d’explosion en cours de transport par bateau. Les niveaux d’huile et de solvants résiduels permis sont réglementés par la Garde côtière canadienne (1984). Les farines et granulés de canola/colza qui ont fait l’objet d’une extraction par solvant et qui contiennent moins de 4 % d’huile ou 15 % d’huile et de teneur en eau combinées et pratiquement libres de solvant inflammable ne contreviennent pas aux réglementations, à condition qu’elles fassent l’objet d’un certificat provenant d’une autorité reconnue.

Aliments pour bétail, porcs et volaille

L’alimentation des animaux, qu’elle soit complète ou limitée à des utilisations particulières se présente sous forme de farine, de granulés et de croquettes. La formulation de ces aliments est complexe et peut contenir du maïs et/ou d’autres céréales, des oléagineux comme la farine de soja, des graisses comme le saindoux, des mélanges de vitamines, de minéraux et autres produits.

Risques relatifs d’entreposage : Modérés à faibles

Normes de teneur en eau : Il n’existe pas au Canada d’obligation d’étiquetage de la teneur en eau pour les aliments destinés au bétail, aux porcs ou aux volailles contenant plus d’un composant.

Directives de conservation : D’une façon générale, on doit éviter les teneurs en eau trop faibles ou trop fortes (National Fire Protection Association, 1981); garder la teneur en eau entre 10 et 14 %. L’industrie considère cette teneur sécuritaire pour l’entreposage des aliments destinés aux animaux. Cette teneur en eau intéresse les manufacturiers surtout dans la mesure où elle conditionne l’efficacité du processus de granulation et où elle joie un rôle dans la conservation des granulés. Surveiller le réchauffement excessive qui peut se produire au cours de la mouture des céréales plutôt qu’au cours de la granulation et au cours de la granulation de certains aliments concentrés contenant de hauts niveaux protéines et de gras animal.

Les mesures de précaution à observer pour l’entreposage et l’utilisation des aliments et des granulés sont les suivantes : observer les variations d’écoulement pouvant indiquer un accroissement d’humidité et un début de détérioration; rechercher les déplacements d’humidité et le développement de moisissures qui se produisent au sommet et sur les côtés de la cellule; vérifier les fuites qui peuvent se produire par les trous laissés par les boulons manquants ou des défauts de soudure; acheter les aliments en fonction de l’usage qu’on en fait, c’est-à-dire éviter de les laisser séjourner trop longtemps; ne jamais placer des aliments frais au-dessus d’aliments plus anciens; toujours nettoyer soigneusement les cellules dès qu’elles sont vides en faisant suivre ce nettoyage d’un rinçage au moyen d’une solution diluée de Chlorox®, de façon à tuer les spores des moisissures. En 1985, Henderson a étudié les rapports entre la teneur en eau et l’humidité relative à l’équilibre, à 5, 15 et 25 °C, de trois variétés d’aliments et de granulés pour porcs constituées essentiellement de farine d’orge et de dérivés du blé en proportions diverses avec des farines de soja, et il a noté que ces chiffres étaient similaires. La teneur en eau en équilibre avec une humidité relative de 70 % à 25 °C était d’environ 14 %, un chiffre analogue à celui des grains de céréales. Pour la plupart des utilisations pratiques, les rapports entre teneur en eau et humidité relative à l’équilibre de l’orge, du blé et des aliments pour animaux contenant 80 % ou plus des produits céréaliers, comme les aliments pour les porcs, peuvent être considérés comme similaires. Cependant, si l’alimentation animale contient plus de 18 % d’une graine oléagineuse, comme la farine de soja, on peut s’attendre à ce que l’humidité relative à l’équilibre soit plus élevée, ce qui demande une teneur en eau plus faible en vue d’une bonne conservation.

Clancy (1979a, 1979b) donne des caractéristiques d’entreposage (teneur en eau, capacité d’écoulement, capacité d’agglomération, densité en vrac et hygroscopicité) d’un certain nombre d’aliments pour bétail dans les conditions en usage au Royaume-Uni. Voici les produits décrits : graines de coton, graines d’arachides, flocons de noix de coco, farine de soja, granulés de pulpes de betteraves, cubes d’herbes, graisses et mélasses. Les produits qui contiennent une forte proportion de mélasse ont une faible faculté d’écoulement. Hamilton (1985) décrit le problème de la moisissure et les facteurs qui influent sur l’activité des champignons et des agents antifongiques dans les aliments pour volaille.

Étude de cas : En Allemagne de l’ouest (Dinglinger, 1981), dans un gros silo contenant des granulés pour le bétail, un feu sans flamme s’était développé à la suite d’un phénomène d’auto-inflammation. Pour commencer, les pompiers tentèrent de remplir l’espace libre au-dessus des granulés avec de la mousse de CO2 mais les concentrations de CO2 dans les espaces de travail situés à la base du silo atteignirent des niveaux dépassant de beaucoup les limites de sécurité. Lorsqu’on tenta de vider le silo, on ne put dégager que la partie inférieure. Un pont s’était formé à la hauteur de 15 m, à proximité de la poche de feu, laissant environ 150 t de granulés suspendues dans la partie supérieure du silo. Afin de faire écrouler le pont, on pratiqua un trou d’environ 50 cm de diamètre. Comme on n’avait pas pu fermer complètement la glissière de décharge à la base du silo, il se forma à l’intérieur du silo un fort courant de convexion attirant l’air extérieur par l’intermédiaire des fuites, en quantité suffisante pour maintenir le feu en activité. Une lance fut montée dans la glissière de décharge (fig. 14) par laquelle on répandit de l’azote (N2) dans le silo, à partie d’un cylindre-réservoir relié à un boyau normal de lutte contre l’incendie. Après cette purge au moyen de N2, l’oxygène restant dans le silo à la source du feu fut réduite à la proportion de 7 %, insuffisante pour alimenter la zone de feu, qui se refroidit lentement, en réduisant ainsi les risques pour pompiers. En raison de la faible concentration d’oxygène dans le silo, on avait complètement éliminé le danger d’une explosion en provenance des poussières qui se serait produite si le pont s’était effondré en cours de déchargement du silo. Pendant ces opérations qui durèrent en tout 10 jours, on utilisa un total de 18 000 m3 de N2.

Maïs (Zea mais L.)

Risque relatif d’entreposage : Modéré à faible

Normes de teneur en eau:

  • Sec : jusqu’à 15,5 %
  • Gourd : de 15,6 à 17,5 %
  • Humide : de 17,6 à 21,0 %
  • Trempé : de 21,1 à 25,0 %
  • Mouillé : au-dessus de 25,0 %

Les limites maximales de teneur en eau pour les catégories U.S. no 1, 2, 3, 4 et 5 de maïs jaune, blanc ou mélangé sont respectivement les suivantes : 14, 15,5, 17,5 20,0 et 23,0 % (United States Department of Agriculture, 1978).

Directives de conservation : Les effets de la teneur en eau et de la température sur la durée de conservation limite du maïs sont décrits par Friesen et Huminicki (1986). Par exemple, du maïs entreposé avec une teneur en eau de 22 % se conservera à 27 °C pendant environ 5 jours; à 19 °C, pendant 10 jours; à 13 °C, pendant 20 jours; à 7 °C pendant 40 jours et à 4 °C pendant 60 jours. Le maximum de teneur en eau pour la conservation du maïs est de 13 % pour une durée de 1 an et de 11 % pour 5 ans. Dans du maïs décortiqué, une humidité relative intergranulaire de 70 % s’équilibre avec une teneur en eau de 14,0 %, à 25 °C (tableau 15) (Hall, 1980). En Ontario, à cause des basses températures de l’hiver, le maïs peut se conserver sans danger avec une teneur en eau de 15 % pendant tout l’hiver et le printemps, à condition d’être aéré convenablement. Pour une conservation s’étendant jusqu’à la fin de l’été, on doit obtenir une teneur en eau de 13 à 14 %, qui doit aller jusqu’à la zone de 11 à 13 %, si l’entreposage doit durer plusieurs années. Le maïs à forte teneur en eau destiné à l’alimentation du bétail est entreposé avec une teneur en eau comprise entre 22 et 32 % (Morris et coll., 1981).

Directives de séchage : La température maximale de séchage est de 45 °C pour le maïs destiné à la semence, de 60 °C pour le maïs à usage commercial et de 90 à 100 °C pour l’aliment du bétail (Friesen, 1981). Selon Morris et coll. (1981), la température critique maximale pour le séchage du maïs récolté à 28 % de teneur en eau en Ontario est de 45 °C pour la semence, 70 °C pour le maïs destiné à la fabrication d’amidon, 90 °C pour les autres usages industriels et l’alimentation des non-ruminants et enfin de 120 °C pour l’aliment du bétail. Le séchage est essentiel pour le maïs récolté à une teneur en eau supérieure à 18 %, à moins qu’on ne le place dans un silo étanche ou qu’on ne l’additionne d’acide propionique ou autres acides, ou qu’on ne le congèle (Campbell et coll., 1977). Les modifications qu’entraîne le séchage pour les protéines du maïs (durcissement) diminuent sa valeur pour le traitement humide, en rendant plus difficile la séparation de l’amidon et des protéines (Freeman, 1980).

Facteurs de déclassement : Le maïs est déclassé numériquement lorsqu’il contient des grains brûlés, chauffés ou pourris ou lorsqu’il présente une odeur de brûlé en cours d’entreposage, de fumée ou d’échauffement. Le grain est classé Échantillon s’il contient des grains brûlé et/ou une odeur de brûlé ou de fumée, plus de 3 % de grains chauffés ou une odeur d’échauffement, ou plus de 3 % de grains pourris.

Apparence des grains chauffés, pourris ou contaminés par la moisissure à oeil bleu : Les grains chauffés comprennent les grains entiers ou fragmentés qui ont changé de couleur à la suite d’une fermentation naturelle, ou qui sont gravement roussis par le séchage artificiel, ou qui présentent une couleur allant de l’ambre au brun sombre sur toute la surface. Les germes sont de couleur brune et les grains très endommagés ont une apparence soufflée, spécialement dans la partie du germe. Les grains pourris sont des grains entiers ou fragmentés qui présentent l’aspect d’un stade avancé de décomposition et ont une consistance spongieuse à la pression. Les échantillons de grains sont déclassés en fonction des tolérances établies pour les grains endommagés par la chaleur et la pourriture. Les grains atteints par la moisissure à oeil bleu ont des germes de couleur foncée, et lorsqu’on les décortique, on peut noter le développement de moisissures. Le grain contenant plus de 15 % de grains touchés par la moisissure à oeil bleu sont classés Échantillon.

Problèmes d’entreposage : Le maïs a tendance à se fragmenter en cours de traitement et après séchage à température et vitesse trop élevées (Tuite et Foster, 1979; Hohenadel, 1984). Il en résulte une augmentation des grains brisés et des matières étrangères (BCFM), ce qui constitue un risque de détérioration en cours d’entreposage. Lorsqu’on charge du maïs dans un silo par le haut, le grain brisé et les matières étrangères se rassemblent au centre, dans l’axe du jet; cette région peut être le point de départ d’une détérioration, en partie parce que les matières fines qui sont essentiellement des fragments d’endospermes de maïs sont plus susceptibles que les grains entiers de subir l’invasion des champignons nuisibles, et également parce que les insectes et les acariens se développent particulièrement bien dans les matières fines et favorisent la croissance des champignons (Christensen et Sauer, 1982).

Le maïs est susceptible de se détériorer au cours de son transport en péniche fluviale ou en cargo de haute mer au départ des ports d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud (Christensen et Kaufmann, 1978; Milton et Jarrett, 1969). Des quantités importantes de maïs sont expédiées à partir des régions froides du Mid-West des États-Unis à destination des États du sud, plus chauds, soit pour la consommation locale comme aliments pour le bétail, soit pour l’exportation. Cette détérioration se produit à bord des navires en raison d’une combinaison de facteurs (Tuite et Foster, 1979). À son arrivée dans les ports du Golfe de la Nouvelle-Orléans ou dans ou dans d’autres ports, le maïs aura probablement déjà été infesté par des champignons d’entreposage, en particulier par l’Aspergillus glaucus. Il aura emprunté à l’air humide au moins 0,1 à 0,2 % de teneur en eau supplémentaire, et sa teneur en grains brisés et matières étrangères se sera considérablement accrue, en raison des nombreuses manutentions subies en route. De plus, le risque de détérioration se trouve augmenté par une expédition faite à un niveau de 15,5 à 16,0 % de teneur en eau, et par le manque d’aération efficace à bord du navire. Le maïs expédié dans les régions tropicales ou sub-tropicales est particulièrement vulnérable. La durée de conservation du maïs est rapidement diminuée en présence d’une augmentation des températures et des niveaux de brisures du grain (fig. 22) (Calverley et Hallam, 1982). Détérioration et échauffement se produisent également dans le maïs expédié d’Argentine en Europe; les facteurs qui entrent en jeu ont été étudiés de façon détaillée par Milton et Jarrett (1969).

 

 

Durée de conservation du maïs dans divers milieux

Figure 22 – Durée de conservation du maïs dans divers milieux (d’après Calverley et Hallam, 1982).

L’agglomération du maïs à forte teneur en eau, qui est causée par l’activité des moisissures, peut entraîner le blocage des augets et des autres composantes des systèmes de manutention du grain. Les inégalités de pression ainsi produites peuvent entraîner un écroulement total ou partiel du silo ou du système de manutention.

Problèmes de séchage : Le séchage du maïs pose moins de problèmes que celui des grains de petite taille ou des graines oléagineuses, à cause de la plus faible résistance du grain, qui réduit les variations de température dans les chambres à air chaud. Par contre, le craquellement tensionnel et les rebonds d’humidité peuvent constituer des problèmes plus importants en raison de la forte proportion d’eau retirée. On peut atténuer ces difficultés en diminuant la vitesse de séchage une fois que le maïs a atteint 18 % de teneur en eau, soit au moyen d’un refroidissement moins rapide en appliquant une technique d’aération/séchage (Campbell et coll., 1977).

