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La détérioration et l’échauffement des produits agricoles entreposés



Chapitre 4 – Prévention de la détérioration et de l’échauffement

On peut éviter la détérioration et l’échauffement des denrées entreposées si l’on sait quoi faire en matière de stockage des denrées, si on fait une planification préliminaire et si on applique des techniques de traitement appropriées. On trouvera au tableau 4 les étapes recommandées pour éviter les problèmes de conservation pendant l’entreposage.

Tableau 4 – Prévention de la détérioration et de l’échauffement desproduits entreposés
Récolte de grains dans les champs
  • Faciliter le séchage à l’air des petits grains en andains de façon à obtenir une teneur en eau satisfaisante.
  • Prévoir un ensilage spécial ou un séchage artificiel pour les grains humides et non mûrs.
Ensilage
  • Demander conseil pour s’assurer que le système de silo convient à l’entreposage projeté.
  • S’assurer que le drainage du site est convenable.
  • Nettoyer l’intérieur et les abords de la cellule, de façon à éliminer tout ce qui peut favoriser la présence des insectes.
  • Conserver la cellule on bon état et rechercher régulièrement la présence de fuites.
  • Vaporiser un insecticide et faire une fumigation si nécessaire.
  • Refuser l’entrée de chargements de qualité douteuse.
  • Se renseigner sur l’origine et le sort des matières.
  • Obtenir au préalable des échantillons et faire des tests pour déceler l’invasion des moisissures.
  • Enlever les débris avant l’entreposage.
  • Utiliser dans la cellule un dispositif à disperser ou à remuer le grain, bien réglé, afin de répartir les matières fines de façon égale; mais savoir que certains dispositifs ne conviennent pas à une bonne distribution des matières fines.
  • Prélever des échantillons et déterminer leur teneur en eau durant l’entreposage.
  • Retourner périodiquement les produits entreposés. Il s’agit cependant d’une manutention coûteuse, qui demande beaucoup de travail et risque de briser les matières, comme le maïs. Il est préférable d’aérer.
Aération
  • Connaître les principes de l’aération ainsi que les problèmes qui risquent de se produire.
  • Demander conseil pour le plan du plancher et la taille du ventilateur.
  • Enlever les débris avant l’aération.
  • Se servir de l’aération pour refroidir ou réchauffer les matières (Friesen et Huminicki, 1986).
Séchage
  • Demander conseil sur l’équipement le plus approprié.
  • Nettoyer les matières avant le séchage; pour le maïs, enlever plutôt les matières fines des criblures après le séchage, car les grains brisé/matières étrangères doivent être séchés avant l’entreposage et l’utilisation par le bétail.
  • Enlever les accumulations de poussière et de fibres sur les parois et dans la région du brûleur.
  • Utiliser les déflecteurs de vent pour empêcher les matières et l’humidité présentes dans l’air de pénétrer dans le brûleur.
  • Rechercher les fuites dans les réservoirs et les conduites de propane.
  • Inspecter les fils électriques et les disjoncteurs.
  • Rechercher les fuites dans les réservoirs et les conduites de propane.
  • Inspecter les fils électriques et les disjoncteurs.
  • Rechercher les inégalités de séchage.
  • Utiliser les ratios air/grain appropriés sur les dispositifs de remuage, pour éviter les fronts de séchage en stagnation.
  • Attention aux températures de séchage excessives.
  • Refroidir après le séchage.
  • Savoir que les humidimètres électriques peuvent indiquer une teneur en eau inférieure à celle de la sortie du séchoir.
Grains à forte teneur en eau
Conservation chimique
  • Nettoyer les matières avant le traitement.
  • Utiliser une concentration appropriée à la teneur en eau du grain.
  • Utiliser suffisamment de produits chimiques, que ce soit sur la totalité ou sur une partie du produit en vrac.
  • Aérer les matières pour éviter le déplacement de l’humidité.
  • Protéger les surfaces en béton ou en métal avec du plastique ou de la peinture résistant aux acides, quand on utiliser des préparations à base d’acide propionique.
Ensilage des produits verts
  • Couper à la bonne période en évitant qu’ils ne se flétrissent, vérifier le pourcentage de matières sèches et hacher court.
  • Remplir rapidement les silos pour permettre un bon tassement des matières en évitant l’inclusion d’air.
  • Utiliser le distributeur pour tasser le long des parois.
  • S’assurer que les portes et les parois sont bien hermétiques (déchargement par le haut).
  • Garder les panneaux du haut et du bas bien fermés pour éviter l’effet de cheminée (déchargement par le bas).
  • Connaître le pourcentage de teneur en eau minimal pour une bonne conservation.
  • Disposer un bouchon de matières vertes humides au sommet du chargement du silo (silos non étanches).
  • Déplacer rapidement les matières.
  • Décharger partiellement, immédiatement après remplissage, pour éviter la formation de ponts dans la région des augets (silos à limitations d’oxygène).
Produits transformés
  • Enlever les fragments de métal constituant des foyers de points chauds.
  • Refroidir en petites quantités avant l’ensilage des matières moulues ou artificiellement séchées.
  • Faire vibrer les parois de la cellule de façon à éviter la formation de ponts.
  • Éviter la contamination par du liquide susceptible de s’auto-échauffer.
  • Éviter d’entreposer trop près des sources de chaleur comme: tuyauterie chaude, moteur, lampe électrique.
  • Éviter de trop sécher.
  • Vérifier les convoyeurs de cellules, sources éventuelle de chaleur par frottement ou d’étincelles.
Formation
  • Former le personnel en lui apprenant à connaître les caractéristiques d’entreposage des différentes denrées.
  • S’assurer que le personnel connaît les limites de teneur en eau et qu’il est au courant des déplacements d`humidité.
  • Insister sur l’importance des inspections régulières et d’un bon système de compte rendu.

