Commission canadienne des grains
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Le blé canadien



Futures tendances en matière de classement du blé canadien

Un classement plus objectif

Le système de classement visuel utilisé par la Commission canadienne des grains est rapide et efficace, mais on lui reproche souvent d’être trop subjectif. En réponse à cette critique, la Commission canadienne des grains est en train d’évaluer des méthodes d’essai objectives et rapides pour faciliter le classement De plus, elle explore la possibilité de trouver une solution de rechange à l’utilisation d’échantillons-types pour évaluer la condition générale du grain.

Parmi les méthodes d’essai objectives et rapides que la Commission canadienne des grains est en train d’évaluer, notons la spectroscopie de réflexion dans le proche infrarouge (NIRS), l’analyse d’images (aussi appelée vision artificielle) et l’analyse rapide de la viscosité (RVA). La réflexion dans le proche infrarouge est une méthode bien établie pour mesurer la teneur en protéines et la teneur en eau du blé au Canada (Williams et al., 1978). Pawlinsky et Williams (1998) ont mentionné que la réflexion dans le proche infrarouge avait le potentiel de prévoir l’aptitude boulangère de même que la composition du blé, mais il reste à en faire la démonstration irréfutable. Des analyses préliminaires montrent que la réflexion dans le proche infrarouge pourrait permettre d’évaluer avec précision et fiabilité la teneur en grains vitreux durs dans le blé dur (Dexter et al., 2002).

Nombreux sont ceux pour qui la vision artificielle représente un moyen objectif efficace de faciliter le classement visuel. La vision artificielle permet de classer les grains en fonction de leur taille, de leur forme et de leur texture. Symons et al. (2003) ont décrit un système de vision artificielle de la Commission canadienne des grains qui classe chaque grain de blé dur en fonction de la vitrosité, ce qui permet de calculer en pourcentage la teneur en grains vitreux. L’instrument n’a pas encore été évalué dans le milieu de la manutention des grains. Les instruments de classement faisant appel à la vision artificielle commencent à apparaître sur le marché en vue du classement du blé et d’autres denrées. Nutech Analytical (anciennement Maztech MicroVision) a lancé le SPY Grain Grader (www.nutechanalytical.com) qui comporte diverses applications, notamment la possibilité de déceler les grains fusariés dans le blé rouge, ainsi que les grains atteints de maladie et décolorés dans le blé dur. Dupont Canada fait la promotion du système de vision artificielle mis au point par Agriculture et Agroalimentaire Canada qui permettrait de classer et de mesurer les dommages causés à un grain de blé, ainsi qu’à d’autres grains, légumineuses et oléagineux. Ce système, désigné sous le nom Acurumes™ (www.acurum.com), devrait être commercialisé au Canada au début de 2004.

La RVA™ ou analyse rapide de la viscosité est évaluée par la Commission canadienne des grains à titre de méthode d’essai rapide pour faire la ségrégation entre les grains germés et les grains sains en fonction de l’activité de l’enzyme alpha amylase. Les dommages causés par la germination sont un important facteur de classement parce que les grains germés ont une teneur élevée en alpha amylase susceptible de nuire sérieusement à la qualité boulangère (Dexter et Edwards, 1998a). L’indice de chute (FN) est reconnu à l’échelle internationale comme le meilleur moyen de mesurer objectivement l’activité de l’alpha amylase dans le blé, mais cette méthode ne peut être utilisée dans les délais restreints dont on dispose pour prendre la décision de stocker en cellule dans une installation de réception des grains de grande capacité. L’estimation visuelle des dommages causés par la germination est un outil de gestion utile et rapide pour protéger le blé en vrac contre des taux excessifs d’alpha amylase, mais cette méthode ne permet pas de prévoir l’alpha amylase avec précision dans des lots de blé. Le programme RVAStirring Number a beaucoup de similitudes avec l’indice de chute, et la RVA™est un test que l’on peut effectuer plus rapidement que celui de l’indice de chute. La germination avant la récolte était un facteur de classement important pour la récolte de 2002 du blé de l’Ouest canadien. La RVA™ a été utilisée avec succès par la Commission canadienne des grains après la récolte de 2002 pour ségréguer efficacement les lots de blé individuels à leur arrivée aux silos terminaux en fonction du degré d’endommagement par la germination (Commission canadienne des grains et CCB, 2002).

Comme nous l’avons déjà mentionné, des échantillons types sont préparés à titre d’aides visuelles pour pouvoir déterminer la condition générale du grain chaque automne après la récolte par la Commission canadienne des grains. Les échantillons types se sont révélés un moyen efficace pour déterminer rapidement les dommages causés par la gelée, le mildiou et l’immaturité. Toutefois, la préparation des échantillons types nécessite un effectif important et le simple fait de transporter cet effectif sur les lieux de classement des grains rapidement après la récolte tient du défi. On effectue actuellement des recherches visant à déterminer s’il est possible de fixer des tolérances numériques pour les grains mildiousés, endommagés par la gelée et immatures qui simuleraient les limites de la condition générale du grain des échantillons types, sans pour autant allonger les délais requis pour attribuer un grade.