Étude de cas :

  1. En mars 1981, 10 000 t de maïs jaune ont été expédiées d’Amérique du Nord au Mali, en passant par le canal du Saint-Laurent et par les ports de Dakar et d’Abidjan, à l’ouest de l’Afrique. À chaque port, 5 000 t environ avaient été déchargées, puis transportées à l’intérieur des terres par route et par rail. Sur la totalité de la cargaison initiale, 5 000 t seulement étaient propres à la consommation humaine au moment de l’arrivée à destination. Les modifications subies en cours de traversée ont été suivies en détail par Calverley et Hallam (1982). Au moment du chargement, selon le certificat d’exportation, le maïs avait 15,3 % de teneur en eau, 4,6 % de grains brisés et matières fines (BCFM). À Dakar, le maïs qui se trouvait dans une humidité relative équilibrée de 70 %, à 22 °C (température moyenne du mois à Dakar), avait été expédié par rail au début juin et était arrivé à l’intérieur des terres sans problèmes. À Abidjan, le maïs, à un taux d’humidité relative de 77 %, à 28 °C, avait été considérablement détérioré et, bien que transporté en partie à l’intérieur des terres, était impropre à la consommation humaine. La détérioration avait été aggravée par des modifications de température, des brisures au chargement ainsi qu’au déchargement dans les ports, et par la manutention inappropriée en cours de transport à l’intérieur des terres. À Abidjan, la situation était encore aggravée du fait que la ventilation naturelle dans les sacs entassés avait été réduite par les haut niveaux de grains brisés et de matières fines, ainsi que par une couche épaisse de poussière recouvrant les sacs.
  2. En novembre 1982, une cargaison de 9 000 t de maïs à couronne blanche avait été expédiée de East London en Afrique du Sud à Liverpool au Royaume-Uni. En route, on découvrit un feu dans la cargaison et les orifices de ventilation de la cale ainsi atteinte furent obturés. À l’arrivée au Royaume-Uni, l’écoutille fut également obturée. On se servit temporairement d’un équipement d’extraction de gaz, on déchargea la cargaison intacte se trouvant dans les autres cales et, de façon discontinue, on injecta 17 t de dioxide de carbone (CO2). Le CO2 empêcha l’incendie, mais la température continua d’augmenter, indiquant que le feu s’étendait et augmentait d’intensité. On injecta un supplément de 1,5 t de CO2 et la cargaison fut déchargée au moyen de bennes preneuses. Le feu devint alors visible et fut éteint au moyen d’une mousse à expansion moyenne 79,3 m3 et de 140 t d’eau. La cause du feu fut attribuée à la présence d’une section non calorifugée du tuyau principal d’échappement du moteur, ayant provoqué la surchauffe du maïs dans la cale adjacente. (Darby, 1973)

Christensen et Meronuck (1986) ont rapporté d’autres études de cas.

Farine de maïs

Risques relatifs d’entreposage : Élevés

Directives de conservation : La farine de maïs contient une quantité d’huile appréciable, qui a une forte tendance à s’échauffer. Elle doit être traitée avec soin, afin de maintenir une teneur en eau convenable; celle-ci doit être ramenée à la normale avant entreposage (National Fire Protection Association, 1949). La teneur en eau maximale conseillée pour la bonne conservation de la farine de maïs est de 11,5 % aux températures allant jusqu’à 27 °C (Muckle et Stirling, 1971).

Coton en balles (Gossypium hirsutum L.)

Risques relatifs d’entreposage : Élevés

Directives de conservation : Les myriades de petites fibres qui constituent les balles de coton et en recouvrent la surface les rendent particulièrement vulnérables aux sources d’inflammation ainsi qu’au développement d’une combustion rapide. Les feux qui se produisent dans les balles de coton ont leurs propres particularités et on doit en tenir compte si l’on veut éviter des pertes importantes. On cite des cas de feux dans du coton entreposé depuis des mois dans des parties inaccessibles d’entrepôts, c’est ce qu’on appelle souvent du «coton froid». Il arrive aussi que le feu s’installe dans une balle de coton, à l’égreneuse, et que cette balle soit réceptionnée, pesée et entreposée sans que le feu soit détecté. Ce type de balle est connu sous le nombre de «balle bourrée de feu à l’égreneuse». De telles balles, responsables d’incendies dans les magasins et dans les docks, se sont enflammées, alors qu’elles semblaient éteintes depuis plusieurs jours. On considère que le feu est éteint dans une balle cinq jours après qu’on a utilisé des techniques d’extinction appropriées. La meilleure défense contre de tels incendies, c’est un système de gicleurs bien entretenu, joint à un bon entretien des lieux, avec des couloirs larges et propres entre les balles entreposées en tas.

Voici les méthodes recommandées pour combattre les incendies :

Incendies dans les balles de coton entreposées dans les magasins;

  • Fermer toutes les portes et supprimer tous les courants d’air de tirage dans le compartiment en question, que le magasin soit équipé ou non de gicleurs. Les courants d’air de tirage ne fournissent pas seulement de l’air frais au feu, mais ils propagent la chaleur en provenance du feu, déclenchant ainsi d’autres gicleurs à des endroits où leur action est inutile.
  • Laisser aux gicleurs la possibilité de fonctionner et d’éteindre le feu en n’utilisant les lances d’incendies que si les gicleurs ne fonctionnent pas ou ne parviennent pas à éteindre le feu.
  • Laisser le système de gicleurs remplir son office et évacuer les lieux si l’on ne parvient pas à éteindre le feu au moyen de l’équipement intérieur. En effet, un feu de balles de coton risque d’envahir la masse de matières entreposées avec une violence presque explosive.
  • Une fois l’incendie étaient par les gicleurs, ouvrier la porte du compartiment, juste assez pour introduire la lance d’incendie ou pour retirer le coton. Les balles de coton en feu non déclaré doivent être retirées aussitôt que possible à l’extérieur, à un endroit où elles peuvent recevoir une attention particulière.
  • Utiliser une lance à brouillard ou à eau pulvérisée, car une lance à jet d’eau risquerait de disperser les parties de coton en feu sur une grande surface et, ainsi, de propager l’incendie.

Incendies dans les balles de coton bourrées de feu à l’égreneuse :

  • Il est important de comprendre la façon dont les feux se produisent. Au cours de l’égrenage, les fibres peuvent être enflammées par des étincelles provoquées par le choc de pierres, de particules de métal ou d’autres matières contenues dans le coton en graines, contre les parties métalliques de la machine. Il arrive que le feu se déclare immédiatement, mais souvent, le coton en combustion lente se trouve incorporé à l’intérieur des balles. Généralement, ce feu chemine en direction de l’extérieur de la balle qu’il atteint en quelques heures ou en quelques jours. Et sa présence n’est souvent détectée que par l’apparition d’une fumée ou d’une odeur particulière.
  • Toutes les balles suspectes doivent être placées dans un espace libre à une distance de 1 m des autres balles et maintenues sous surveillance constante pendant au moins 5 jours.
  • Dès la détection du feu, mouiller les parties chaudes au moyen d’eau contenant un agent mouillant.
  • Retirer à la main le coton brûlé, sans retirer les bandes de la balle car l’on risquerait ainsi d’enflammer d’autres fibres de coton. Incendies dans les dépôts de coton :
  • Commencer par projeter de l’eau de face et sous le vent du feu, puis travailler en sa direction.
  • Rechercher la présence de feu sous les balles.
  • Surveiller les jaillissements d’étincelles.
  • Retirer les balles de coton voisines non atteintes, de façon à faire en coupe-feu.
  • Retirer le coton brûlé afin de le regrouper dans une zone à part.

Ces conseils font partie d’un excellent compte rendu sur la lutte contre le feu dans le coton en balles par Baker (1963).

Graines de coton (Gossypium hirsutum L.)

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau : Pour le U. S. Quality Index, la graine de coton de première qualité ne doit pas contenir plus de 12 % d’eau (Whitten, 1981). La teneur en eau maximale doit figurer sur une étiquette.

Directives de conservation : Dans la graine de coton, une humidité relative intergranulaire de 70 %, à laquelle on peut s’attendre à l’apparition de moisissures, s’équilibre avec une teneur en eau de 10,1 %, à 25 °C (tableau 15) (Hall, 1980). Pour une conservation de plusieurs mois, la graine de coton doit avoir une teneur en eau inférieure à 10,0 %, sans dépasser 10 à 15 °C. La détérioration des graines de coton peut commencer dans les champs, en particulier 10 à 15 jours après ouverture des capsules. Dans les conditions météorologiques optimales, à ce moment, la teneur en eau passe de 50 à 10 %, mais si l’humidité retarde la récolte, le niveau des acides gras libre augmente. Les graines de coton entreposées avec une teneur en acides gras libres supérieure à 2,5 % se détérioreront beaucoup plus rapidement que des graines avec 1 % d’acides gras libres. Cette détérioration augmente considérablement aux températures élevées (Gustafson, 1978).

Aux États-Unis, on entrepose les graines de coton pendant 120 à 130 jours (Whitten, 1981), généralement dans des entrepôts de métal équipés de systèmes de détection thermique et d’aération (Gustafson,1978). Les graines de coton d’une qualité de conservation douteuse sont traitées rapidement après leur arrivée à l’usine. Les graines contenant plus de 12 % d’eau risquent de s’échauffer, à moins qu’on ne prenne les mesures nécessaires pour les refroidir. Sous surveillance étroite, il est possible d’entreposer des graines contenant de 10 à 11 % d’eau avec une teneur d’acides gras libres comprise entre 2,5 à 5,0 %. Les plus grandes précautions doivent être prises lorsqu’on entrepose des graines à forte teneur en acides gras libres et une teneur en eau supérieure à 10 %. De telles graines risquent de présenter des poches d’échauffement et leur température doit être surveillée tous les jours afin d’effectuer un refroidissement sélectif. Si elles ne sont pas soumises à une surveillance quotidienne, les graines risquent de se carboniser dans toute leur masse (Whitten, 1981).Une forte teneur en eau a une action décisive sur la respiration des graines de coton et le développement des moisissures qui peuvent entraîner l’auto-échauffement et la carbonisation. L’échauffement peut atteindre des niveaux considérables allant jusqu’à 95 °C (Navarro et Paster, 1978).

Étude de cas :

  1. En Israël, des graines de coton récoltées pendant la saison 1978 avaient été entreposées dans une cellule de type Muskogee contenant 500 t. L’auto-échauffement conduisit la température des graines de coton à la température de 270 °C. Des tests furent pratiqués sur des échantillons de graines de coton prélevées à différents endroits dans la masse. La teneur en eau des graines intactes était de 7,2 % tandis que celle des graines aux premiers stades de l’échauffement atteignait 13, 6 % et que celle des graines se situant dans les endroits les plus chauds était de 2,8 %. Dans les points chauds, la perte de poids des graines endommagées était de 55,4 % par rapport aux graines intactes. La teneur en acides gras libres des gaines arrivées à un stade avancé d’auto-échauffement atteignait 21,9 % tandis qu’on notait une augmentation du pourcentage de teneur en huile. Les observations indiquaient que l’échauffement spontané était provoqué par le déplacement de l’humidité à l’intérieur de la masse ainsi que la défectuosité du système d’aération dans la structure d’entreposage (Navarro et Friedlander, 1979).
  2. Des cargaisons de granulés de graines de coton en provenance de l’Afrique occidentale étaient arrivées en Europe du nord-ouest avec une couche de 20 t de granulés agglomérés et moisis recouvrant leur surface, et causées par la condensation. Cette croûte épaisse de 30 cm à certains endroits dut être retirée et mise au rebut au prix d’une considérable dépense. Ce problème peut être réduit à condition de charger les granulés dans des conteneurs ventilés, dans lesquels l’air est renouvelé. Cinq fois par heure (Clancy, 1979a). Des problèmes analogues se produisent avec des granulés de graines d’arachides

Graines de sarrasin domestique ou blé noir (Fagopyrum esculentum Moench.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 16,0 %
  • Gourd : de 16,1 à 18 %
  • Humide : au dessus de 18,0 %

Directives de conservation : On considère qu’une teneur en eau de 16 % donne une bonne conservation. Le blé noir est généralement récolté lorsque 75 % de ses grains ont pris une couleur brune. Cependant, du fait que le mûrissement est rarement uniforme, il y a généralement une certaine quantité de graines vertes au moment de la récolte. Mazza (1988) a étudié l’influence du régime d’entreposage et du cultivar sur la teneur en lipides, la composition des acides gras et la qualité sensorielle des graines de semence du sarrasin.

Directives de séchage : La température de séchage maximale est de 45 °C pour le blé noir, qu’il soit destiné à la semence ou aux utilisations commerciales (Friesen, 1981).

Facteurs de déclassement : Le blé noir est déclassé en catégorie Échantillon s’il contient des grains nettement chauffés ou brûlés et/ou s’il a une odeur nette d’échauffement ou de brûlé.

Graine de moutarde domestique

  • Jaune (Sinapsis alba L.)
  • Brune (B. Juncea (L.) Cosson.)
  • Oriental (B. juncea (L.) Cosson.)

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau:

  • Sec : jusqu’à 10,5 %
  • Gourd : de 10,6 à 12, 5 %
  • Humide : au-dessus de 12,5 %

Directives de conservation : Les graines de moutarde exigent d’être conservées avec soin dans une cellule étanche. Il est vivement recommandé de les entreposer à des niveaux de teneur en eau inférieurs à 10 %, afin de réduire le risque de détérioration. On doit disposer à l’intérieur de la cellule un déflecteur destiné à détourner de la partie centrale de la cellule les matières immatures, plus lourdes et le plus susceptibles de s’échauffer (Campbell et coll., 1977).

Directives de séchage : La température de séchage maximale est de 45 °C pour les graines destinées à la semence ou aux utilisations commerciales (Friesen, 1981).

Facteurs de déclassement : La farine de moutarde est dégradée numériquement lorsqu’elle contient une proportion excessive de grains chauffés ou brûlés en cours d’entreposage, ou lorsqu’elle présente nettement une odeur d’échauffement; elle est classée dans la catégorie Échantillon lorsqu’elle contient plus de 1,0 % de graines chauffées ou lorsqu’elle présente une nette odeur d’échauffement.

Apparence des graines chauffées : Les graines sont écrasées en bandes de 100 (Conseil canadien du canola, 1974), afin de déterminer l’étendue de l’échauffement selon les trois catégories suivantes : noir fusain (gravement brûlé en cours d’entreposage), brun chocolat foncé (nettement échauffé) et brun roux clair (légèrement endommagé par l’oxydation). Les limites fixées pour les dommages provoqués par la chaleur correspondent aux couleurs noir fusain et brun chocolat foncé. Les échantillons contenant des graines brun roux clair font l’objet d’un examen olfactif attentif, portant à la fois sur la masse de l’échantillon et sur les bandes graines fraîchement écrasées. Les graines de couleur brun roux clair sont considérées comme échauffées si elles présentent une odeur ou si elles sont associées à des graines écrasées de couleur noire ou brune. En l’absence de ces signes associés, les graines de couleur brun roux clair sont classées comme endommagées.

