Commission canadienne des grains
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Protection des céréales, des oléagineux et des légumineuses à grain entreposés à la ferme contre les insectes, les acariens et les moisissures



7. Lutte contre les infestations

Pour empêcher les ravageurs de se propager à d’autres entrepôts de grains, il faut réprimer les infestations dès qu’elles sont détectées. Le choix de la méthode de lutte dépend de l’état du grain, de la température au centre de la masse, des espèces d’insectes ou d’acariens en cause et de la période de l’année.

Refroidissement et purification du grain

Une méthode de lutte efficace contre les insectes en hiver consiste à abaisser la température du grain. À cette fin, on peut soit mélanger et transférer le grain infesté dans un autre entrepôt pour abaisser sa température à environ 10 °C, soit transborder une partie de la récolte dans un camion ou la répartir en petits tas à l’extérieur afin de l’exposer aux basses températures hivernales pendant une ou plusieurs journées avant de la retourner à l’intérieur. Toutefois, la ventilation donne habituellement de bien meilleurs résultats. Les insectes ne se développent pas et ne se nourrissent pas à des températures inférieures à 10 °C. En bas de 0 °C, ils finissent par mourir. Pour sa part, le cucujide roux meurt :

  • après 1 semaine lorsque la température du grain est abaissée à -20 °C;
  • après 4 semaines lorsque la température du grain est abaissée à -15 °C;
  • après 8 semaines lorsque la température du grain est abaissée à -10 °C;
  • après 12 semaines lorsque la température du grain est abaissée à -5 °C.

Comme le cucujide roux est l’espèce la plus résistante au froid, les combinaisons de température et de durée d’exposition présentées ci-haut permettront d’éliminer la plupart des autres insectes associés aux céréales et oléagineux entreposés. Il convient toutefois de noter que les basses températures indiquées ci-haut ne tuent ni les champignons, ni les acariens.

La purification du grain permet également de réprimer les infestations. Pour combattre les infestations en surface causées par les lépidoptères, les acariens et les ptines, il faut éliminer et détruire les portions infestées et agglutinées par des toiles, passer un râteau à la surface de la masse afin de briser les croûtes qui pourraient s’y être formées et assécher la masse de grain.

Équipement pneumatique pour la manutention du grain

La plupart des insectes menant une existence libre aux stades adulte et larvaire peuvent être éliminés durant le déchargement des cellules à l’aide d’un « grain-vac ». Les insectes sont tués par le contact abrasif et l’impact occasionné par le passage du grain à travers le tube de déchargement. Ce traitement est encore plus efficace si le tube de déchargement est coudé à 90 degrés, car les insectes percutent alors les parois du tube plus violemment.

Terre de diatomées

L’utilisation d’une poudre non toxique composée de restes de diatomées préhistoriques donne de bons résultats contre le cucujide roux. Au contact de cette poudre, la couche cireuse qui recouvre les téguments de l’insecte est absorbée, condamnant le cucujide à une mort par déshydratation. L’application de la terre de diatomées sur le grain peut être effectuée au moment du chargement de la cellule, mais elle est plus efficace si elle est réalisée sur le grain sec au moment de la récolte. Il peut s’écouler jusqu’à cinq ou six semaines avant que le traitement donne des résultats.

Pour éliminer les insectes qui vivent dans les résidus dans les entrepôts vides, il faut utiliser uniquement un insecticide approuvé à cette fin et prendre les précautions qui s’imposent durant la manutention et l’application du produit. Les insecticides homologués sont choisis en grande partie en fonction des critères suivants :

  • leur toxicité est faible pour les mammifères, mais élevée pour les insectes;
  • ils ne provoquent ni la détérioration des aliments, ni l’apparition d’odeur;
  • leurs effets sur l’environnement ne persistent pas;
  • leur application est sûre, économique et facile;
  • ils laissent peu de résidus ou de substances toxiques dans les aliments.