Structures d’entreposage

Il faut obtenir tout d’abord l’avis d’un ingénieur agréé sur le type de structure d’entreposage la plus adéquate selon la région et l’usage qu’on veut en faire. Une fois choisies, les structures doivent être installées sur un emplacement bien drainé et sur des fondations bien conçues pour éviter l’infiltration des eaux de drainage et les fissures au plancher. Les silos verticaux qui contiennent de grandes quantités de nourriture combustible pour les animaux doivent être installés dans des zones complètement libres, à bonne distance des bâtiments et des matériaux combustibles de toute sorte (fig. 4) (Fire Protection Association, 1968).

Emplacement des silos de ferme par rapport aux constructions et autres matériaux combustibles

Figure 4 - Emplacement des silos de ferme par rapport aux constructions et autres matériaux combustibles (d’après la Fire Protection Association, 1968).

À intervalles réguliers, il faut vider complètement les silos et en examiner l’intérieur pour détecter les matériaux adhérents (« adhérences ») collés sur les parois. Il faut également nettoyer avec soins les silos vides, puis vaporiser sur le plancher et les parois un insecticide approprié pour détruire tous les insectes qui pourraient s’y trouver et qui risqueraient de réinfester le nouveau grain. On doit enlever les vieux grains ou les débris qui pourraient se trouver près des portes du silo, ou sous les planchers d’aération ou de séchage. Il faut enlever également toute la végétation qui entoure le silo et qui abrite des insectes nuisibles.

On peut maintenant trouver des silos (par exemple, le Carter-Day All Flow®, Minn.) qui sont pourvus de parois membraneuses gonflables et qui sont conçus de façon à s’ajuster exactement contre les parois et le plancher et qui empêchent la formation d’adhérences, de «trous de rats» et de ponts. Ce type de silo est muni de détecteurs qui peuvent déterminer le moment où il faut décharger. La membrane alors se gonfle automatiquement, en modifiant l’angle d’appui du produit et en le poussant vers l’ouverture de déchargement.

On doit maintenir les structures en bonne état de fonctionnement et d’étanchéité pour éviter que les rafales de pluie ou la neige, en fondant, n’entretiennent l’humidité qui favorise le développement des moisissures. Il faut réparer les fissures dans les murs en béton et sur les planchers, et sceller les interstices à l’interface du mur en métal et de la base en béton pour éviter les moisissures et diminuer le nombre d’abris pour les insectes.