Féveroles (Vicia faba L. var. minor)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 16,0 %
  • Gourd : de 16,1 à 18,0 %
  • Humide : au-dessus de 18,0 %

Directives de conservation : La teneur en eau maximale recommandée pour l’entreposage des féveroles est de 16 % au Canada (Evans et Rogalsky, 1974) et de 15 % au Royaume-Uni (United Kingdom Ministry of Agriculture, Fisheries and Food, 1970). Des féveroles contenant 14,2 d’eau et n’ayant pas été endommagées par le gel ont été conservées en bon état pendant 2 ans au Manitoba (Wallace et coll., 1979). Par contre, les féveroles de basse qualité endommagées par le gel et d’une teneur en eau supérieure à 15 % présentaient un échauffement au cours de l’été suivant la saison d’hiver.

Directives de séchage : Il est recommandé d’effectuer le séchage à 32 °C, au maximum. Le séchage doit être effectué en deux phases si l’on doit retirer plus de 5 % d’eau pour obtenir une teneur de 16 % pour l’entreposage. Entre chaque phase de séchage, on doit ménager un intervalle de quelques jours, afin de permettre à l’humidité interne de se déplacer vers la surface. On ne doit pas faire sécher les féveroles rapidement à haute température en raison du risque de fendillement des graines et de la réduction de leur viabilité (Campbell et coll., 1977). Les féveroles peuvent également être trop séchées à leur surface et pas assez séchées à l’intérieur. Des féveroles insuffisamment séchées donnent une farine pâteuse qui, en cours d’entreposage prolongé, devient rance et échauffé. Aux températures de séchage dépassant 40 °C, la peau des féveroles se plisse et se fend, particulièrement lorsqu’elles contiennent beaucoup d’eau. Il faut éviter le fendillement du test, sinon les micro-organismes peuvent pénétrer et entraîner la pourriture (Nash, 1978).

Facteurs de déclassement : Les graines de féveroles sont déclassées numériquement lorsqu’elles contiennent une forte proportion de graines chauffées ou pourries et lorsqu’elles présentent nettement une odeur d’échauffement ou de moisi. Les graines entières ou en fragments sont toutes deux considérées dans le classement. Les graines de fèves sont classées dans la catégorie Échantillon si elles contiennent plus de 1 % de graines chauffées ou pourries ou bien si elles présentent nettement une odeur d’échauffement ou de moisi.

Apparence des féveroles chauffées et pourries : Les graines de féverole chauffées ou pourries sont celles qui ont subi un changement de couleur important provenant de l’échauffement ou de la pourriture. L’enveloppe des graines se présente alors sous une couleur allant de brun à noir, et le tissu des cotylédons, lorsqu’on sectionne les graines, apparaît de couleur brun roux ou brune.

Problèmes d’entreposage : Normalement, on récolte les féveroles lorsque les cosses sont noires et que les tiges sont fanées. Du fait que l’eau s’élimine lentement des cosses épaisses et charnues, ainsi que des graines larges, une période prolongée est nécessaire pour le mûrissement et le séchage avant récolte, en particulier dans les climat froids. Si la récolte est moissonnée trop tôt, les féveroles contenues dans les cosses du haut ne seront pas mûres et contiendront plus d’eau que celles des cosses inférieures. En raison de leur mûrissement prolongé, de leur récolte tardive, des dommages entraînés par le gel (Wallace et coll., 1979) et des problèmes entraînés par le séchage lent, les graines de féverole sont fréquemment entreposées dans un état non uniforme, ce qui explique la nécessité de les surveiller avec soin en cours d’entreposage.

Étude de cas : En octobre 1979, un fermier de l’ouest du Manitoba remarqua une vapeur s’échappant du sommet d’une de ses cellules d’entreposage de 270 t contenant des graines de féverole de l’année 1978. Le silo était muni d’un plancher perforé et d’une unité d’aération détachable. Les féveroles avaient été initialement entreposées à une teneur moyenne de 15, 5 % d’eau au cours du mois de novembre précédent, par temps froid. Un échauffement fut observé pour la première fois dans la cellule le 28 septembre 1979. Après avoir noté la vapeur qui s’échappait, le fermier mit en route l’unité d’aération afin d’aspirer l’air froid de la nuit à travers les féveroles, en vue de réduire leur température. Au cours de la nuit, des flammes apparurent, provenant de la gaine reliant l’unité d’aération à la cellule. Le ventilateur fut alors fermé; 5 jours après le feu, les féveroles situées à l’intérieur de la cellule étaient partiellement cuites. La vapeur s’échappait par l’ouverture du panneau du toit et un liquide brun s’écoulait par les trous des rivets à la jonction entre le toit et la paroi de la cellule. Deux jours après, il y avait une marre de 90 L de ce liquide sur le sol (fig. 20a). La température de l’air au-dessous du plancher perforé (fig. 20b) mesurée par sonde à thermocouple était de 260 °C, à une distance e 180 cm de la paroi de la cellule. La température à l’intérieur de la masse des féveroles située au-dessus devait être encore plus élevée, mais on ne put la déterminer en raison des difficultés d’accès. Par contre, la surface extérieure de la paroi de la cellule était froide au toucher. Des bruits alarmants de bouillonnement et de sifflement se faisaient entendre à l’intérieur de la cellule, et à une distance de plusieurs centaines de mètres de la cellule, on pouvait sentir une odeur organique de brûlé. Aucune récupération n’était possible, si bien que le contenu de la cellule fut laissé dans un état de combustion lente, finissant par être totalement transformé en cendres (fig. 20c) (Mills, 1980). L’échauffement des graines de féverole s’est effectué en deux phases : un échauffement biologique lent associé à une détérioration, suivi d’un échauffement chimique rapide, accéléré par l’aération.

Effets du feu sur des féveroles entreposées

Distillat de couleur brune à travers les joints

Figure 20a – Distillat de couleur brune à travers les joints

Dépôt de suie à l’intérieur de la conduite d’aération

Figure 20b – Dépôt de suie à l’intérieur de la conduite d’aération

Résidus de cendres et graines de bonne qualité pour comparaison

Figure 20c – Résidus de cendres et graines de bonne qualité pour comparaison

Méthode de traitement utilisée :

  • Des échantillons ont été prélevés des camions au moyen d’une sonde, pour la détermination de la teneur en eau.
  • L’hygromètre Halross 919 a été essayé par comparaison avec un engin du même genre dans un élévateur local et a donné des chiffres supérieurs de 0,04.
  • Les féveroles ont été retournées trois ou quatre fois pendant l’hiver 1978 - 1979, mais pas par la suite.
  • Les féveroles n’avaient été aérées que la nuit de l’incendie, le 4 octobre 1979.
  • Le feu s’était éteint après l’arrêt des ventilateurs.
  • Le contenu de la cellule avait continué de se consumer lentement.

Bonnes méthodes :

  • On aurait dû nettoyer, aérer ou sécher les féveroles de façon à les amener à un niveau de teneur en eau inférieur de plusieurs points au chiffre de 16,0 %, de façon à ménager une marge de sécurité en vue des augmentations d’humidité par déplacement au cours des mois d’hiver.
  • On aurait dû surveiller avec soin la teneur en eau et la température des matières ensilées à intervalles et à des dates enregistrées en vue des références futures.
  • On aurait dû déterminer la teneur en eau de plusieurs échantillons de chaque chargement, afin d’obtenir des renseignements sur la teneur en eau maximale et les risques éventuels.
  • Dans un silo aussi important, on aurait dû installer des thermocouples destinés à indiquer toute élévation anormale de température provoquée par des moisissures et des bactéries.
  • On aurait dû aérer ou retourner les stocks à intervalles réguliers, pour égaliser les gradients d’humidité et de température et pour réduire les risques d’échauffement biologique.
  • On aurait dû aérer les matières connues pour être à un stade avancé d’échauffement.
  • Le fermier aurait dû se renseigner auprès d’un professionnel sur la façon de traiter le problème d’échauffement qui avait été détecté sept jours avant l’incendie.

Haricots (Phaseolus vulgaris L.)

Parmi les haricots, on compte des haricots blancs (les plus importants), les haricots rouges clair et foncé, les haricots noirs, les haricots pies, les haricots roses, les haricots rouges petits, les haricots du Grand Nord, les haricots à hile jaune et les haricots canneberges.

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : néant
  • Gourd : néant
  • Humide : au-dessus de 18,0 %

Directives de conservation : La teneur en eau recommandée pour la conservation des haricots est de 18,0 % (Campbell et coll., 1977). Cependant, pour un entreposage à long terme, ce chiffre de 18,0 % est trop élevé, même à 5 °C, pour les haricots destinés à la semence (tableau 17)(Kreyger, 1972). La teneur en eau maximale pour la conservation des haricots jusqu’à un an est de 17,0 % (Hall, 1980). Les haricots doivent être récoltés lorsque la plupart des cosses sont sèches et que les grains de haricots se sont durcis, mais avant que ces grains commencent à se briser. La teneur en eau optimale pour la récolte des haricots est comprise entre 16,0 et 18,0 %. À des niveaux de teneur en eau inférieurs à ces derniers, on risque d’enregistrer des dommages importants, car les grains du haricot brisés ou fendillés ne peuvent être utilisés que pour l’alimentation du bétail (Campbell et coll., 1977).

Tableau 17 – Évaluation du nombre de semaines de conservation des haricots bruns avant l’apparition d’une diminution de la germination (d’après Kreyger, 1972)
Teneur en eau
(% de base humide
11 12 13 14 16 18 20.5 23
Température
d’entreposage
(°C)
Nombre maximum de semaines de conservation en entreposage
25 31 22 16 11 7 4 2 0,5
20 55 40 28 19 13 7 3.5 1,5
15 100 75 50 30 20 12 6 3
10 200 140 95 60 38 20 11 4,5
5 370 270 170 110 70 39 20 9

Directives de séchage : Le séchage est nécessaire lorsque les haricots sont récoltés à l’état humide en raison du mauvais temps ou lorsque les pertes à la récolte, causées par les brisures, sont excessives. Les températures de séchage maximales pour les haricots sont comprises entre 27 et 32 °C. Les haricots doivent être séchés lentement et, si nécessaire, on doit retirer l’excès d’humidité en deux phases (voir féveroles). On doit prendre les plus grandes précautions en cours de séchage car le fendillement se développe même aux températures relativement faibles, et les fêlures qui constituent un facteur de déclassement augmentent avec la température. En cours de séchage, l’humidité relative de l’air chauffé doit être maintenue au-dessus de 40 % (Campbell et coll., 1977; R. Stow, communication personnelle, 1986).

Facteurs de déclassement : Les haricots sont déclassés numériquement lorsqu’ils contiennent des quantités importantes de grains chauffés ou moisis (fig. 17a), ou lorsqu’ils présentent une odeur d’échauffement ou nettement moisie. Les haricots sont classés dans la catégorie Échantillon s’ils contiennent plus de 1 % de grains chauffés ou s’ils présentent une odeur d’échauffement ou nettement moisie, ou plus de 1 % de grains moisis. Les grains moisis se caractérisent par la présence à l’extérieur de moisissures bleu foncé qui se développent dans les fentes causées par la machine, tandis que les moisissures intérieures de couleur allant de jaune à noir, se développent dans la zone concave du centre et sont répandues particulièrement chez les haricots rouge clair et foncé.

Décoloration causée par des moisissures à la surface des fèves rouges

Figure 17a – Décoloration causée par des moisissures à la surface des fèves rouges

Apparence des grains chauffés : Les haricots chauffés ont un revêtement d’une couleur variant de crème à acajou. La couleur est plus intense dans la région du hile. En coupe transversale, la couleur des cotylédons varie du brun roux au brun foncé. Les cotylédons de couleur très claire sont classés comme endommagés et non comme échauffés. Les haricots rouge clair et foncé ont un revêtement de couleur allant du rouge foncé au noir. Enfin les haricots doivent être fendus pour déterminer le degré d’intensité des dommages causés par la chaleur.

Problèmes d’entreposage : Les dommage qu’entraînent la manutention mécanique représentent un problème dont l’importance augmente aux températures basses et aux faibles niveaux de teneur en eau. Pour réduire ces dommages, dans la mesure du possible, on doit utiliser des transporteurs à courroie ou des chargeuses frontales et non pas des augets; il faut également éviter de laisser tomber les haricots d’une trop grande hauteur, en particulier lorsqu’ils atterrissent sur des planchers en béton (Campbell et coll., 1977).

Farine de poisson

Risques relatifs d’entreposage : Ces risques sont élevés pour les cargaisons provenant du Chili, du Pérou et d’Afrique du Sud, mais moins élevés avec celles de l’hémisphère nord.

Normes de teneur en eau : La norme de teneur en eau est entre 6 et 12 % en Afrique du Sud (anonyme, 1983a). Au Canada, il n’y a pas de limites légales, mais le manufacturier est tenu par la Loi sur les aliments du bétail de préciser la teneur en eau maximale présente dans sont produit.

Directives de conservation : De 15,5 à 21 °C, les niveaux de teneur en eau recommandés pur la conservation de la farine de poisson, selon Snow et coll. (1944), sont de 11,5 % (équivalent à 72 % d’humidité relative) pour 3 mois de conservation et de 9,9 % (65 % d’humidité relative) pour une période de 2 à 3 ans. En 1983, l’Afrique du Sud publiait une série de directives relatives au transport de la farine de poisson dans les cales de navires. La teneur en graisse ne doit pas excéder 11 %, le produit doit être entreposé pendant au moins 21 jours avant le chargement et, au moment du chargement, la teneur en eau doit être comprise entre 6 et 12 %. Pour finir, on doit prévoir suffisamment d’espace entre les rangées de sacs placés dans la cale pour permettre la dispersion de la chaleur qui se produit en cours d’entreposage. Récemment, on a réussi à transporter de la farine de poisson sans problèmes, en vrac dans des cales de navire, sous une couche de gaz inerte et sous forme de granulés traités au moyen d’un antioxydant. Mais ces deux méthodes ne sont pas sans inconvénients, si bien qu’au niveau international, la farine de poisson est toujours transportée en sacs (anonyme, 1983a).

Problèmes d’entreposage : La farine de poisson transportée en sacs a tendance à s’échauffer lorsqu’elle est soumise à la pression de l’entassement dans les cales de navire. L’échauffement endommage les sacs, réduit la teneur en protéines et entraîne des risques d’auto-inflammation, risquant d’endommager le navire lui-même. Au début des années 1960, un certain nombre d’incidents se sont produits dans des cargaisons de farine de poisson, d’origine péruvienne et chilienne, avec des phénomènes d’auto-inflammation. La forte teneur en graisses des anchois contenus dans la farine avait donné à ce produit une forte tendance à l’auto-inflammation. L’introduction de nouvelles directives a réduit l’incidence des cas au cours des dernières années.

