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Protection des céréales, des oléagineux et des légumineuses à grain entreposés à la ferme contre les insectes, les acariens et les moisissures



4. Protection des denrées entreposées

Types d’entreposage

Pour prévenir les infestations et protéger la qualité des récoltes durant l’entreposage prolongé, il est essentiel que les cellules soient bien construites et à l’épreuve des intempéries. Les cellules installées sur un terrain surélevé bien drainé protègent efficacement les récoltes contre les fortes pluies et les crues printanières. Lorsqu’elles sont vides, les cellules en acier fournissent moins d’habitats favorables à la reproduction des insectes que les greniers en bois vides, quoique des insectes peuvent se cacher dans la poussière et la paille sous les planchers perforés.

Il faut ériger les cellules en acier sur une dalle de béton armé afin d’empêcher la formation de fissures et le transfert de l’humidité au travers du plancher. Les fissures du plancher et les joints entre la dalle et la paroi de la cellule doivent être étanchéifiés à l’aide d’un calfeutrant. La dalle de béton doit être légèrement convexe pour permettre l’écoulement de l’eau. Il faut éviter de remplir la cellule au-delà de la virole supérieure et laisser amplement d’espace au-dessus de la surface du grain pour permettre l’inspection et le prélèvement d’échantillons. Il convient d’installer un système de ventilation afin de refroidir la récolte et d’empêcher la migration de l’humidité de façon à réduire au minimum le risque de détérioration et d’infestation par les insectes ou les acariens durant l’entreposage.

Lorsque les rendements sont supérieurs à la moyenne, les récoltes sont souvent entreposées dans des hangars ou des granges. Dans ce cas, il faut prendre toutes les précautions qui s’imposent pour empêcher la détérioration des récoltes et obturer les fissures dans les planchers de béton au moyen d’un calfeutrant.

L’entreposage temporaire du grain peut se faire dans des cellules circulaires en contre-plaqué. Ces cellules devraient être érigées sur un terrain surélevé et sec. Il faut également conférer au sol sous le grain une forme conique afin de favoriser l’évacuation de l’eau de pluie et de fonte. Les abords de la cellule doivent être désherbés ou déchaumés, de manière à ce qu’ils ne servent pas d’abri aux souris. Il faut donner à l’amas de grains une forme conique la plus prononcée possible afin de favoriser l’évacuation de l’eau de pluie et de fonte et d’éviter la présence d’un vide entre le bord supérieur de la cellule et la surface de la récolte. Il faut éviter de marcher sur les grains, car l’eau pourrait s’accumuler dans les dépressions laissées par les empreintes de pas. Si la récolte façonnée en cône est recouverte d’une pellicule de plastique, il faut assujettir cette dernière à l’aide de tulle pour filet de pêche ou de plusieurs vieux pneus afin de l’empêcher de battre au vent et de se déchirer. Les pellicules perforées à chaque coin pour permettre à l’humidité de s’échapper peuvent laisser entrer plus de neige que les feuilles non perforées.

Prévention des détériorations

La plupart du temps, la détérioration débute près du sommet du centre de la masse entreposée, où la migration de l’humidité et l’infiltration de neige peuvent provoquer une hausse de la teneur en eau (figure 1). Il est possible de préserver à peu de frais la qualité des céréales et des oléagineux entreposés en faisant circuler de l’air à travers la masse. Cet air peut être soit insufflé, soit aspiré au moyen d’un ventilateur (figure 2) raccordé à la cellule par des conduites ou un plancher perforés. Si l’air est insufflé, la couche supérieure de la masse sera la dernière à se refroidir. Il faut alors examiner le dessus de la masse pour déterminer si toute la masse est refroidie ou si des signes d’altération commencent à se manifester. Si l’air est chassé hors de la cellule par inversion de l’écoulement d’air, la dernière partie à se refroidir sera la couche inférieure. Dans ce cas, la détérioration peut se produire dans le fond de la cellule, et elle est alors beaucoup plus difficile à maîtriser ou à surveiller.

Migration de l’humidité dans une cellule non ventilée en automne et en hiver

Figure 1. Migration de l’humidité dans une cellule non ventilée en automne et en hiver.

Unité de ventilation

Figure 2. Unité de ventilation.

Pour prévenir la détérioration des grains, les producteurs peuvent recourir à la ventilation pour :

  • refroidir la récolte;
  • assécher la récolte sans apport de chaleur;
  • assécher la récolte avec apport de chaleur.