Traitement avant l’entreposage

Pendant que la récolte est encore dans les champs, de bonnes décisions peuvent prévenir d’éventuels problèmes d’entreposage: par exemple, un bon séchage à l’air des petits grains dans les champs pour garantir la teneur en eau appropriée pendant l’ensilage; déterminer la teneur en eau des grains et leur température, en prenant des échantillons à la sortie de la moissonneuse—batteuse pour évaluer, au moyen de tables, les possibilités d’entreposage (Kreyger, 1972; Mills et Sinha, 1980; Wallace et coll., 1983). On peut aussi moissonner les parties plus humides ou plus basses du champ où se trouvent probablement des grains qui ne sont pas arrivés à maturité et qui ont une forte activité respiratoire; on les ensile ensuite dans des cellules d’observation plus petites dans la cour de ferme jusqu’à ce que les grains soient aérés et séchés.

Refus de charger le produit dans l’élévateur

Un responsable d’élévateur doit exercer son droit de refuser des chargements dont la qualité de conservation est douteuse ou qui sont en mauvais état afin de prévenir des problèmes ultérieures de manipulation et d’entreposage.

Si on a le temps, avant le chargement de l’élévateur, on peut déterminer le degré d’invasion par des champignons nuisibles dans les lots de grains suspects, en triant sur une plaque des échantillons représentatifs, et en les rejetant s’ils ne sont pas conformes. Par exemple, un wagon de graines de soja qui est déjà infesté, même légèrement ou modérément par des champignons nuisibles, représente un risque d’entreposage plus élevé que des graines de soja saines. Il se peut que les moisissures ne soient pas visibles à l’oeil nu. De tels chargements entreposés dans des conditions favorables ou développement des moisissures risquent de se détériorer plus rapidement et plus sérieusement que des graines en parfait état (Christensen et Kaufmann, 1972). Le tri en plaque d’échantillons avant le chargement de l’élévateur est pratiquement impossible en pleine période d’activité; mais, dans des situations particulières, il peut se révéler utile.

Directives d’entreposage

Directives générales

Il faut nettoyer le matériel moissonné afin de retirer les débris à haut risque, les grains brisés, les graines d’herbes immatures, la paille, les poussières et autres fines particules, car on peut ainsi améliorer l’efficacité des aérateurs des séchoirs de silos en augmentant le débris de l’air. Avec le maïs, il faut retirer les particules fines des cribles après séchage, parce que les grains cassés et les matières étrangères doivent être séchés avant d’être entreposés comme aliments pour le bétail. Des unités de nettoyage intégrées dans les augets à grains réguliers permettent maintenant de nettoyer le grain pendant son passage dans l’auget (Anonyme, 1982). S’il n’est pas possible de nettoyer le grain, on peut utiliser un disperseur de grain bien ajusté ou un dispositif d’agitation (Gebhart, 1983) à l’intérieur du silo pour éviter l’accumulation de fines particules et autres matières au centre du silo. On peut retirer une ou plusieur charges, à la fin de l’entreposage, par le bas du silo, pour retirer les particules fines et ainsi former un cône inversé plutôt qu’une surface pointue, afin de mieux refroidir l’air ambiant. En Saskatchewan, on remplit souvent les silos le plus possible, de façon à laisser moins d’espace pour l’accumulation de la neige, mais dans des régions très humides comme le Manitoba, le remplissage complet des silos risque de réduire la ventilation et d’augmenter les risques de détérioration.

On doit prendre un échantillon de la récole afin de déterminer l’importance de sa teneur en eau au moment de son chargement dans le silo. Ce sont les plus fortes teneurs en eau qui doivent être un sujet d’inquiétude. Il faut aérer les matières entreposées. Dans des silos non aérés, après remplissage, on peut transvaser les matières dans un autre silo ou dans un camion afin d’égaliser les poches d’humidité et les différences de température. Ce transvasement est coûteux et augmente la proportion de matières étrangères, spécialement lorsqu’il s’agit de maïs, c’est pourquoi on doit le faire avec modération.

On doit inspecter régulièrement la structure d’entreposage et son contenant pour voir s’il n’y a pas de fuites par exemple, dans la couverture des silos ou dans les écoutilles des navires, ou encore de la neige dans les fissures, pour vérifier si les portes sont bien fermées et relever des traces de détérioration. Il est recommandé d’installer des échelles métalliques permanentes sur les parois des structures d’entreposage, de façon à faciliter ces inspections. On doit inspecter régulièrement les matières entreposées pour voir s’il n’y a pas de traces de détérioration et d’échauffement, particulièrement au centre de la partie supérieure; on peut encore installer des télédétecteurs de CO2 et de température. La description des moyens de détection se trouve dans une section plus loin.