Étude de cas : En décembre 1982, des feux persistants se produisirent dans une cargaison de farine de poisson d’origine chilienne entreposée à fond de cale du M.V. Luise Bornhofen. Ce navire, en route pour la Chine, mit le cap sur Honolulu, où pendant 6 semaines, on déchargea la cargaison endommagée et échauffée. Sur trois autres navires en route vers la Chine et le Japon en janvier 1983, il se produisit également des phénomènes d’auto-échauffement dans les cargaisons de farine de poisson d’origine chilienne. Les analyses pratiquées sur la farine de poisson en sacs à bord du M.V. Luise Bornhofen montrèrent que la teneur en graisses était inférieure au maximum accepté pour le transport en sacs. À l’heure actuelle, on ne sait toujours pas si cette série d’incidents résulte d’un relâchement dans les normes d’arrimage ou s’il s’agit d’un jeu de circonstances entièrement nouvelles et inconnues (anonyme, 1983a).

Graines de lin (Linum usitatissimum L.)

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 10,0 (à partir du 1er août 1988)
  • Gourd : de 10,6 % à 13,5 %
  • Humide : au dessus de 13,5 %

Directives de conservation : La teneur maximale en eau recommandée pour la conservation de la graine de lin est de 10 %. Cependant, pour une conservation à long terme, la graine de lin destinée à la semence contenant 10,5 % d’eau demande un refroidissement à 10 °C ou moins (Kreyger, 1972). Pour une conservation dépassant 6 mois à des niveaux de température dépassant 20 à 25 °C, la teneur maximale en eau ne doit pas dépasser 10,0 % dans toute la masse du chargement (Christensen et Kaufmann, 1969). Le lin récolté doit être entreposé à l’état sec, car la graine de lin est recouverte d’une substance mucilagineuse qui, une fois mouillée, peut devenir extrêmement gluante. Si la graine de lin est entreposée dans un état gourd ou humide, ou si elle est exposée à la pluie ou à la neige, il peut se produire une agglomération des graines qui les rend impropres à la vente (Daun, 1982). La graine de lin respire de façon beaucoup plus vigoureuse que les céréales lorsqu’elle se trouve entre 11 et 17 % de teneur en eau (Bailey, 1940) et lorsqu’elle se trouve entreposée à l’état humide, elle s’échauffe très rapidement, en quelques jours. Par exemple, à 14 % de teneur en eau et à 25 °C, on note une production importante de dioxyde de carbone après 8 jours et les moisissures apparaissent après 10 jours (Larmour et coll., 1944).

Directives de séchage : Les températures maximales de séchage sont de 45 °C pour la graine de lin destinée à la semence, de 80 °C pour l’utilisation commerciale et entre 80 et 100 °C pour l’alimentation du bétail (Friesen, 1981).

Facteurs de déclassement : La graine de lin est déclassée si elle contient des graines brûlées par le feu ou chauffées, ou si elle présente une odeur de brûlé ou d’échauffement; les graines sont classées dans la catégorie Échantillon si elles contiennent plus de 10 % de graines chauffées ou si elles présentent une odeur de chaud ou de brûlé.

Apparence des grains chauffés : Les grains chauffés sont généralement d’apparence brillante, brune ou noire. En coupe, la couleur de la pulpe est brun roux, orange ou brun foncé selon le degré d’endommagement. Les grains très chauffés sont souvent accompagnés d’une odeur d’échauffement.

Problèmes d’entreposage : Les graines de lin, lorsqu’elles sont récoltées à l’état humide peuvent produire dans le silo un produit mortel : le cyanure d’hydrogène (acide prussique ou acide cyanhydrique). Ce produit est un poison à action extrêmement rapide qui peut s’absorber à travers la peau (Bond, 1984). Avant d’entrer dans des silos contenant du lin entreposé avec une forte teneur en eau ou comportant une forte proportion de graines germées ou endommagées, on doit d’abord s’assurer que la cellule est parfaitement ventilée et qu’on peut disposer de l’aide d’autres personnes. En 1977, au Minnesota, un travailleur d’élévateur sautant dans une cellule pleine de graines de lin, mourut d’un empoisonnement au cyanure d’hydrogène, produit par les graines qui avaient germé dans les champs avant d’être battues et entreposées avec une forte teneur en eau (Western Producer, 1977). En 1941, toujours dans le Minnesota, des niveaux allant jusqu’à 0,03 % de monoxyde de carbone (300 ppm) furent trouvés dans l’air intergranulaire de graines de lin de catégorie Échantillon dans un entrepôt commercial (Ramstad et Geddes, 1942). Dans Christensen et Kaufmann (1969), on trouvera un compte rendu intéressant des problèmes de détérioration qui se sont produits dans de la graine de lin entreposée au Minnesota et dans le Dakota du Nord.

Étude de cas : Dans la région de Winnipeg (Man.), en octobre 1985, une cellule de stockage en métal sur montants de bois et à plancher de bois, d’une contenance de 127 t fut remplie de lin. On chargea des graines venant du même champ dans une cellule métallique voisine aérée, d’une contenance de 254 t et construite sur une base de béton. La cellule non aérée avait 6 m jusqu’à l’avant-toit et était renforcée par des équerres verticales. Au moment de l’entreposage, les graines se trouvant dans la couche supérieure de 1,8 m de la cellule, étaient à 11,3 % de teneur en eau. Cinq mois après, en mars 1986, on retira des graines au moyen d’un auget par l’orifice inférieur de la cellule non aérée. Après qu’on eut retiré 5 t de graines, l’auget se bloqua et la partie inférieure de la cellule adjacente à l’orifice s’effondra (fig.21a et 21b). Après avoir retiré la graine de lin de la couche supérieure (1,8 m) de la cellule, on découvrit une couche solide, chaude au toucher, et répandant une vapeur visible. On pouvait noter la présence d’une grande quantité de particules fines et de débris de cosses adhérent aux parois de la cellule. Sous la croûte se trouvait un volume important de graines fondues ensemble, de couleur noir charbon et de grains moisies agglomérées. Le producteur réussit à récupérer 24 % des graines entreposées, en bon état. Du reste, 40 % étaient chauffées à moins de 25 %, 6 % étaient chauffées à 50 % et 30 % étaient totalement inutilisables et durent être rejetées (fig. 21c). Par contre, tout le lin qui avait été aéré fut retrouvé en bon état (Wilkins, 1986). Le problème structural était, dans ce cas, une déformation de la paroi causée par un déchargement excentré (Jenike, 1967) et non un problème de plancher (G. Henry, communication personnelle, 1986).

Effets des détériorations et de l’échauffement sur du lin entreposé

Effondrement de la cellule après déchargement partiel de son contenu par l’auget - Vue 1

Effondrement de la cellule après déchargement partiel de son contenu par l’auget - Vue 2

Figure 21a et b – Effondrement de la cellule après déchargement partiel de son contenu par l’auget

Graines agglomérées de couleur noir charbon et graines moisies retirées avec les cendres des graines complètement brûlées dans la cellule en arrière plan

Figure 21c – Graines agglomérées de couleur noir charbon et graines moisies retirées avec les cendres des graines complètement brûlées dans la cellule en arrière plan

Méthodes de traitement utilisées :

  • Les échantillons destinés à la détermination de la teneur en eau à l’élévateur ont été prélevés, mais seulement à partir de la couche supérieure, sur 1,8 m d’épaisseur.
  • Les échantillons prélevés à des emplacements similaires en cours d’hiver ne permirent pas de déceler d’odeur suspecte ni d’échauffement.
  • Après l’effondrement de la cellule, la paroi située près de l’orifice inférieur fut soutenue au moyen du godet d’une chargeuse frontale.
  • On découpa un trou dans la paroi du haut de la cellule afin de permettre l’enlèvement des graines de lin en bon état au sommet de la cellule.
  • Le producteur pelleta de lin vers l’orifice.
  • Au début, aucune ventilation ne fut installée; plus tard, on retira des tôles du toit et on installa un ventilateur de 50 cm au sommet afin de provoquer une contre-ventilation.
  • Les matières en croûtes ont été brisées au moyen d’un rotoculteur et la cellule fut ouverte en deux et soulevée de façon à permettre l’enlèvement des matières fusionnées.

Erreurs commises :

  • La détermination de la teneur en eau aurait dû être effectuée sur des échantillons représentatifs prélevés en cours de chargement de la cellule.
  • Une surveillance inappropriée de cellule ne touchant que les 30 % supérieurs du contenu.
  • On est entré dans une cellule présentant un espace vide inférieur connu, sans être accompagné, sans corde de sécurité et sans ventilation appropriée.
  • Le producteur a réagi immédiatement sans demander au préalable l’avis d’un professionnel.

Méthodes recommandées :

  • On aurait dû construire la cellule en prévoyant une aération.
  • On aurait dû utiliser un disperseur pour disséminer les débris de plantes et les particules fines, mais les disperseurs sont de faible capacité, tendent à densifier le grain et par conséquent peuvent présenter des inconvénients quand on aère.
  • On aurait dû installer verticalement des thermocouples, au centre de la cellule.
  • On aurait dû décharger plusieurs lots dans des camions, pour les remettre au sommet du chargement de la cellule; les matières retirées auraient dû être examinées afin de rechercher l’échauffement.
  • On aurait dû prélever des échantillons en profondeur à la partie inférieure de la cellule.
  • On aurait dû pénétrer dans la cellule muni d’un équipement de protection et sous couvert d’une forte ventilation. La personne en question aurait dû porter un harnais de sécurité.
  • Il devrait y avoir au moins une personne présente prête à intervenir.

Foin

Risques relatifs d’entreposage : Élevés

Directives de conservation : Pour la conservation du foin, le niveau maximum de teneur en eau est de 20 à 25 % pour 1 an de conservation et de 15 à 20 % pour 5 ans (Hall, 1980). Du foin humide ou mal refroidi risque fort de s’échauffer par temps chaud. Il est rare que le foin en balle s’échauffe dangereusement. Pour une bonne conservation, le foin doit être maintenu sec et froid (National Fire Protection Association, 1949). Les changements de qualité qui se produisent dans le foin en cours d’entreposage (échauffement et brunissement non enzymatique) sont résumés par Moser (1980). Le foin humide et le fourrage ensilé sec (de 30 à 50 % de teneur en eau) risquent de s’échauffer et d’entraîner des pertes considérables de valeur nutritive. Dans les situations normales, une température élevée allant jusqu’à environ 50 °C ne doit pas être considérée comme alarmante, car une augmentation de température se produit normalement au cours du processus de sudation. Si la température atteint 60 °C, la perte de valeur nutritive est préoccupante. Plus haute est la température et plus importantes sont les pertes par oxydation, car les éléments nutritifs les plus facilement digérés sont oxydés les premiers. Le tableau 18 décrit le processus d’échauffement dans le foin humide et dans le fourrage ensilé sec (Moser, 1980).

Tableau 18 – Étapes de l’échauffement en cours d’entreposage de foin humide ou de fourrage sec
Température (°C) Processus Modification des substances nutritives
Source: Moser, L.E., 1980. Crop quality, storage, and utilization. Reproduit avec la permission de l’American Society of Agronomy et la Crop Science Society of America.
Ambiante - 40 Processus de sudation normale, respiration cellulaire possible, activité microbienne limitée. Possibilité d’une certaine fermentation Élimination de l’humidité excessive. Très faible perte causée par la respiration
40 - 50 Sudation normale, activité microbienne, cessation des processus végétaux à 45 °C. Possibilité d’une certain fermentation. L’humidité en excès continue à s’éliminer. Perte très réduite.
50 - 60 Activité thermophile des micro-organismes. Le brunissement non enzymatique commerce. Diminution de digestibilité et baisse des protéines disponibles.
60 - 70 Activité thermophile des micro-organismes, augmentation des réactions d’oxydation. Le brunissement non enzymatique continue. Nouvelle diminution de la digestibilité de la baisse de protéines.
70 - 80 Cessation de l’activité biologique. Réactions d’oxydation purement chimiques. À 80 °C, la température risque de s’élever très rapidement. Brunissement non enzymatique très prononcé, caramélisation des sucres. Très forte diminution de la digestibilité et baisse de protéines.
80 - 280 Des réactions d’oxydation se produisent rapidement, en raison des températures élevées. Carbonisation du fourrage, forte pertes de matières sèches.
280 - 300 Les réaction d’oxydation continuent. Risque d’inflammation en cas de présence importante d’oxygène.

Lentilles (Lens esculenta Moench.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau:

  • Sec : jusqu’à 14,0 %
  • Gourd : de 14,1 à 16,0 %
  • Humide : au-dessus de 16,0 %

Directives de conservation : Une fois andainées, les lentilles demandent de 7 à 10 jours pour sécher, selon le temps, mais elles ne doivent pas rester en andain pendant de longues périodes, car elles changent de couleur. La teneur en eau acceptable pour les lentilles entreposées est de 13,5 % ou moins. On s’efforce actuellement d’élever la limite supérieure des graines sèches au niveau de 16 % de teneur en eau, analogue à celui des autres légumes secs.

Directives de séchage : Le séchage à l’air naturel des lentilles a plusieurs avantages sur le séchage à l’air chaude : élimination des fendillements tensionnels, réduction de la manutention en auget entraînant moins de fendillements et de fragmentations, ainsi que moins de surveillance. Il est essentiel de prévoir une conception appropriée du système de séchage à l’air naturel, car l’emploi d’un débit d’air inapproprié risque d’entraîner détérioration et échauffement (Agriculture Manitoba, 1986). Dans des séchoirs à air chaud, la température maximale de séchage recommandée est comprise entre 38 et 40 °C pour les graines destinées à la semence ou à l’alimentation, ce qui correspond à une température maximale de la chambre comprise entre 60 et 65 °C. Des températures plus élevées risquent de gêner la germination et de donner une odeur et un goût de grillé (F. Beaudette, communication personnelle, 1986).

Facteurs de déclassement : Les lentilles sont déclassées numériquement lorsqu’elles contiennent une forte quantité de graines chauffées, ou lorsqu’elles présentent une odeur d’échauffement ou de moisi, et elles sont classées dans la catégorie Échantillon si elles contiennent plus de 1 % de graines chauffées ou présentent une odeur d’échauffement ou nettement moisie. Les échantillons contenant des graines nettement chauffées, avec une chair de couleur brun à brun foncé sont déclassés selon les tolérances établies. Les échantillons contenant des graines légèrement endommagées ayant une chair de couleur brun roux sont classés comme chauffés s’ils présentent une odeur nette, sinon ils sont classés comme endommagés.