Ventilation

Objet

La ventilation a pour but de préserver le grain sec entreposé en le refroidissant et en prévenant la migration de l’humidité. Un système de ventilation bien conçu et bien utilisé ne nécessite que de petits ventilateurs peu dispendieux, mais le débit d’air généré est trop faible pour assécher la récolte entreposée. La ventilation permet de préserver la qualité de l’orge brassicole sans provoquer l’apparition de résidus de pesticides, d’odeurs de moisissures ou de dommages dus à la germination.

Débit d’air

Le débit d’air généré par les systèmes de ventilation varie habituellement entre 1 et 2 L/s par mètre cube de grains ou d’oléagineux.

Dimensions du ventilateur

Habituellement, les ventilateurs utilisés pour le refroidissement des récoltes sont relativement petits. Ainsi, une cellule cylindrique mesurant 6,4 m de diamètre et de 6,8 m de hauteur à l’avant-toit et contenant 215 m³ (6 000 boisseaux) de blé peut exiger un ventilateur d’une puissance d’à peine 250 à 600 W (la taille exacte dépend de l’efficacité du modèle utilisé et de la grosseur du ventilateur).

Lorsque l’objet premier de la ventilation est de refroidir la récolte et d’empêcher la migration de l’humidité, l’utilisation de conduites placées sur le sol ou noyées dans ce dernier produisant une circulation d’air non uniforme est habituellement acceptable. Les planchers perforés produisent un débit uniforme dans toute la masse et réduisent le risque de formation de poches non ventilées favorisant la détérioration. Mais même avec un tel système, le volume d’air qui circule au centre de la cellule est plus faible (figure 3). Il faut installer des trappes dans les planchers et les conduites afin de faciliter l’extraction des accumulations de résidus susceptibles d’abriter des ravageurs.

Déplacement des front refroidissant et asséchant à travers des masses de grain ventilée en automne

Figure 3. Déplacement des front refroidissant et asséchant à travers des masses de grain ventilée en automne.

Le grain récolté par temps ensoleillé peut être de 8 °C plus chaud que la température ambiante au moment de son entreposage. La température du grain entreposé peut également être élevée si le grain n’a pas été refroidi correctement après avoir été asséché à l’air chaud. Lorsqu’une ventilation ascendante est amorcée pour refroidir le grain, l’humidité condense sur le toit plus froid de la cellule et retombe sous forme de gouttes d’eau sur la surface de la masse. Cette condensation s’amenuise à mesure que le toit de la cellule se réchauffe. L’installation de bouches d’évacuation dans le toit permet d’atténuer ce problème, et une ventilation uniforme permet d’éliminer le surplus d’humidité à la surface de la masse.

Fonctionnement du ventilateur

Le passage forcé d’air frais de l’extérieur à travers la masse de grains ou d’oléagineux provoque l’ascension d’un front de refroidissement à travers la masse depuis le point d’admission d’air jusqu’à son point d’évacuation. Pour que le front de refroidissement traverse complètement la masse, il faut environ 240 h ou 10 jours de ventilation continue au débit de 1 L/s par mètre cube. Il faut laisser le ventilateur fonctionner sans interruption jusqu’à ce que le couche supérieure de la masse soit à la même température que l’air extérieur. Le refroidissement initial après la récolte peut permettre d’abaisser la teneur en eau de la masse de 0,5 à 1,0 %.

Normalement, la meilleure stratégie de lutte consiste à laisser fonctionner le ventilateur sans interruption après la récolte jusqu’à ce que la température des grains entreposés soit inférieure à 20 °C. Lorsque la température de l’air extérieur est inférieure d’environ 5 oC par rapport à celle de la récolte, il faut laisser tourner le ventilateur sans interruption jusqu’à ce que le nouveau front de refroidissement traverse complètement la masse de grain. En hiver, il faut laisser fonctionner le ventilateur jusqu’à ce que l’écart entre la température du grain entreposé et la température ambiante soit minimal.