On peut prévoir le développement probable de moisissures visibles dans un chargement de grains, en cours de périodes d’entreposage, d’après la quantité de moisissures nuisibles existantes et d’après l’origine, l’état et le type de grains en question. On décide alors de la durée de conservation de tel lot particuliers, ou de sa mise au rebut ou encore des mesures préventives à prendre.

Aération

L’aération consiste à forcer le passage d’air non chauffé, au moyen d’un ventilateur, à travers le grain, afin de le maintenir en bon état de conservation. L’aération peut réduire les chances de détérioration et d’échauffement, car elle réduit la température du chargement, si le grain se trouve à une température supérieure à celle de l’air ambiant; l’aération maintient une température uniforme à travers la masse du grain, ce qui réduit ou élimine le déplacement de l’humidité, élimine les points chauds, réduit la croissance des moisissures et des insectes, et chasse les odeurs d’entreposage. Dans les provinces des Prairies, l’aération se pratique à un débit de 1 a 2 (L/s)/m3. Il existe divers systèmes d’aération. La disposition du plancher et la dimension du ventilateur sont d’une grande importance; il est nécessaire de vérifier les spécifications avec l’aide d’un ingénieur agronome reconnu. Friesen et Huminicki (1986) ont décrit les principes d’aération et les méthodes de fonctionnement des systèmes d’aération.

Il peut se produire des détériorations limitées, si le courant d’air est trop faible dans certaines régions du silo, s’il s’y trouve un excès de débris ou si l’on interrompt l’aération avant que toute la masse de grains n’ait été refroidie en automne ou réchauffée au printemps: dans les deux cas, une condensation peut se produire entre les parties plus froides et les plus chaudes de la masse des grains entreposés. Dans les cas extrêmes, si l’échauffement spontané est trop avancé, l’aération peut entraîner une auto-inflammation, mais la récolte serait perdue de toute façon.

Séchage

Le séchage du grain évite les détériorations du grain et l’échauffement qui peut en résulter. Un autre avantage du séchage des grains est de prolonger la saison de la moisson et de permettre de moissonner plus tôt en limitant les pertes sur pied (Friesen, 1981). Afin d’obtenir les meilleurs avantages d’un séchoir à grain, il est nécessaire d’établir un système bien organisé de traitement du grain. Pour sécher le grain, on dispose de plusieurs méthodes, dont chacune implique le passage de l’air à travers le grain. Voici ces méthodes :

  • le séchage à l’air chaud, qui consiste à souffler de l’air chaud à travers le grain dans un séchoir séparé ou dans un silo.
  • le séchage à basse température, qui emploie des propriétés de l’air atmosphérique pour sécher le grain.
  • le séchage combiné qui consiste à souffler de l’air chaud puis à refroidir en silo et à sécher par l’air atmosphérique.
  • le séchage-aération dans lequel le séchage à l’air chaud est suivi d’une période où l’on fait revenir doucement le grain pour le refroidir ensuite et le sécher dans un silo séparé.
  • le refroidissement en silo, qui, à la différence du refroidissement en séchoir, consiste à transférer directement les grains chauds dans le silo afin qu’ils s’y refroidissent.

Le séchage du grain est un sujet trop complexe pour être décrit ici. Le lecteur peut se reporter aux publications de Friesen (1981), Friesen et Huminicki (1986) et Moysey (1973). L’American Society of Agricultural Engineers (1986) a publié les recommandations générales pour la conception, l’installation et l’utilisation des séchoirs, mais parfois il y a quelques différences avec les codes canadiens.

Le feu dans les séchoirs

Le feu peut se déclarer dans les séchoirs de type fermier ou commercial; il se manifeste par une brusque élévation de la température de l’air à la sortie. Le feu peut se déclarer dans des séchoirs à air chaud, parce que de la saleté et des résidus se sont accumulés dans la région du brûleur. Les graines de tournesol portent souvent du duvet qui peut se libérer en cours de processus de séchage et qui peut prendre feu s’il traverse le ventilateur et parvient au brûleur. De même, des débris de grains de maïs composés de coton et autres particules fines peuvent s’enflammer, ainsi que des graines de canola lorsqu’elles traversent un brûleur.