Problèmes d’entreposage : Les lentilles entreposées ont une cuticule fine qui pèle lorsqu’elles sont manutentionnées au printemps, ce qui entraîne une basse de qualité; c’est pourquoi on les déplace généralement vers Noël.

Farine, granulés et tourteaux

Risques relatifs d’entreposage : de très élevés à faibles, selon le produit.

Normes de teneur en eau : Au Canada, les manufacturiers sont tenus par la loi de préciser sur les sacs la teneur maximale en eau pour les farines à un seul composant comme la farine de soja. Pour les aliments et les granulés mélangés, on n’est pas obligé de préciser la teneur en eau. En Allemagne, les lois sur les aliments du bétail prescrivent une teneur en eau de 14,0 % pour les granulés (Löwe et Friedrich, 1982).

Directives de conservation : La teneur en eau recommandée pour la conservation des aliments industriels est généralement considérée comme celle qui est en équilibre avec un maximum d’humidité relative de 70 %, niveau auquel les moisissures commencent à se développer. Les teneurs en eau recommandées pour un certain nombre d’aliments du bétail figurent en caractère gras dans le tableau 15, en supposant une période de conservation allant jusqu’à 1 an, en l’absence d’acariens. En cas de problèmes d’acariens, la teneur en eau recommandée sera celle qui est en équilibre avec 60 à 65 % d’humidité relative, niveau auquel les populations d’acariens tendent à s’éteindre ou à demeurer numériquement statiques (Henderson, 1985). Dans le tableau 19, figurent les principales exportations de granulés, farines et tourteaux du Canada en 1985 (Statistique Canada, 1985. Par ordre d’importance : luzerne déshydratée, tourteaux et farines d’huile de colza; aliments pour bovins et pour bétail; son de blé, remoulage et semoule; criblure granulées, grains de brasserie et de distillerie, et farine de poisson. Le comportement de ces produits en cours d’entreposage est décrit dans notre texte sous des rubriques séparées.

Tableau 19 – Un aperçu des exportations de granulés, farines et tourteaux du Canada en 1985 (Statistique Canada, 1985)
Denrées Principaux importateurs par ordre d’importance
Japan É. - U. Corée du sud Irlande Taiwan Indo-
nésie
Nor-
vège
R.-U. Prix à la tonne ($) Vente
totale $ (tous pays)
1 très petit (moins de 5 000 t)
2 petit (5 000 à 25 000 t)
3 modéré (25 000 à 100 000 t)
4 important (100 000 à 200 000 t)
5 très important (plus de 200 000 t)
Luzerne déshydratée 15 32     22       147.0 43 197 000
Colza, tourteaux et farine 33 14 43   63 23 53   128.7 39 620 000
Aliments du bétail et des bovins 23 14             217.4 24 204 000
Son de blé, remoulures et semoules 23 14 32           118.1 16 044 000
Granulés de criblures 14 22 32 42         77.0 13 567 000
Grains de brasserie et de distillerie et autres solubles   13             116.1 11 447 000
Farine de poisson   22     12     31 220.0 4 463 000
Total                   152 542 000

Problèmes d’entreposage : Les migrations d’humidité et de chaleur, causées par des différences extrêmes de température, se produisent à l’intérieur des diverses substances granulées, en particulier quand les silos ne sont pas isolés. Les différences de température peuvent se produire entre le jour et la nuit, ou par l’action du soleil sur une paroi tandis que le côté à l’ombre reste froid. Ces différences de température se produisent également lorsque des granulés fabriqués récemment sont entreposés ou embarqués dans les conditions de froid qui règnent dans les Prairies. Les déplacements d’humidité conduisent à la formation de poches d’accumulation d’humidité, au développement de moisissures et, pour finir, à des problèmes de détérioration. Löwe et Friedrich (1983), en Allemagne de l’Ouest, ont fait une étude de simulation de l’action du soleil sur le côté d’un vaste silo plein de granulés pour l’alimentation des porcs. De l’eau de condensation s’accumula à la surface et sur les parois extérieures, et la détérioration commença après 1 semaine. Des moisissures provoquèrent une agglomération des granulés qui se rassemblèrent en blocs, empêchant leur écoulement et le transport ultérieur. Avant même l’apparition de toute moisissure visible, les caractéristiques d’écoulement commencèrent à s’abaisser, car les granulés absorbaient l’humidité, se gonflaient et se ramollissaient. La diminution de faculté d’écoulement des granulés est une indication de modifications d’humidité, pouvant entraîner le développement de moisissures et de mycotoxines.

À long terme, des problèmes d’adhérences, de «trous de rats» et de formation de ponts apparaissent souvent dans les silos contenant des farines, des criblures, des granulés et autres matières finement divisées. Parmi les exemples d’adhérences récemment retirées des silos aux États-Unis et au Canada, on peut citer les criblures de maïs, les granulés de gluten de maïs, les semoules de blé, le son, le millet moulu, la farine de soja, les enveloppes de haricots fendillées, la balle d’avoine et de multiples criblures (B. Cartright, comm. pers., 1986).

Les problèmes d’échauffement dans les farines et granulés entreposés proviennent de la présence accidentelle de fragments de métal chaud ou de l’addition de mélasse (National Fire Protection Association, 1978), de déplacements d’humidité et aussi des couches extérieures chaudes (plus de 150 °C) des granulés qui sont faiblement compressibles (Friedrich, 1980).

Avoine (Avena sativa L.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 14 %
  • Gourd : de 14,1 à 17,0 %
  • Humide : au-dessus de 17,0 %

Directives de conservation : La teneur en eau maximale recommandée pour la conservation de l’avoine est de 13,0 pour une durée de 1 an et de 11,0 pour 5 ans (Hall, 1980). Une teneur en eau de 13,0 % s’équilibre avec une humidité relative de 70 %, à 25 °C (tableau 15). À ce niveau d’humidité relative, les moisissures se développement lentement, si bien que pour un entreposage de longue durée, la teneur en eau doit être tenue au–dessous de 13,0 %, en prévision d’une humidité éventuelle et des changements de température qui se produisent avec le temps. Si l’on dispose d’une aération, une teneur en eau de 13,0 % convient à un entreposage de longue durée. D’une façon générale, l’avoine ne doit pas contenir plus de 14 % d’eau au moment de l’entreposage, sinon, elle risque de devenir moisie et de s’endommager à la chaleur en raison de l’activité des moisissures. Ces modifications réduisent sa valeur alimentaire pour le bétail et peuvent même la rendre impropre à l’alimentation humaine (Stanton, 1959). Avec des teneurs en eau comprises entre 15 et 17 %, l’avoine doit être refroidie à 15 et 5 °C, respectivement, de façon à éviter le développement des moisissures pendant l’entreposage à moyen terme (45 semaines) (Kreyger, 1972).

Les limites de conservation sont analogues pour l’avoine avec ou sans balle aux niveaux d’humidité relative inférieurs à 90 % (équivalant à 18,5 % de teneur en eau à 25 °C), mais l’avoine sans glume est plus sujette à l’infestation par les acariens. Aux teneurs en eau en équilibre avec une humidité relative de 90 % ou plus, l’avoine sans glume est plus vulnérable à l’infestation par les moisissures d’entreposage et à la diminution de viabilité que l’avoine avec glume (Sinha et coll., 1979). Les niveaux de rancissement hydrolytique apparaissant dans l’avoine entreposée avec ou sans ces glumes, ont fait l’objet d’une étude par Welch (1977). Le rancissement hydrolytique a montré une augmentation à mesure que la teneur en eau s’accroît et que la durée d’entreposage se prolonge, mais son niveau dans l’avoine sans glume ne dépassait celui de l’avoine avec glume que si le grain était très écrasé.

Directives de séchage : La température maximale de séchage est de 50 °C pour l’avoine destinée à la semence, de 60 °C pour l’utilisation commerciale et de 80 à 100 °C pour l’alimentation des animaux (Friesen, 1981).

Facteurs de déclassement : L’avoine est déclassée lorsqu’elle contient d’importantes quantités de grains chauffés, brûlés en entreposage ou pourris, ou lorsqu’elle présente une odeur nettement moisie ou de brûlé. Les échantillons contenant des grains chauffés et pourris sont déclassés numériquement jusqu’à un maximum combiné de 10 %. L’avoine est classée Échantillon si elle contient plus de 10 % de grains échauffés, plus de 10 % de grains franchement pourris ou plus de 0,5 % de grains brûlés ou si elle présente une odeur d’échauffement, ou nettement une odeur de moisi ou de brûlé.

Apparence des grains échauffés ou pourris : Lorsqu’on retire leur balle, les grains d’avoine chauffés ont un germe décoloré et un gruau nettement brun ou orange. Les grains d’avoine très chauffés ont une odeur de brûlé et/ou une glume orange ou brune très prononcée. L’avoine pourrie est de couleur gris foncé ou noire et spongieuse au toucher.

Problèmes d’entreposage : Les cas d’auto-échauffement de l’avoine sont rares. Cependant, un cas d’auto-inflammation s’est produit dans une cellule d’élévateur contenant de l’avoine, selon le Grain Dealers Mutual Insurance Company (1961) et dans une cellule d’avoine humide, selon Bowes (1984). Les niveaux de température, de CO2, de microflore et autres, dans l’avoine entreposée après avoir été moissonnée pendant un automne humide, ont été surveillés par Mills et Wallace (1979). Les niveau maximaux atteints dans des tas à l’extérieur ont été de 32 °C, (température ambiante de 12 °C) et de 15,5 % de CO2, et dans les cellules d’entreposage, ces niveaux ont été de 37 °C (température ambiante moins 4 °C) et de 2,0 % de CO2.

Arachides (Arachis hypogaea L.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Directives de conservation : La teneur en eau recommandée pour la conservation des arachides non décortiquées, est de 9 %, tandis qu’elle est de 7 % pour les arachides décortiquées, pour des températures allant jusqu’à 27 °C (Muckle et Stirling, 1971). Dans les arachides décortiquées, une humidité relative intergranulaire de 70 % s’équilibre avec une teneur en eau de 7 %, à 25 °C (Pixton, 1982). L’arachide diffère des céréales, des légumes secs et des graines oléagineuses par le fait que la fleur est fertilisée au-dessus du sol et que le fruit qui se développe s’abaisse et se développe dans le sol. Les graines d’arachides peuvent donc être envahies par des moisissures aériennes, des moisissures terrestres et des moisissures intermédiaires, y compris l’Aspergillus flavus, à la fois au-dessus et au-dessous du sol (Martin, 1976).

Directives de séchage : La température maximale recommandée pour la conservation selon Hall (1980) est de 32 °C pour les arachides destinées à la semence ou à l’utilisation commerciale, mais Muckle et Sirling (1971) recommandent un maximum de 37 °C pour les graines destinées à la semence.

Problèmes d’entreposage : Il est nécessaire de procéder avec soin à la récolte et à l’entreposage des arachides de façon à réduire l’infestation fongique par l’Aspergillus flavus et le développement d’aflatoxines (Martin, 1976). La production de toxines est réduite par le séchage artificiel (Jackson, 1967).

L’auto-échauffement favorisé par la présence de graines endommagées et par l’humidité peut se produire lorsque les arachides sont entreposées en tas importants. Ce phénomène se révèle souvent par une odeur déplaisante qui émane des stocks en décomposition. Pour prévenir l’échauffement, les tas doivent être limités à une hauteur comprise entre 2,4 et 3,0 m et une largeur de 6 m. Des espaces vides doivent être pratiqués entre les tas afin de permettre le passage des équipes de lutte contre le feu. Toutes les graines humides doivent être parfaitement desséchées avant d’être mises en tas. Les graines doivent être maintenues sèches au moyen d’une ventilation importante. À l’air libre, les tas doivent être situés sur un emplacement bien drainé et être protégés contre la pénétration de l’humidité. Dans la mesure du possible, les graines endommagées doivent être maintenues à l’écart en tas plus petits. Il faut surveiller la température dans les tas à intervalles réguliers. Lorsque l’échauffement a atteint la température de 80 °C, cette température a des chances de continuer à monter jusqu’à ce que se produise l’inflammation. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas ouvrir les tas avant l’arrivée des pompiers. Pour éteindre l’incendie, il faut arroser les feux sans atteindre les tas restés intacts (National Fire Protection Association, 1954).

Les arachides peuvent être endommagées par l’eau de condensation qui se rassemble sur le toit des conteneurs, à cause des gradients de température qui se produisent au cours du transport. Cette eau de condensation s’égoutte sur les couches supérieures qu’elle endommage. Pour éviter ces inconvénients, on a incorporé du chlorure de calcium dans les couches supérieures d’une cargaison d’arachides non décortiquées contenant 8,5 % d’eau et chargées dans des conteneurs en Israël (Navarro et coll., 1982). La teneur en eau des arachides de la couche supérieure du conteneur-témoin, non traité, est montée jusqu’à 10,2 % tandis que dans le conteneur traité au moyen de 60 kg de chlorure de calcium, elle s’abaissait au niveau de 8,0 %. Dans les conteneurs non traités, il se produisit des dommages considérables causés par les moisissures.

Problèmes de séchage : Le séchage des arachides présente un problème particulier, car la saveur du produit en fin de traitement est d’une importance majeure (Freeman, 1980). Afin de réduire la teneur en aflatoxines, il est recommandé de sécher rapidement les arachides (Jackson, 1967).

Étude de cas : En avril 1985, près de Bombay (Inde), un tas de 30 à 40 t d’arachides non décortiquées et en sacs reposait sur le sol. On le recouvrit d’une bache imperméable. Les arachides récoltées 6 mois auparavant avaient une teneur en eau moyenne de 8 % et les sacs de jute d’une contenance de 35 kg formaient des piles de 20 à 25 sacs de hauteur. On n’avait aménagé aucun espace entre les sacs et prévu aucune surveillance de la température des sacs. Au cours du mois de mai, 4 semaines après le début de l’entreposage, la pile de sacs était totalement consumée par le feu qui avait pris son origine à l’intérieur du tas. Pendant l’entreposage, la température maximale moyenne journalière de la région avait été de 38 °C, avec un maximum à 42 °C (L.R. Sutar, comm. pers., 1986).

Erreurs commises :

  • La teneur en eau était trop élevée pour une conservation à 38 °C, et au-dessus, car certaines des arachides en particulier avaient une teneur supérieure à 8 %, ce chiffre étant une moyenne générale.
  • on n’avait prévu aucune ventilation permettant de réduire les effets de la température et des migrations d’humidité;
  • le tas était probablement trop gros;
  • le tas n’avait fait l’objet d’aucune surveillance de la température et des autres modifications.