Séchage en cellule avec apport d’air extérieur

Marche à suivre Il est possible d’abaisser la teneur en eau de la récolte en faisant passer de l’air de l’extérieur à travers la masse. Dans l’Ouest canadien, l’air extérieur peut être utilisé à cette fin avec un apport de chaleur, sauf en hiver. Il n’est alors réchauffé que par le ventilateur et le moteur. L’assèchement débute au point d’admission de l’air dans la masse, habituellement au bas de la cellule. Un front asséchant se forme et progresse lentement vers le haut de la masse. Sous ce front, le grain se trouve à la température de l’air entrant, et son humidité est en équilibre avec celle de ce dernier. Par exemple, un apport d’air présentant une humidité relative de 70 % permettra d’abaisser la teneur en eau du blé à 14 à 15 %, et celui du canola, à 8 à 9 %. Le grain se trouvant au-dessus du front conserve la même teneur en eau qu’il présentait au moment de son entreposage, à 1 % près. Pour être efficace, le front doit avoir traversé toute la masse avant que les premiers signes de détérioration se manifestent. La vitesse d’ascension du front dépend principalement du débit d’air par unité de masse de grain ou d’oléagineux.

Pour être en mesure d’assécher toute la récolte le plus rapidement possible, il faut veiller à ce que le débit d’air qui traverse la masse soit uniforme. Si la cellule est pourvue d’un plancher complètement perforé et si la surface de la masse est plane, le débit est généralement uniforme, à moins qu’un noyau central de grains et de criblures (impuretés) compactés ne se forme sous le bec de remplissage. Dans les cellules où la transition entre le ventilateur et la caisson de répartition sous le plancher se fait mal, le débit d’air au travers de la masse près de l’entrée du ventilateur est réduit.

Sélection du débit

Pour réduire le plus possible les frais d’exploitation et les coûts du matériel, il faut choisir le débit minimal acceptable, c’est‑à‑dire le débit qui permet d’assécher complètement la récolte tout juste avant qu’elle ne subisse une détérioration inacceptable au cours des pires années de séchage. Les producteurs devraient s’adresser à un représentant de leur service provincial local de génie des systèmes biologiques ou de génie agricole pour obtenir des recommandations concernant le débit et le matériel.

Choix de la cellule

Pour un diamètre donné, les cellules plus hautes exigent des ventilateurs plus puissants, donc plus énergivores. L’économie réalisée en asséchant des masses de grain ou d’oléagineux moins hautes doit être comparée à la hausse des coûts de l’acier et du béton, le diamètre de la cellule devant être accru pour que cette dernière puisse accueillir la même quantité de grains.

Fonctionnement du ventilateur

En automne, il faut laisser le ventilateur fonctionner sans interruption jusqu’à ce que la température de la masse soit descendue à -10 °C ou jusqu’à ce que le grain soit complètement sec. Au printemps, si les grains n’ont pas séché complètement au cours de l’automne précédent et si la récolte ne s’est pas détériorée, il faut reprendre le séchage dès que la température de l’air dépasse le point de congélation. Même par temps humide ou pluvieux, le ventilateur doit fonctionner sans interruption. Même si l’air humide réhumidifie légèrement le fond de la masse, le front principal d’assèchement poursuivra son ascension dans la masse. Si le ventilateur continue de fonctionner pendant quelques jours après la période de temps humide, l’humidité se dispersera probablement dans la masse sans provoquer de détérioration. La réhumidification peut même être avantageuse au plan économique si la teneur en eau de la couche inférieure de la masse a chuté sous la teneur maximale permise pour la vente. Même si le séchage améliore la qualité de la récolte, l’abaissement de la teneur en eau en deçà de ce seuil réglementaire réduit la masse marchande et, par conséquent, la valeur marchande de la récolte. Toutefois, en provoquant l’expansion des grains ou des oléagineux, la réhumidification peut causer une déformation des parois de la cellule.

Séchage en cellule avec apport d’air chauffé

Il est possible de réduire l’humidité relative de l’air admis dans la masse en augmentant sa température à l’aide d’une source de chaleur. Par exemple, si l’on élève de 20 °C à 25 °C la température d’une masse d’air présentant un taux d’humidité relative de 70 %, ce taux baisse à 50 %. La teneur en eau d’une masse de blé chute à 14 ou 15 % si ce blé est exposé à de l’air présentant une humidité relative de 70 %, mais à 10 ou 11 % s’il est exposé à de l’air présentant une humidité relative de 50 %. Même si le blé se conserve beaucoup mieux lorsque sa teneur en eau se situe entre 10 et 11 %, sa masse marchande est réduite d’environ 4 à 5 %, et sa valeur marchande est amputée d’autant sous le régime réglementaire actuel. Par conséquent, l’utilisation de chaufferettes au propane, de fournaises, de collecteurs solaires, etc. pour chauffer le grain peut se révéler une option peu rentable. Habituellement, le recours à des sources de chaleur additionnelles s’avère rentable uniquement lorsque l’humidité de l’air extérieur reste élevée pendant de nombreux jours, comme c’est le cas dans certaines régions de l’est du Canada. Par temps chaud, l’ajout de chaleur exige un ventilateur plus gros et un séchage plus rapide, parce que la récolte se détériore plus rapidement. Plus tard en automne, un éventail de taille plus modeste et moins dispendieux peut être utilisé avec un appareil de chauffage.