Voici quelques conseils destinés à réduire le risque d’incendie dans les séchoirs (Broadhurst, 1985; Friesen, 1981) :

  • Vérifier si les réservoirs et les conduites de gaz propane ne comportent pas de fuite.
  • Vérifier que le filage électrique est en bon état; la gaine des fils peut être craquée, desséchée ou arrachée, spécialement au niveau des connections d’équipement qui sont en mouvement constant. Par manque d’utilisation, des disjoncteurs peuvent se détériorer qu point qu’ils ne se déclenchent plus en cas de surcharge.
  • Ne pas neutraliser mais réparer certaines commandes, comme les interrupteurs d’arrivée d’air qui sont prévus par le fabricant comme dispositif de sécurité.
  • Nettoyer les graines avant séchage de façon à retirer les matières légères ou fines.
  • Utiliser des déflecteurs afin d’empêcher le passage de matières transportées par l’air à travers le brûleur.
  • Retirer les accumulations de poussières et de duvet des parois et autres parties du séchoir.
  • Éviter de trop sécher les graines.
  • Conserver la température de l’air de séchage dans les limites de sécurité recommandées.
  • Rester sur ses gardes tant que dure le cycle de séchage.
  • Pendant les journées chaudes et sèches, actionner le séchoir sur les graines de tournesol et de canola sans faire fonctionner le brûleur.
  • Dès qu’un feu éclate, arrêter le ventilateur et la production de chaleur.
  • Tenir prêt à être utilisé un boyau d’incendie ou un extincteur ou les deux.

Les séchoirs commerciaux sont également exposés au risque d’incendie. Pour des renseignements plus détaillés sur la détection des feux et la lutte contre les incendies dans les séchoirs commerciaux, voir plus loin.

Entreposage de grains à forte teneur en eau

On peut empêcher la croissance de moisissures sur des grains à forte teneur en eau (plus de 22 à 25 %) en limitant l’apport d’oxygène, par exemple, en utilisant des silos étanches. Une autre méthode consiste à appliquer sur les grains des produits chimiques qui empêchent le développement des moisissures.

Entreposage dans les silos étanches

Lorsque du grain à forte teneur en eau (maïs) est placé dans un silo étanche, ce grain subit une fermentation; l’oxygène est consommé et la teneur en gaz carbonique est augmentée par la respiration des grains, des levures et des bactéries. La croissance des moisissures aérobies est arrêtée, mais la germination est rendue impossible et le grain ne peut plus servir qu’à l’alimentation du bétail. Lorsqu’on retire le grain du silo, la croissance des moisissures reprend, si bien que les grains exposés à l’air libre doivent être rapidement donnés au bétail, si l’on veut prévenir la croissance des moisissures. Les grains à forte teneur en eau peuvent être entreposés dans des silos métalliques à revêtement vitré qui contiennent peu d’oxygène; d’autres types de silos étanches sont pourvus d’un système de respiration destiné à empêcher que leur structure ne soit endommagée par les différences de pression et qui limitent les échanges entre les gaz à l’intérieur du silo et l’air extérieur. Bellman (1982) et Pos (1980) ont traité du choix et de l’utilisation des silos à limitation d’oxygène. On peut entreposer les grains à forte teneur en eau dans des silos étanches en ciment ou dans des réservoirs recouverts de plastique. Le maïs est généralement concassé et fortement comprimé de façon à développer rapidement des conditions anaérobies (Tuite et Foster, 1979).

Voici quelques-uns des problèmes qui peuvent survenir en cours d’entreposage de grains à forte teneur d’eau dans des silos étanches: la détérioration du maïs à proximité des parois des silos en ciment, qui se produit lorsqu’on n’a pas étendu les grains en couches horizontales uniformes et la détérioration en surface, qui survient lorsque l’on retire les grains trop lentement, ce qui permet au niveau d’oxygène d’augmenter. Dans les silos à limitation d’oxygène, il peut se former des ponts au-dessus des augets de déchargement qui sont à l’état stationnaire. Lorsqu’un auget ne dispose que d’une seule position fixe, il est recommandé de procéder à un léger déchargement aussitôt après avoir terminé le remplissage, de façon à établir un type de débit qui évite les risques de formation de ponts (Pos, 1980).