Solutions de rechange à la distinction visuelle des grains

Le Canada utilise avec succès la distinction visuelle des grains (DVG) depuis de nombreuses années pour maintenir une séparation entre les classes de blé. Comme nous l’avons déjà mentionné, la DVG fonctionne parce que le Canada a mis en place un système d’inscription des variétés très strict qui exige que les variétés soient conformes aux caractéristiques prescrites du grain dans sa classe. Mais la DVG représente une limite au développement de variétés améliorées.

La DVG est remise en question en raison de la prolifération des classes de blé dans l’Ouest du Canada et de la demande croissante de variétés possédant des attributs particuliers pour les marchés à créneaux. Par exemple, le blé dur à gluten extra fort AC Navigator est impossible à distinguer des variétés conventionnelles de CWAD, les variétés de blé de force blanc de printemps sont impossibles à distinguer du blé tendre blanc de printemps, et les variétés de blé tendre blanc de printemps dotées de propriétés visqueuses particulières sont impossibles à distinguer. Au moment de la rédaction de cet article (2004), aucune variété de blé transgénique n’était enregistrée au Canada, mais il pourrait y avoir des demandes d’inscription pour des cultivars transgéniques impossibles à distinguer du blé non génétiquement modifié d’ici quelques années.

Par conséquent, la mise au point de méthodes d’identification rapide des variétés afin de faciliter et de surveiller la ségrégation d’une variété en particulier est un important secteur de recherche au Canada. La séparation de la protéine de réserve du blé par électrophorèse (Tkachuk et Mellish, 1980) et la chromatographie à haut rendement à phase renversée (Marchylo et al., 1988) sont deux méthodes efficaces et bien établies pour déterminer la composition des variétés à la Commission canadienne des grains, mais elles sont trop onéreuses, lentes et complexes pour être utilisées dans une installation de manutention du grain de grande capacité.

La Commission canadienne des grains évalue actuellement la possibilité d’utiliser l’empreinte génétique pour faire l’identification variétale (Commission canadienne des grains et CCB, 2000). Des régions d’ADN sont analysées en vue de repérer les différences dans les séquences de codification de l’ADN qui permettent de distinguer uniquement une variété d’une autre. Ces séquences peuvent ensuite être utilisées à titre de sondes pour identifier l’ADN de variétés mélangées dans les expéditions de grain. L’objectif de la Commission canadienne des grains est de doter le Canada d’une technologie rapide, automatisée, portable et économique d’identification de l’empreinte génétique à l’appui des systèmes de préservation de l’identité et permettant la certification de cargaisons pour une ou plusieurs variétés souhaitées.

En 2001, la Commission canadienne des grains a mis sur pied un comité consultatif formé de représentants des groupes de producteurs, des sociétés céréalières et des négociants pour examiner la DVG. Il ne faut pas se leurrer, il faudra attendre encore bien des années avant de pouvoir compter sur un test d’identification rapide pour remplacer la DVG. Par conséquent, les membres du comité ont recommandé l’institution d’un système de déclaration de l’admissibilité de la variété (DAV). Dans le cadre d’un tel système, chaque fois que le blé change de mains, il faudrait produire une déclaration comme quoi le lot est formé d’une variété ou de plusieurs variétés admissibles à une classe en particulier. La documentation et l’échantillonnage permettraient la traçabilité d’une cargaison jusqu’au silo et au producteur du grain qu’elle contient. Il deviendrait donc possible d’exercer une surveillance et de faire respecter le système en obligeant les contrevenants à rendre compte de leurs actes; la qualité des expéditions de blé serait ainsi garantie.

En 2003, la Commission canadienne des grains a tenu de vastes consultations sur la DAV auprès de tous les intervenants du secteur céréalier canadien. Dans l’ensemble, les intervenants ont reconnu qu’il serait souhaitable de disposer d’une solution de rechange efficace pour remplacer la DVG, mais ils ont néanmoins soulevé plusieurs points, notamment en ce qui concerne la responsabilité et l’obligation de rendre compte, la faisabilité sur le plan logistique et les avantages par rapport aux coûts. En réponse à ces préoccupations, un comité formé de représentants des producteurs et de l’industrie a été chargé par la Commission canadienne des grains de se pencher sur les aspects logistiques. La Commission canadienne des grains a entrepris une analyse coûts-avantages. En décembre 2003, la Commission canadienne des grains a annoncé qu’un système de DAV obligatoire ne serait pas mis en œuvre parce que les coûts dépasseraient les avantages. Toutefois, la Commission canadienne des grains a reconnu que l’utilisation des déclarations de l’admissibilité des variétés seraient de plus en plus utilisées dans les transactions commerciales privées, et qu’ultérieurement ces déclarations d’admissibilité de la variété finiraient par faire partie intégrante du système de production, de commercialisation et de manutention des grains canadiens.

Dans l’intervalle, la Commission canadienne des grains a proposé l’adoption d’une stratégie d’assurance de la qualité en trois volets :

  • mise au point d’une technologie d’identification rapide et abordable de la variété;
  • surveillance accrue par la Commission canadienne des grains des expéditions par wagons et par navires des variétés non enregistrées, et déclassement des cargaisons si elles contiennent des variétés non enregistrées au delà des tolérances pour le grade;
  • élaboration d’une proposition visant à remanier les classes de blé de l’Ouest canadien de manière à permettre le développement, l’inscription et la manutention de blés non meuniers, tels que le blé fourrager à haut rendement.