Prévention des infestations

Insectes

Pour prévenir les infestations et les réprimer, il est essentiel de connaître l’habitat et le cycle vital des insectes. Des études ont montré que la plupart des greniers vides abritent de faibles populations d’insectes et d’acariens. Les aliments pour animaux, les camions et la machinerie agricole sont d’autres sources d’infestation. Certains insectes peuvent voler ou marcher, ce qui accroît leur capacité d’infester les récoltes entreposées. Pour prévenir l’infestation et la détérioration des récoltes entreposés, il convient de prendre les mesures suivantes avant la récolte :

  • Réduire le plus possible les criblures en éliminant les mauvaises herbes dans les cultures; les insectes ne pullulent pas dans les récoltes entreposées contenant peu d’impuretés.
  • Nettoyer les entrepôts de grains, de préférence à l’aide d’un aspirateur, et brûler ou enfouir les balayures.
  • Réparer les entrepôts et les rendre étanches aux intempéries avant de les utiliser.
  • Ne pas laisser de déchets de grains ou d’aliments pour animaux s’accumuler à l’intérieur ou à l’extérieur des entrepôts.
  • Désherber les abords des entrepôts.
  • Ne pas entreposer la récolte dans des cellules situées à proximité d’aliments pour animaux susceptibles d’être infestés.
  • Environ une semaine avant l’entreposage de la récolte, pulvériser un insecticide homologué sur les murs et le sol des entrepôts vides.
  • Toutes les deux semaines, inspecter les grains et oléagineux entreposés à l’état gourd :
    • (1) en enfonçant la main en différents points de la masse pour y déceler des signes éventuels d’échauffement ou d’encroûtement;
    • (2) en plongeant une tige de métal dans la masse à diverses profondeurs afin d’y déceler des signes d’échauffement et en retirant cette tige, après au moins 15 minutes mais préférablement après 60 minutes, pour en apprécier la chaleur sur le poignet ou dans la paume.
  • Entreposer les récoles uniquement dans des cellules propres et vides; les cellules qui renferment du vieux grain risquent d’être infestées.
  • Vendre comme aliments pour animaux les grains les plus humides d’abord.
  • Se rappeler que les grains ou oléagineux frais et secs se détériorent rarement.

Acariens

Pour prévenir ou réprimer les infestations causées par les acariens, il est recommandé d’appliquer les mesures suivantes :

  • Veiller à ce que la teneur en eau des céréales demeure inférieure à 12 % et celle du canola, inférieure à 8 %.
  • Transborder les céréales ou les oléagineux dans une cellule vide afin d’éliminer les poches de grains humides ou, en hiver, refroidir les céréales à l’aide d’un jet d’air pulsé jusqu’à obtention d’une teneur en eau de 15 ou 16 %.

Champignons de conservation (moisissures)

Pour prévenir l’activité des moisissures de conservation, il faut accorder une attention particulière à la teneur en eau et à la température de la masse au moment de la mise en cellule, en particulier si la récolte est entreposée dans des cellules non ventilées. La température de la masse doit être vérifiée toutes les semaines ou toutes les deux semaines. Les grains ou oléagineux très humides ou trop chauds doivent être asséchés ou refroidis par ventilation (voir la section Prévention des détériorations). On peut utiliser un épandeur pour disperser les criblures (grains petits, abîmés et ratatinés, graines de mauvaises herbes, paillettes et paille) dans la masse. Il convient de garder en tête que l’augmentation de la masse volumique apparente dans la cellule réduit le débit d’air qui est poussé au travers de la masse. La neige soufflée par le vent doit être enlevée avant qu’elle ne fonde, car elle pourrait favoriser la croissance des moisissures. Pour stopper l’échauffement ou la détérioration de la récolte, il faut retourner la masse pour la refroidir et disperser les poches d’humidité, ou encore la ventiler ou l’assécher. Il est important d’être accompagné d’une autre personne lorsqu’on monte sur les cellules ou qu’on y pénètre. Il faut également porter un masque protecteur afin d’éviter d’inhaler des spores de moisissures en brisant des croûtes de moisissures dans la cellule ou en manipulant des grains ou des oléagineux gâtés.