Agents de conservation

Quand du grain à forte teneur en eau a été traité avec un agent de conservation reconnu et selon les recommandations, on peut le retirer du silo d’entreposage sans se soucier des détériorations. C’est l’acide propionique qui est le produit le plus souvent utilisé, soit pur, soit mélangé avec de l’acide acétique, de l’acide isobutyrique ou de la formaldéhyde, mais ces derniers produits n’augmentent pas la valeur de l’acide propionique de façon significative. D’autres produits sont encore à l’essai: l’anhydride sulfureux (SO2) et l’ammoniac (NH3) (Tuite et Foster, 1979). La proportion d’acide employé dépend de la température, de la durée de conservation et de la teneur en eau du grain puisque les plus fortes teneurs d’eau demandent des quantités plus fortes d’acide (tableau 5). Les grains traités à l’acide ne demandent pas de type particulier de structure d’entreposage, mais lorsqu’ils se trouvent dans des réservoirs en acier galvanisé, il peut se produire une corrosion prononcée. On peut remédier à ce problème en recouvrant les parois de peinture au caoutchouc chloré (Theakston, 1972).

Tableau 5 – Quantité d’acide propionique nécessaires pour prévenir le développement de moisissures dans des grains à forte teneur en eau*
% de teneur en eau Acide propionique nécessaire
Pourcentage
**    ***
kg/tonne
**    ***
* Source: University of Kentucky, 1984
** Concentration prévue pour entreposage de courte durée pendant l’hiver, par temps froid.
*** Concentration prévue pour entreposage pendant un an effectué à la fin de l’automne.
18 0,3 - 0,6 2,5 - 4,9
22 0,5 - 0,8 4,1 - 6,6
26 0,6 - 1,0 4,9 - 8,3
30 0,8 - 1,2 6,6 - 9,9

Il peut se produire des problèmes de détérioration même lorsque le grain a été traité au moyen d’un agent de conservation, d’où la nécessité de faire des inspections régulières en cours d’entreposage (University of Kentucky, 1984). La croissance des moisissures libère de l’humidité qui leur permet de se disséminer dans le grain traité. Ce phénomène se produit dans les circonstances suivantes :

  • Lorsqu’on a employé un dosage d’agent de conservation qui ne convient pas à la teneur en eau du grain.
  • Lorsqu’on utilise une quantité insuffisante d’acide dans la masse ou à un endroit particulier du chargement.
  • Lorsque des points d’humidité se développent à la suite du déplacement de l’humidité. Pour éviter les points humides, il faut aérer le grain traité à l’acide de façon à supprimer les gradients de température qui provoquent le déplacement d’humidité; il faut également nettoyer le grain avant l’entreposage et enfin utiliser un ventilateur approprié, donnant un débit d’aération convenable. Si l’aération est mal faite, la réabsorption peut se produire dans les couches supérieures du grain et l’humidité libre risque de descendre de la paroi du toit dans la masse du grain, diluant ainsi l’acide et permettant aux moisissures de se développer.
  • Lorsque les grains traités sont en contact avec du ciment ou de l’acier non protégé. Les parois doivent être recouvertes de plastique ou de peinture résistant à l’acide (University of Kentucky, 1984).

Ensilage de végétaux verts

Des plantes vertes coupées ainsi que le foin vert coupé entreposés (ensilage de fourrage et de foin à teneur en eau moyenne), dans des silos verticaux et horizontaux, sont également sujets à des problèmes de détérioration et d’échauffement. La détérioration entraîne généralement une perte de 10% de matières sèches, dans un silo de ciment ordinaire, utilisé selon les normes. De nouvelles structures en ciment comportent maintenant des parois de forte densité mais de faible porosité, ce contenant étanche cause moins de détérioration. On peut encore réduire les pertes en utilisant des techniques de remplissage appropriées ainsi que des distributeurs d’ensilage qui assurent un chargement uniforme. Des silos à limitation d’oxygène, pourvus d’un dispositif d’étanchéité efficace, peuvent réduire de 2 à 4 % les pertes de matières sèches. Les silo horizontaux non couverts ont toujours entraîné des pertes qui peuvent s’élever jusqu’à 32 %. Ces pertes peuvent être réduites de moitié si on couvre l’ensilage d’une feuille de protection étanche en polyéthylène, convenablement lestée et protégée des perforations (Pos, 1980). En utilisant le produit entreposé à une fréquence suffisante, on réduit les surfaces exposées à l’air ce qui diminue aussi les pertes.