Pois (Pisum sativum var.arvense (L.) Poir.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 16 %
  • Gourd : de 16,1 à 18,0 %
  • Humide : au-dessus de 18,0 %

Directives de conservation : les pois sont récoltés lorsqu’ils sont mûrs et durs à l’intérieur des cosses. Les cultivars à grains jaunes sont récoltées à partir de 16,0 % de teneur en eau. Les cultivars à grains verts sont récoltées à 18,0 % de teneur en eau ou plus afin de maintenir une couleur agréable, puis séchés jusqu’au niveau de 16,0 % (ou moins) de teneur en eau en vue d’une bonne conservation (Agriculture Manitoba, 1986).

Directives de séchage : Les températures maximales citées par Friesen (1981) sont de 45 °C pour les pois destinés à la semence, de 70 °C pour l’utilisation commerciale et entre 80 et 100 °C pour l’alimentation du bétail, tandis que Campbell et coll. (1977) recommandent 43 °C et 71 °C respectivement pour la semence et pour l’utilisation commerciale. Des températures supérieures à 45 °C nuisent à la germination, surtout celle des pois verts.

Facteurs de déclassement : Les pois sont déclassés en catégorie Échantillon s’ils contiennent plus de 0,2 % de graines chauffées ou s’ils présentent une odeur d’échauffement, de brûlé ou une odeur nette de moisi.

Apparence des graines chauffées : Les pois chauffés ont des téguments ternes et des cotylédons dont la couleur varie d’un brun roux pâle au brun foncé.

Problèmes d’entreposage : Les pois avec une teneur en eau d’environ 15 % peuvent développer une croûte superficielle pendant l’hiver à la suite d’un déplacement d’humidité ou d’infiltration de neige, en particulier lorsqu’ils ont été entreposés chauds, sans aération. Les graines s’agglomèrent, et si l’on n’en prend pas soin, prennent une couleur noire résultant de l’activité des moisissures. Pour éviter l’agglomération des pois, il faut périodiquement marcher à la surface du chargement de la cellule ou remuer à la pelle les 30 premiers centimètres du chargement.

Avant de retirer la première charge au printemps, il faut examiner la surface du chargement et retirer à la pelle toute croûte noire qui, sinon, risquerait de se mélanger à la charge et de la gâter. La formation de croûtes est un problème particulier aux cellules de métal remplies à l’excès. Elle se produit également dans les stocks entreposés dans des huttes de Quonset, mais on peut y remédier en utilisant une chargeuse frontale pour diviser les stocks et remuer les couches superficielles (F. Beaudette, comm. pers., 1986). Les pois, étant de grande dimension et de forme ronde, exercent une plus grande pression latérale que le blé, si bien que si l’on utilise pour des pois des cellules d’entreposage destinées au blé, il peut être utile de les renforcer. (Winnipeg Free Press, 1978).

Étude de cas : À la fin du mois d’octobre 1985, dans une graineterie du sud du Manitoba, un ouvrier déchargea des pois cassés d’une cellule de 4,3 sur 8,2 m contenant 54 t. Les pois étaient chauds au toucher et environ 10 % avaient pris une coloration brune. Ces pois avaient été récoltés 23 mois plus tôt et entreposés en même temps que des débris de cosses, des matières hétéroclites et des graines de mauvaises herbes et l’on se demanda s’il ne risquait pas de se trouver des toxines dangereuses et des moisissures dans les pois chauffés.

Méthodes de traitement utilisées :

  • Pendant 2 mois, les pois n’ont été soumis à aucun traitement.
  • Des échantillons ont été prélevés à la partie inférieure de la cellule et envoyés pour des analyses de moisissures, de toxines et de valeur nutritionnelle.

Erreurs commises

  • La cellule d’entreposage n’aurait pas dû être remplie jusqu’au sommet, car cette pratique rend les stocks difficiles à surveiller.
  • Les débris n’auraient pas dû être laissés avec les pois pendant une période aussi prolongée.
  • On n’a effectué aucune détermination de teneur en eau sur les matières à leur arrivée et on n’a fait aucune surveillance des stocks.

Méthodes recommandées :

  • Des échantillons auraient dû être prélevés sur chaque charge, de façon à déterminer la teneur en eau présente.
  • Les matières auraient dû être nettoyées aussitôt après entreposage, plus aérées.
  • Les pois auraient dû être surveillés à intervalles réguliers : sondage, vérification de la température des graines, extraction d’une certaine quantité et recherche des signes de détérioration.

Pavot (Papaver somniferum L.)

Risques relatifs d’entreposage : Très élevés

Directives de conservation : Le pavot est extrêmement difficile à entreposage d’une façon normale, car il contient de grandes quantités de lipides et d’huiles insaturées. L’auto-oxydation se produit très rapidement : par exemple, l’auto-inflammation se produit dans les deux ou trois heures lorsque 2 à 3 t de pavot sont placées dans un camion. Pour cette raison, les graines de pavot doivent être entreposées en atmosphère d’azote, dans des installations spécialement conçues. Les graines de pavot sont cultivées en France pour l’industrie pharmaceutique et sont entreposées dans une installation de 4 400 t à La Grande Paroisse, dans la région de Paris. À son arrivée, la graine est à environ 40 °C, puis elle est refroidie à 15 °C par de l’air à 0 °C pendant 25 heures. Sans refroidissement, la température de la graine peut passer de 40 °C à 75 °C en 24 heures. Pour l’entreposage à long terme, des silos métalliques étanches vides, d’une contenance de 350 t et d’une hauteur de 8 m sont d’abord remplis avec de l’azote à 100 % avant d’y mettre les graines de pavot. La graine de pavot est alors entreposée et lorsque le silo est plein, le niveau d’oxygène est d’environ 2,8 %. Par mesures de sécurité, ce niveau est réduit jusqu’à une zone de 0,8 à 0,4 % pendant l’entreposage, qui s’étend du 20 août au 10 juin chaque année (F. Benit, comm. pers., 1985).

Riz (Oryza sativa L.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Directives de conservation : Le riz est généralement récolté avec une teneur en eau supérieure à celle qui est recommandée pour une bonne conservation, et c’est pourquoi il est nécessaire de le faire sécher après récolte. Aux États-Unis, on considère généralement qu’une teneur en eau de 12, 5 % ou moins convient à la conservation du riz (Kunze et Calderwood, 1980). La teneur en eau maximale requise pour la conservation du riz pendant 1 an est de 13 % (Hall, 1980). Pour le riz brut, non décortiqué, la teneur en eau maximale est de 14 % et pour le riz moulu, elle est de 12 %, à 17 °C (Muckle et Stirling, 1971). Pour le riz en grain entier, une humidité relative intergranulaire de 70 %, à laquelle on peut s’attendre à l’apparition de moisissures, s’équilibre avec une teneur en eau de 14,1 %, à 25 °C (Hall, 1980). Un système commercial d’entreposage en vrac conçu pour le stockage à long terme et sans problème du riz brut doit fournir une aération appropriée, de façon à empêcher l’auto-échauffement et maintenir les grains de riz à un faible niveau de teneur en eau (environ 13,5 %) afin de les protéger des champignons et des insectes. La croissance des moisissures est empêchée à 13 % de teneur en eau au-dessous de 21,1 °C et l’activité des insectes est considérablement réduite au-dessous de 15,6 °C. Dans des environnements à forte humidité, le fonctionnement des systèmes d’aération destinés aux entreposages en vrac demande une attention constante (Steffe et coll., 1980). Pour plus de détails sur les changements physiques qui se produisent dans la masse du riz entreposé, voir Gough et coll., 1987).

Directives de séchage : La température maximale recommandée pour le séchage est de 43 °C pour le riz destiné à la semence ou à l’utilisation commerciale (Hall, 1980). Pour le riz non décortiqué, la température maximale de séchage pour une teneur en eau allant jusqu’à 20 % est de 44 °C, mais au-dessus de 20 % de teneur en eau, la température est réduite à 40 °C (Muckle et Stirling, 1971). Les caractéristiques de séchage changent suivant le type de grains, les variétés à long grain des États-Unis séchant le plus vite et le grain court séchant le plus lentement (Kunze et Calderwood, 1980).

Son de riz

Risques relatifs d’entreposage : Élevés

Directives de conservation : À 15 °C, une teneur en eau de 12 % s’équilibre avec une humidité relative de 70 % avec adsorption sur le son de riz (Pixton, 1982).

Problèmes d’entreposage : Le son de riz est particulièrement susceptible de s’auto-enflammer, car elle referme une quantité importante d’huile oxydable (National Fire Protection Association, 1981). Des incendies attribués à l’auto-échauffement du son de riz se sont produits sur au moins trois navire. Dans l’un de ces navires, des incendies se déclarèrent dans deux cales séparées, l’un en haute mer et l’autre à l’amarrage à Avonmouth Docks, en Angleterre. Dans le premier cas, on se servit d’injection de vapeur pour maîtriser le feu, pour finir, comme dans le deuxième cas, à l’ammarage, par utiliser les projections d’eau pour éteindre l’incendie (anonyme, 1966).

De 27 à 36 millions de tonnes de son de riz contenant de 5 à 7 millions de tonnes d’huile sont produites dans le monde chaque année. Le son de riz, encore récemment réservée à l’alimentation animale, est maintenant présentée sous une forme extrudée pour la consommation humaine. Autrefois, les minotiers n’avaient pas les moyens d’empêcher les enzymes du son de se mélanger avec l’huile, provoquant ainsi la décomposition rapide de l’huile et rendant le produit impossible à manger. Le processus d’extrusion stabilise le produit en utilisant les phénomènes de frottement pour créer de la chaleur qui détruit les enzymes et les empêche de détériorer l’huile, tout en permettant une extraction économique. Enfin, l’extraction des huiles oxydables rendra le son de riz moins dangereuse à transporter.

Seigle (Secale cereale L.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 14,0 %
  • Gourd : de 14,1 à 17 %
  • Humide : au-dessus de 17,0 %

Directives de conservation : Du fait que le seigle mûrit au début de l’été, sa teneur en eau atteint plus rapidement un niveau acceptable pour la conservation, par comparaison avec celle du blé ou d’autres grains (Shands, 1959). Pour éviter la détérioration, on doit empêcher la teneur en eau du seigle de dépasser le niveau de 13 % (Rozsa, 1976). Kreyger (1972) recommande 14 % comme niveau maximal pour la conservation du seigle. Avec cette teneur en eau, l’entreposage à long terme du seigle demande un refroidissement à 15 °C ou moins. Des moisissures se développent rapidement dans les graines entreposées avec plus de 14 % de teneur en eau. Par exemple, des moisissures sont apparues dans des grains entreposés à 25 °C avec 15 % de teneur en eau, après 4 semaines seulement d’entreposage.

Directives de séchage : Les températures de séchage maximales sont de 45 °C pour le seigle destiné à la semence, de 60 °C pour l’utilisation commerciale et entre 80 à 100 °C pour l’alimentation du bétail (Friesen, 1981).

Facteurs de déclassement : Le grain de seigle est déclassé numériquement s’il contient des grains brûlés ou chauffés ou s’il présente une odeur de brûlé ou d’échauffement. Le seigle est classé dans la catégorie Échantillon s’il contient des grains brûlés ou plus de 5 % de grains chauffés, ou s’il présente une odeur de brûlé ou d’échauffement.

Apparence des grains brûlés ou échauffés : Les grains brûlés sont ceux qui ont été carbonisés ou roussis par le feu. Des grains chauffés sont d’une couleur allant de l’orange au brun foncé, quelque peu semblable à celle de l’orge chauffée, mais sont difficiles à détecter à cause des variations de couleur entre échantillons de seigle. Le seigle chauffé est souvent détecté grâce à une odeur d’échauffement ou à la présence d’autres grains de céréales chauffés dans l’échantillon.

Graines de carthame (Carthamus tinctorius L.)

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 9,5 %
  • Gourd : de 9,6 à 13,5 %
  • Humide : de 13,6 à 17,0 %
  • Trempé : de 17,1 à 22,0 %
  • Mouillé : au-dessus de 22 %

Directives de conservation : La graine de carthame est écrasée pour donner de l’huile ou utilisée pour l’alimentation des oiseaux. On la cultive dans les régions sèches de l’Ouest canadien et aux États-Unis. On préfère la moissonner directement plutôt que de se servir d’une andaineuse et le décorticage n’est pas un problème si la récolte est moissonnée à 10 % de teneur en eau ou plus. La graine de carthame est entreposée entre 9 et 10 % de teneur en eau (Wilkins, 1985b). En Californie, Heaton et coll. (1978) ont montré qu’il se produisait un accroissement du niveau des acides gras libres dans les graines de carthame intactes ou endommagées entreposées avec plus de 8 % de teneur en eau pendant 2 mois. Cette augmentation des acides gras libres est causée en grande partie par des champignons des champs. Selon Christensen et Sauer (1982), une humidité relative intergranulaire de 65 à 70 % s’équilibre avec une teneur en eau entre 5 et 6 %, et une humidité relative allant de 70 à 75 % s’équilibre avec 6 à 7 % de teneur en eau. La croissance d’Aspergillus glaucus spp. se produit avec 6 ou 7 % de teneur en eau, et la croissance du Penicillium spp. Et autre champignons , entre 10 et 12 % de teneur en eau (équivalant à 85 - 90 % d’humidité relative).

Facteurs de déclassement : Les graines de carthame sont déclassées numériquement si elles contiennent des graines endommagées par la chaleur ou si elles présentent une odeur d’échauffement ou si elles contiennent des grains pourris qui sont considérés en combinaison avec des grains endommagés par la chaleur. La graine de carthame est classée dans la catégorie Échantillon si elle contient plus de 1 % de grains endommagés par la chaleur ou 1 % de grains pourris ou avec une odeur d’échauffement.

Criblures

Les criblures en granulés ont une composition variable comprenant par exemple des criblures no 1 et no 2, provenant d’élévateurs (grains divers, criblures de lin ou d’orge, graines de mauvaises herbes, balles, etc.) ou des criblures rejetées (y compris la poussière), des mélasses, de la vapeur, des vitamines plus un liant, souvent de l’orge moulue et quelquefois des grains brûlés récupérés.

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau : Il n’existe pas d’obligation d’indication de la teneur en eau pour les criblures en granulés.

Directives de conservation : On considère, d’une façon générale, que la teneur en eau à observer pour la conservation des criblures en granulés est comprise entre 8 et 10 %.