Des problèmes d’échauffement et des feux peuvent se produire dans les silos verticaux à déchargement par le haut et par le bas. Avec les silos à déchargement par le haut, il faut vérifier si les protes et les parois sont bien étanches, sans aucune ouverture. Avec les modèles à déchargement par le bas, il faut garder fermés les panneaux mobiles du haut et du bas, afin d’éviter la création d’un effet de cheminée produit par l’air aspiré à travers le silo. La teneur en eau des produits ensilés joue un rôle important dans la prévention des feux et des dommages causés par l’échauffement. Le foin séché, par exemple, ne doit pas être ensilé au-dessous de 40 % de teneur en eau, sinon des feux peuvent éclater. Dans les silos à déchargement par le bas, la teneur en eau recommandée pour le foin séché se situe entre 40 et 55% (R. Nelles, communication personnelle) et, dans les silos à déchargement par le haut, entre 50 et 65% (Campbell, 1973). Le meilleur moyen d’éviter le risque de feu est d’utiliser une bonne technique de remplissage. Cela veut dire qu’il faut couper le fourrage au bon moment, faire attention au dessèchement, le hacher court et assurer un remplissage rapide avec des niveaux décroissant de matières sèches. Pour les silos non étanches, il faut former au sommet un bouchon de fourrage non desséché (Institution of Fire Engineers, 1970).

Produits manufacturés

Les produits manufacturés doivent être manipulés avec plus de soin que les produits non traités, car les défenses naturelles des grains ont été détruites mécaniquement. Ce sont des mélanges de matières finement divisées et d’additifs. De plus, ces produits sont souvent soumis à la chaleur en cours de transformation. Les précautions à prendre pour éviter la détérioration et l’échauffement sont les suivantes :

  • Remplacer tous les 4 à 5 mois les filières d’agglomérés qui sont endommagées afin d’éviter la formation d’agglomérés brûlés et d’éliminer les fragments de métaux.
  • Retirer les fragments de métaux car ils peuvent devenir des foyers de points chauds.
  • Prendre soin de ne pas sécher exagérément les produits comme les farines de l’abrasin qui risquent de surchauffer (National Fire Protection Association, 1949). L’installation de dispositifs de vibration sur les parois du silo doit être faite selon les règles. Il faut utiliser ces dispositifs selon les normes afin d’éviter des problèmes de structure.
  • Bien refroidir le produit avant de l’entreposer.
  • Installer des dispositifs de vibration sur les parois du silo de façon à éviter la formation de points et d’adhérences (fig. 5).
  • Vérifier les convoyeurs de chargement et de déchargement pour éviter que des feux ne soient allumés par la chaleur des frottements ou les étincelles électriques (fig. 6).
  • Éviter la contamination du produit avec des liquides susceptibles de provoquer un échauffement spontané.
  • Entreposer le produit loin des sources de chaleur (Fire Protection Association, 1968), 1978).
  • Nettoyer l’équipement de distribution alimentaire (Hamilton, 1985).

Nota: on doit bien installer et bien utiliser les appareils vibrateurs qu’on fixe aux murs des cellules, sinon on peut avoir des problèmes de structure.

Dispositif de vibration magnétique installé à la base d’une cellule de fourrage dans le but d’éviter la formation d`adhérences et de ponts

Figure 5 – Dispositif de vibration magnétique installé à la base d’une cellule de fourrage dans le but d’éviter la formation d`adhérences et de ponts (Seedburo Equipment Co., Chicago).

Incendie de convoyeur à courroie provoqué par la chaleur des frottements ou des étincelles électriques, résultant d’un mauvais entretien

Figure 6 – Incendie de convoyeur à courroie provoqué par la chaleur des frottements ou des étincelles électriques, résultant d’un mauvais entretien (d’après la Fire Protection Association, 1968).

Formation

La première mesure à prendre contre les problèmes de détérioration et d’échauffement dans les silos est d’avoir un personnel bien informé. Il doit bien connaître les caractéristiques de conservation des différentes denrées, les teneurs en eau, les processus de déplacement d’humidité dans les réservoirs, les silos et les navires, les causes des problèmes qui peuvent survenir, l’importance des inspections régulières et d’un bon système de compte rendu. Des cours de formation de courte durée et d’instructions données sur place suffisent pour acquérir ces connaissances.