Sorgho (Sorghum bicolor (L.) Moench.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau : Les limites maximales de teneur en eau pour les catégories U.S. no 1, 2, 3 et 4 pour toutes les classes de sorgho sont de 13, 14, 15 et 18 % respectivement (United States Department of Agriculture, 1978).

Directives de conservation : Le sorgho, également connu sous le nom de millet, est une céréale. Ses grains sont plus petits et plus arrondis que ceux du maïs, contiennent plus de protéines, moins de matières grasses et ont à peu près la même teneur en hydrates de carbone. Le sorgho est cultivé principalement dans des régions semi-aride pour l’alimentation de l’homme et de l’animal. Aux États-Unis, on le cultive pour l’alimentation animale, principalement au Texas et au Kansas. La teneur maximale en eau recommandée pour la conservation du sorgho est de 13 % pour 1 an et entre 10 et 11 % pour 5 ans (Hall, 1980). Selon Muckle et Stirling (1971), la teneur en eau recommandée pour la conservation du sorgho à 27 °C est de 13,5 %, mais ce chiffre peut varier considérablement selon les variétés. Dans le sorgho, une humidité relative intergranulaire de 70 % s’équilibre avec une teneur en eau de 13,8 %, à 25 °C (tableau 15) (Hall, 1980). Aux États-Unis, le sorgho est récolté à partir de ses tiges dressées, au moyen d’une moissonneuse-batteuse. Le grain est physiologiquement mûr quand les grains les plus verts descendent à 35 % de teneur en eau, mais la récolte ne doit pas être faite tant que les grains n’ont pas atteint une teneur maximale de 13 % d’eau, à moins d’employer des moyens de séchage artificiel (Kramer, 1959). Le sorgho s’entrepose facilement si l’on observe les techniques de traitement utilisées habituellement pour les céréales. Pour plus de renseignements sur l’entreposage du sorgho, voir Doggett (1970) et Sorensen et Person (1970).

Directives de séchage : Les températures maximales recommandées pour le séchage du sorgho sont les suivantes : 43 °C pour la semence; 60 °C pour l’utilisation commerciale; et 82 °C pour l’alimentation du bétail (Hall, 1980).

Graines de soja (Glycine max (L.) Merrill)

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 14,0 %
  • Gourd : de 14,1 à 16, 0 %
  • Humide : de 16,1 à 18,0 %
  • Trempé : de 18,1 à 20,0 %
  • Mouillé : au dessus de 20,0 %

Les teneurs en eau maximales admises pour les graines de soja de catégorie US no 1, 2, 3, et 4 sont de 13, 14, 16 et 18 %, respectivement (United States Department of Agriculture, 1978).

Directives de conservation : En automne, par temps sec, les graines de soja mûres sèchent dans le champ en passant de 15 % de teneur en eau en début de matinée à 10 % à l’heure du midi (Holman et Carter, 1952). La nuit, elles absorbent à nouveau de l’humidité et le cycle se répète le jour suivant. Les graines de soja peuvent être récoltées avec une faible teneur en eau, mais au prix d’un accroissement des pertes dans le champ et de lourds dommages d’origine mécanique. Ces pertes peuvent être réduites si les graines sont récoltées avec une teneur en eau supérieure avant que les enveloppes soient complètement mûres à condition de les sécher après afin d’obtenir un teneur en eau convenant à l’entreposage.

La teneur en eau qui convient à une utilisation commerciale est de 13 % pour un entreposage allant jusqu’à 1 an (Hall, 1980), et entre 10 et 11 % pour l’entreposage à long terme, jusqu’à 4 ans (tableau 20) (Holman et Carter, 1952), et enfin de 10 % pour une durée allant jusqu’à 5 ans (Hall, 1980). Ces chiffres ne constituent que des directives générales qui ne tiennent pas compte de circonstances particulières comme l’accumulation de particules fines sous les canalisations de goulottes. Les graines de soja sont plus difficiles à entreposer que le maïs décortiqué, à la même teneur en eau, car la teneur en eau de la graine de soja qui s’équilibre avec une humidité relative de 65 %, à 25 °C, es presque de 11 %, soit 2 % de moins que celle du maïs décortiqué (Barre, 1976).

Tableau 20 – Durée de conservation des graines de soja de différentes teneurs en eau (d’après Hollman et Carter, 1952)
Teneur en eau (%) Usage commercial Semence
10-11 4 ans 1 an
10-12,5 1 à 3 ans 6 mois
13-14 6 à 9 mois Douteuse (vérifier la germination)
14-15 6 mois Douteuse (vérifier la germination)

Les champignons d’entreposage peuvent envahir lentement les graines de soja stockées entre 12 et 12,5 % de teneur en eau à un rythme qui augmente avec la teneur en eau, au-dessus de ce dernier niveau. L’infestation des graines de soja ayant une teneur en eau de 12, 5 à 13 % risque peu d’entraîner une perte de qualité dans l’espace d’un an, même si la température est favorable à la croissance des champignons, qui peuvent cependant entraîner une perte de faculté de germination. Cette infestation lente par les champignons d’entreposage des graines de soja contenant 13 % d’eau risque cependant d’être dangereuse, car elle peut entraîner un accroissement soudain, inattendu, peut-être impossible à maîtriser, de la croissance des champignons, joint à un échauffement (Christensen et Kaufmann, 1972).

Un silo rempli de graines de soja déjà légèrement ou modérément infestées par des champignons d’entreposage représente pour un entreposage continu un risque plus grand qu’un chargement de grains intacts, et qui progressera plus rapidement vers un état de détérioration avancé. Par ailleurs, une fois que les graines ont été modérément infestées par des champignons nuisibles, ces derniers peuvent continuer à se développer et à entraîner des dommages à des températures et teneurs en eau légèrement inférieures à ce qu’elles seraient pour des grains intacts (Christensen et Kaufmann, 1972).

Directives de séchage : Les températures maximales recommandées pour la conservation des graines de soja par Hall (1980) sont de 43 °C pour la semence, 49 ° C pour l’utilisation commerciale, tandis que Muckle et Stirling (1971) recommandent des températures maximales de 38 et de 48 °C respectivement.

Facteurs de déclassement : Les graines de soja sont déclassées si elles contiennent des graines endommagées par la chaleur, moisies ou rances, ou si elles présentent une odeur d’échauffement, une odeur nette de moisi ou une odeur désagréable. Les graines échauffées sont déclassées numériquement selon les normes de classement. On tient compte des graines moisies et rances et des graines échauffées. Les graines sont classées dans la catégorie Échantillon si elles contiennent plus de 5 % de graines échauffées ou, si elles présentent une odeur nette d’échauffement ou odeur de moisi.

Apparence des graines de soja échauffées, moisies et rances : Les graines échauffées ont un tégument de couleur olive à brun foncé et, après avoir été sectionnées, des cotylédons de couleur brun roux à brun foncé. Les graines moisies sont ridées, déformées, de couleur brun moyen à brun foncé et sont souvent recouvertes d’une couche de moisissure grise. Elles peuvent encore avoir une texture spongieuse et une odeur déplaisante. Enfin, les graines rances ont une décoloration rose foncé.

Problèmes d’entreposage : La plupart des cas de perte de qualité importante dans les graines de soja entreposées se produisent parce que les personnes chargées de leur conservation ne savent pas exactement les conditions qui règnent dans les différentes portions du chargement (Christensen, 1976). On doit connaître à tout moment et maintenir à des niveaux faibles la teneur en eau des graines ainsi que leur température à l’intérieur du chargement, de façon à éviter le développement des moisissures et à assurer une bonne conservation. L’état des stocks au début de leur entreposage a une influence importante sur leur possibilité de conservation future. Des problèmes d’entreposage sont aggravés si l’on entrepose des graines déjà légèrement ou modérément infestées de moisissures d’entreposage, en présence de quantités importantes de graines fendillées et fendues ou de particules fines dans l’axe des goulottes du silo. Les graines fendillées et fendues ainsi que les particules fines, particulièrement les graines de mauvaises herbes, forment des foyers où se développent des phénomènes d’échauffement entraînant une détérioration. La détérioration commence généralement dans les graines de soja dans la partie des goulottes car les graines de mauvaises herbes à forte teneur en eau s’agglomèrent en empêchant la pénétration de l’air en cours d’aération. Même si des graines, au moment de l’entreposage, contiennent seulement de 2 à 5 % de particules fines, la région des goulottes peut contenir de 50 à 80 % des particules fines (Christensen et Kaufmann, 1972).

La sudation qui se produit lorsqu’on retire du grain froid du silo et qu’on l’expose à l’air contenant une humidité relativement élevée et plus chaud d’environ 8 à 10 °C, constitue également un problème. Dans ces conditions, l’humidité de l’air se condense réellement sur les graines et lorsqu’on les remet en silo, l’effet cumulatif de cette sudation ou humidité peut entraîner des problèmes d’échauffement en cours d’entreposage (Gustafson, 1978).

Les graines de soja peuvent présenter un danger réel d’auto-inflammation car, à la différence des céréales qui en cours d’échauffement n’atteignent généralement pas la température de 55 °C, elles peuvent dépasser le niveau de 200 °C (Christensen et Kaufmann, 1977). Les graines endommagées par la chaleur perdent au moins 30 % de leur poids sec lorsque la température atteint 200 °C (Christensen et Kaufmann, 1977). Les différences entre graines de soja brûlées en cours d’entreposage ou incendiés, c’est-à-dire entre celles qui ont été soumises à un échauffement micro biologique et celles qui ont été réellement exposées au feu ou qui ont été enflammées, sont décrites par Christensen et coll. (1973) et Christensen et Meronuck (1986). Cette distinction est importante, car les compagnies d’assurance remboursent les pertes occasionnées par le feu, mais pas celles qui sont causées par l’échauffement micro biologique.

La production du monoxyde de carbone a été démontrée dans les graines de soja en cours d’échauffement par Ramstad et Geddes (1942). Plusieurs échantillons prélevés de 6 à 15 m sous la surface d’un chargement de graines de soja en cours d’échauffement ont donné des concentrations de CO mortel comprises entre 0,005 et 0,02 % (50 à 200 ppm).

Étude de cas :

  1. En décembre 1950, dans un élévateur du Kentucky, une vapeur ou une fumée fut observée alors qu’elle s’échappait de plusieurs cellules contenant des graines de soja. Des colonnes de graines extrêmement chaudes, comprimées au centre des cellules et s’étendant sur presque toute la hauteur de 32 m furent découvertes lorsqu’on retira le grain intact à la périphérie. Ces colonnes durent être brisées mécaniquement de façon à permettre la sortie du grain à travers les goulottes de déchargement. Les températures maximales au centre d’une masse en échauffement allaient de 145 à 170 °C. Même dans les échantillons les plus détériorés, on ne put observer de cendres libres, ce qui indique que les températures de combustion n’avaient pas été atteintes. Les registres de l’élévateur révélèrent que de nombreux lots de gaines de soja reçus 6 à 8 semaines précédemment contenaient plus de 15 % d’eau, soit une valeur supérieure à celle qui est considérée comme propre à la conservation (Milner et Thompson, 1954).
  2. Une cargaison de 6 000 t de graines de soja en provenance des États-Unis fut expédiée par cargo de la Nouvelle-Orléans à un pays situé dans les Antilles. La cargaison fut déchargée par benne dans des camions puis transportée jusqu’à l’installation de traitement. À l’arrivée, les graines avaient une mauvaise odeur et certaines avaient germé, si bien qu’on arrêta la déchargement. Le directeur de l’installation savait qu’un conflit s’élèverait sur la question de savoir qui serait responsable des dommages subis par les graines, si bien qu’il appela immédiatement son avocat et son agent d’assurance, puis le transporteur et l’importateur des graines. La Food and Drug Authority envoya des inspecteurs qui déclarèrent que la cargaison entière était pourrie et ne pouvait être déchargée. Des entretiens avec le commandant et l’équipage révélèrent que deux écoutilles avaient eu des fuites au cours du voyage, par mauvais temps en provenance de la Nouvelle-Orléans. D’ailleurs, au moment où le navire atteignait sa destination, certaines des graines révélaient une teneur en eau de 48 % au lieu de celle qui était spécifiée, de 12 % (anonyme, 1983b).
  3. En Israël, une cellule de 2 000 t de graines de soja de qualité US no 2 contenant jusqu’à 20 % de graines fendillées et fendues, jusqu’à 3 % de graines endommagées et jusqu’à 2 % de matières étrangères, ne présenta aucun problème d’entreposage pendant 5 mois. Les températures étaient enregistrées chaque semaine, au moyen de trois câbles à thermocouples, chacun avec sept jonctions (fig. 23a). À la suite d’une élévation de température allant jusqu’à 35 °C à la partie supérieure de la cellule (fig. 23b),on décida de décharger le contenu du silo. C’est seulement au cours du déchargement qu’on réalisa qu’il y avait de 30 à 50 t de graines endommagées par la chaleur dans la partie centrale du haut de la cellule (fig. 23c), une région où aucun thermocouple n’avait été placé directement. Il est probable que la thermoconductibilité faible des graines de soja avait empêché la chaleur de se dissiper rapidement, si bien que les thermocouples avaient été incapables de détecter le problème à un stade moins avancé. Dans la zone d’échauffement contenant une forte proportion de déchets et de graines fendues, la teneur en eau était de 22,4 % et le niveau des acides gras libres dépassait 35 %. Les chiffres correspondant relevés pour les graines non endommagées autour de la zone d’échauffement étaient de 12,8 % de teneur en eau et de 0,56 % de teneur en acides gras libres. La température maximale enregistrée était de 98 °C à une profondeur d’un mètre à l’intérieur de la masse des graines échauffées (Ben-Efraim et coll., 1985).

Schéma d'un silo contenant des graines de soja, montrant l'emplacement des dommages causés par l'échauffement

Figure 23 – Schéma d’un silo contenant des graines de soja, montrant l’emplacement des dommages causés par l’échauffement : A, section transversale montrant l’emplacement des câbles de thermocouples; B, section longitudinale montrant les températures en degrés Celsius avant déchargement; C, section longitudinale montrant la région (X) où furent détectées les graines endommagées par la chaleur (d’après Ben-Efraim et coll., 1985)

Dans Christensen et Meronuck (1986), on trouvera d’autres études de cas.

Graines de tournesol (Helianthus annuus L.)

Risques relatifs d’entreposage : Modérés

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 9,5 %
  • Gourd : de 9,6 à 13,5 %
  • Humide : de 13,6 à 17,0 %
  • Trempé : de 17,1 à 22,0 %
  • Mouillé : au-dessus de 22 %

Directives de conservation : La province du Manitoba recommande d’entreposer les graines de tournesol avec une teneur en eau allant jusqu’à 10 % en précisant qu’un niveau de 8,5 % ou moins est encore plus souhaitable. Mais, même à ce degré de teneur en eau, il peut se produire une détérioration si la température n’est pas réduite au moment où la graine est entreposée (Agriculture Manitoba, 1986). Dans le Dakota du Nord, un maximum de 9 % de teneur en eau est conseillé pour une bonne conservation (Cobia et Zimmer, 1975). À 7,0 % ou moins de teneur en eau, la graine de tournesol peut être entreposée sans aération à long terme, mais à 9,5 % de teneur en eau et au-dessus, elle ne peut être conservée qu’à court terme (Gustafson, 1978). Robertson et coll. (1984, 1985a) ont étudié l’effet de la teneur en eau des graines sur la croissance des champignons et la qualité des graines entreposées à 10 et 20 °C pendant jusqu’à 60 semaines. Aucune détérioration ne se produisit, que ce soit dans les graines entreposées à 10 °C avec 7,5 % de teneur en eau, ou dans les graines entreposées à 10 °C avec 7,5 % de teneur en eau, ou dans les graines entreposées à 20 °C avec 6,0 % de teneur en eau. Par contre, une détérioration importante s’est produite dans les graines entreposées à 20 °C avec une teneur en eau de 9,8 % et plus, causée probablement par des champignons d’entreposage du groupes A. glaucus.

Lorsque les graines de tournesol atteignent leur maturité, généralement à la mi-septembre, le dos de leur tête devient jaune et les bractées qui l’entourent deviennent brunes. À ce stade, la graine a une teneur en eau d’environ 50 %, mais la récolte est généralement retardée jusqu’au moment où sa teneur en eau a atteint 12 % ou moins. (Daun, 1982). Dans la plupart des régions de l’Ouest canadien, il n’est pas besoin de sécher la graine (Durksen, 1975). Du fait que les graines de tournesol peuvent être battues proprement à 20 % de teneur en eau, certains éleveurs préfèrent les récolter à ce niveau, puis les soumettre à un séchage artificiel pour obtenir un niveau de teneur en eau qui convienne à leur conservation (Daun, 1982).

Directives de séchage : Les graines de tournesol sont faciles à sécher et, en raison de leur caractère volumineux, à un coût relativement réduit (Durksen, 1975). Les températures de séchage maximales citées par Friesen (1981) sont de 45 °C pour les graines destinées à la semence, et de 50 °C pour les usage commerciaux. Durksen (1975) mentionne des températures de séchage maximale de 43, 49 et 60 °C, respectivement pour les graines de tournesol séchées par lots en débit continu non circulant et dans des séchoirs par lots avec circulation. Les températures des séchoirs par lots doivent être réduites pendant la dernière demi-heure du séchage. Il faut sécher les graines de tournesol jusqu’à un niveau de 8,5 % de teneur en eau, de façon à tenir compte d’une certaine augmentation d’humidité en cours d’entreposage.

Facteurs de déclassement : Les graines de tournesol sont déclassées si elles contiennent des grains échauffés ou brûlés en entreposage ou si elles présentent une odeur d’échauffement, de brûlé en cours d’entreposage ou de moisi. Lorsque l’on trouve en même temps des graines chauffées et des graines pourries, on tient compte des deux. Des graines de tournesol sont classées dans la catégorie Échantillon si elles contiennent plus de 2 % de graines échauffées ou pourries, ou si elles présentent une nette odeur d’échauffement, de moisi ou de brûlé en entreposage.

Apparence des graines chauffées : En coupe longitudinale, les graines chauffées présentent une chair de couleur brune.

Problèmes d’entreposage : La graine de tournesol, lorsqu’elle arrive des champs, contient normalement de 3 à 20 % de déchets qui doivent être retirés ainsi que les matières fines et les grosses graines vides avant d’être entreposées. L’élimination des grosses graines vides permet une utilisation maximale de l’espace dont on dispose pour l’entreposage tandis que l’élimination des matières fines évite le développement des points chauds et permet d’assurer une bonne aération.

Problèmes de séchage : Les opérations de séchage doivent être soigneusement surveillées afin d’éviter deux problèmes qui se produisent fréquemment : le séchage excessif et les incendies de séchoir (Cobia et Zimmer, 1975).

L’excès de séchage se produit parce que les opérateurs oublient ou ne savent pas que les graines de tournesol sèchent plus rapidement que les graines d’une forte densité comme celle du maïs. L’excès de séchage peut entraîner la production de grains endommagés par la chaleur, avec une chair de couleur foncée ressemblant à celle des graines envahies par les champignons d’après récolte en cours d’entreposage. Robertson et coll. (1985b) ont étudié des graines de tournesol surchauffées de catégories Échantillon et ont noté que leur classification selon les dommages ne correspondait pas toujours exactement aux qualités de la graine de tournesol et de son huile révélées par l’analyse chimique.

Les feux de séchage se produisent lorsque des fibres très fines provenant de la graine sont libérées en cours de traitement, flottent en l’air et s’enflamment lorsqu’elles viennent à traverser le ventilateur et le brûleur en fonctionnement. Le danger est augmenté lorsque les graines sont séchées à 60 °C et plus et c’est pourquoi de nombreux fermiers préfèrent sécher les graines à des températures moins élevées. Le danger d’incendie et diminué lorsque le ventilateur propulse de l’air propre, sans fibres. On peut y parvenir au moyen d’un séchoir portatif, en tournant les ventilateurs dans le sens du vent ou en les reliant à des longs tubes de respiration sub-aquatique (Cobia et Zimmer, 1975).

Les directives à observer pour le séchage des graines de tournesol sont les suivantes :

  • Suivre de bonnes méthodes d’entretien. Nettoyer les alentours du séchoir ainsi que l’intérieur de la chambre de l’appareil.
  • Ne pas sécher avec excès.
  • Assurer le maintien d’un débit continu dans toutes les sections des séchoirs par lots de recirculation et à débit continu, car un débit inégale entraîne la formation de points de surséchage et augmente les dangers d’incendie.
  • Ne pas laisser un équipement de séchage sans surveillance.

Triticale (hybride de blé et de seigle)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 14, 0 %
  • Gourd : de 14, 1 à 17,0 %
  • Humide : au-dessus de 17,0 %

Directives de conservation : Dans le triticale, une humidité relative intergranulaire de 70 % s’équilibre avec une teneur en eau de 15,1 % à 22 °C. Les valeurs d’équilibre entre teneur en eau et humidité relative du triticale à 22 °C sont supérieures à celles du seigle à 25 °C ou du blé à 20 ou 25 °C. Le triticale a une densité inférieure d’environ 20 % à celle du blé et de 15 % par rapport à celle du seigle, ce qui peut expliquer la valeur plus élevée de sa teneur en eau-humidité relative (Sinha et White, 1982). Nous manquons d’information sur le comportement du triticale en cours d’entreposage, mais d’après les éléments ci-dessus, il semblerait que le triticale soit moins sensible à la détérioration que le blé lorsqu’il est entreposé à la même température et avec la même température et avec la même teneur en eau.

Blé (Triticum aestivum L.)

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau :

  • Sec : jusqu’à 14,5 %
  • Gourd : de 14,6 à 17,0 %
  • Humide : au-dessus de 17,0 %

Directives de conservation : Dans les variétés de blé tendre rouge d’hiver, dur rouge d’hiver, dur roux de printemps et ambré dur, une humidité relative intergranulaire de 70 % s’équilibre respectivement avec 13,5, 13, 9, 13,9 et 13,7 %, à 25 °C (tableau 15). À 10 °C, 70 % d’humidité relative s’équilibre avec un blé d’une teneur en eau de 15 % (Friesen et Huminicki, 1986). Selon Hall (1980), la teneur en eau maximale pour la conservation dans une structure étanche est de 13 % pour le blé d’usage commercial et de 12 % pour le blé de semence. Pour l’entreposage à long terme du blé commercial, le maximum est de 13 à 14 % d’eau, jusqu’à 1 an de conservation et de 11 à 12 % pour 5 ans. Des directives de conservation pour le blé dur roux de printemps ont été mises au point par Wallace et coll. (1983) et résumées par Wilkins (1983). La figure 24 montre la durée des périodes pendant lesquelles le blé peut se conserver, en fonction des différentes combinaisons entre la teneur en eau et la température. En comparaison avec d’autres cultures, le blé s’entrepose facilement mais, à l’occasion, des points chauds peuvent se développer.

Tableau des durées de conservation du blé montrant les zones dans lesquelles la détérioration se produit en moins de 10 jours

Figure 24 – Tableau des durées de conservation du blé montrant les zones dans lesquelles la détérioration se produit en moins de 10 jours, entre 10 et 30 jours, entre 1 et 3 mois, et celles où ne se produit aucune détérioration pendant au moins 6 mois (d’après Wilkins, 1983).

Directives de séchage : Les températures maximales de séchage sont de 60 °C pour le blé de semence, de 65 °C pour le blé d’utilisation commerciale et de 80 à 100 °C pour le blé destiné au bétail (Friesen, 1981). Un excès de chaleur pendant le séchage du blé peut endommager les protéines de l’endosperme et rendre ainsi la farine moins propre à son emploi en boulangerie (Freeman, 1980). Les températures recommandées pour l’air de séchage des blés de minoterie sont de 60 °C pour les séchoirs à lots de recirculation et de 70 °C pour les sécheuses à débit continu parallèle. La température des grains ne doit dépasser 60 °C dans aucune partie de la sécheuse.

Facteurs de déclassement : Le blé est déclassé s’il contient des grains chauffés, brûlés en entreposage, brûlés, très infestés de mildiou ou de moisissures ou s’il présente une odeur de brûlé. Le blé est classé Échantillon s’il contient plus de 2 % de grains brûlés, plus de 10 % de grains chauffés, brûlés en entreposage, pourris, très infestés de mildiou ou pourris, ou s’il présente une nette odeur de brûlé.

Apparence des graines : Les graines brûlés sont ceux qui ont été carbonisés ou roussis par le feu. Des graines nettement chauffés ont une couleur qui va du brun pâle au brun très foncé sans atteindre la couleur noire. Les grains brûlés en entreposage, pourris très infestés de mildiou sont noircis, gonflés et paraissent éclatés à la suite d’un échauffement prononcé et d’une exposition à une forte humidité. De tels grains peuvent être totalement décolorés et spongieux au toucher.

Problèmes d’entreposage : Des points chauds, provoqués par l’activité des champignons ou des insectes peuvent se développer à la fin de l’automne, en particulier dans des grains non aérés. L’écologie d’un point chaud d’origine artificielle a été étudiée sur des échantillons rassemblés à partir de deux chargements de 13 t de blé entreposés à Winnipeg (Man.), entre 1959 et 1961 (Sinha et Wallace, 1965). L’échauffement fongique avait débuté l’hiver, essentiellement sous l’action d’espèces de Penicillium poussant à basse température qui s’étaient développées dans une poche de grains vieille de 4 mois entre -5 à 8 °C, entre 18,5 et 21,8 % de teneur en eau. Le point chaud atteignit une température de 64 °C et se refroidit en 2 semaines.

Étude de cas :

  1. À Cairo (Ill.), une cellule de grande dimension avait été remplie de blé récolté entre 17 et 32 °C. D’après les livres, la teneur en eau moyenne était e 13,2 %; cependant, une partie des grains avait été entreposée à près de 14,0 % et même à 16,0 %, du fait de l’imprécision d’un humidimètre. Au cours de l’automne frais qui suivit, il se produisit probablement un rapide transfert d’humidité dans le chargement, entraînant un échauffement lent, puis rapide, qui provoqua, pour finir, un dommage de 40 % pour les germes, une réduction à la catégorie Échantillon et une perte d’argent considérable. La détérioration était due au développement de champignons d’après récolte (champignons d’entreposage) et le magasinier fut jugé responsable. (Christensen et Kaufmann, 1969).
  2. Dans un pays un Moyen-Orient, un silo de béton haut de 30 m contenait 5 000 t de blé à 13 % de teneur en eau. Le silo était équipé de sept câbles à thermocouples contenant chacun 10 palpeurs équidistants. Ces câbles étaient situés à un mètre de la paroi du silo. Après 3 moins d’entreposage sans aération, la température mesurée le long de six de ces câbles se situait entre 24 et 36 °C mais, sur le septième, on notait entre 89 et 96 °C. Les grains en état de combustion lente entre 89 à 96 °C. Il est probable que l’échauffement avait été provoqué par un transfert d’humidité à l’intérieur du chargement, aggravé par les modifications diurnes se produisant sur le côté ensoleillé du silo.

Son, remoulages, semoules

Les granulés de son contiennent environ 50 % de son en gros flocons, 35 % de remoulages de taille intermédiaire et 15 % de semoule (de petite taille). Les granulés de débris de minoterie contiennent de 80 à 85 % de remoulages, 10 % de son remoulu et entre 5 et 10 % de criblures moulues comprenant du sarrasin, de l’orge, de l’avoine, du blé brisé, des graines de mauvaises herbes, des poussières de filtre et de farine.

Risques relatifs d’entreposage : Faibles

Normes de teneur en eau : Pas de limites fixées au Canada; doivent légalement être munis d’une étiquette indiquant la teneur en eau maximale.

Directives de conservation : Les niveaux de teneur en eau recommandés de façon générale dans l’industrie sont inférieurs à 10 % pour les granulés de son, et à 13,5 % pour les granulés de débris de minoterie pour un entreposage allant jusqu’à 3 semaines. D’après Snow et coll. (1944), le niveau de teneur en eau au-dessous duquel les moisissures ne doivent normalement pas se développer, pour le son et les semoules, est de 14,4 % (équivalent à 72 % d’humidité relative), pour un entreposage de 3 mois, entre 15,5 et 21 °C. Pour un entreposage de 2 à 3 ans, entre 15,5 et 21 °C, le niveau de teneur en eau recommandé pour le son est de 12,8 % (65 % d’humidité relative) pour les semoules. Dans la pratique, les granulés de son fraîchement fabriqués, après refroidissement, contiennent environ 9,5 d’eau, tandis que les granulés de débris de minoteries en contiennent de 13,2 à 13,6 %. Pour éviter la condensation et les problèmes de moisissures qu’ils risquent d’entraîner durant l’hiver, il faut entreposer les granulés refroidis, vérifier s’il n’y a pas de chaleur résiduelle, retourner, si c’est nécessaire, puis les charger dans les wagons. En été, on peut charger les granulés refroidis directement dans les wagons.

Apparence : Les granulés de son ont une teinte rosâtre, tandis que les granulés de débris de minoteries sont roses, mais moins foncés que les granulés de son.