Certains insecticides sont plus efficaces que d’autres et agissent sur une période plus longue. Le malathion de qualité supérieure, la cyfluthrine, le pyrèthre avec du pipéronyl butoxyde et la terre de diatomées sont actuellement les insecticides homologués pour le traitement des cellules vides. Pour la protection prolongée des céréales entreposées, l’ajout de malathion de qualité supérieure ou de terre de diatomées se révèle efficace.

Comme les formulations liquides ou en poudre d’insecticides n’agissent que par contact et ne pénètrent pas dans les tas de grains ou de poussière laissés sur le sol, il faut éliminer tous les résidus présents dans les entrepôts avant d’appliquer l’insecticide choisi.

Après avoir dissous le concentré émulsifiable de malathion dans de l’eau propre, il faut appliquer sans tarder l’émulsion laiteuse obtenue sur les surfaces métalliques et le bois afin d’éviter la séparation de l’émulsion. Les concentrés émulsifiables se dégradent rapidement sur les surfaces en béton, mais elles demeurent efficaces pendant jusqu’à un an sur les structures en bois ou en acier. Il ne faut jamais pulvériser ces produits près des interrupteurs ou des boîtes à fusibles.

Les poudres mouillables peuvent être pulvérisées sur le béton, la brique, le métal ou le bois (figure 13B). Il faut mélanger la poudre mouillable de malathion avec de l’eau propre dans un récipient séparé avant de remplir le pulvérisateur. Les poudres mouillables laissent de petites taches blanches sur les surfaces peintes.

Par temps froid, les solutions huileuses d’insecticides doivent être préférées aux bouillies à base d’eau parce qu’elles ne gèlent pas. Pour les préparer, on peut mélanger l’insecticide à du kérosène désodorisé conformément aux instructions figurant sur l’étiquette. Ces solutions peuvent être appliquées près des interrupteurs. Les surfaces ligneuses ou métalliques peuvent être traitées et les cellules vides soumises à une nébulisation. Toutefois, l’application d’une solution huileuse sur les surfaces en plastique ou en caoutchouc est à éviter.

Traitement du grain au moyen de comprimés de fumigant

Fig. 13A – Traitement du grain au moyen de comprimés de fumigant

Traitement d’un entrepôt vide avec un insecticide de contact

Fig. 13B – Traitement d’un entrepôt vide avec un insecticide de contact. Tel qu’on peut le voir sur les deux photographies, l’opérateur doit porter un masque à gaz recouvrant entièrement le visage, des gants de caoutchouc, une combinaison appropriée et un casque dur.

Traitements insecticides

Mise en garde :

Au Canada, la résistance aux insecticides (en particulier au malathion) est observée de plus en plus fréquemment parmi les insectes associées aux denrées entreposés, en particulier chez la pyrale indienne de la farine dans le centre du Canada et chez le tribolium rouge de la farine, le tribolium brun de la farine et le cucujide roux dans la majeure partie du pays. L’usage répété d’un même type d’insecticide au même endroit accroît le risque de résistance chez l’insecte cible. Il convient donc de recourir à plus d’une méthode de lutte et de prévention et d’utiliser un insecticide uniquement dans les cas où c’est absolument nécessaire.

Pour lutter contre les insectes qui se cachent sous le plancher ou derrière les murs, il est préférable d’utiliser des poudres insecticides, car ces endroits sont difficiles à traiter avec des préparations liquides. Ces poudres se présentent habituellement sous la forme de farine de blé traitée enduite d’une formulation de malathion. Pour appliquer ce type de préparation, on peut utiliser une poudreuse ou balayer la poudre dans les fissures du plancher.

Les oléagineux absorbent les insecticides de contact des surfaces traitées. Par conséquent, on évitera de traiter les cellules destinées à leur entreposage. Si l’entrepôt est infesté, la marche à suivre consiste à balayer minutieusement toutes les surfaces, à détruire les balayures et à appliquer des quantités modérées d’insecticide de contact uniquement à la jonction du plancher et des murs.

Si des insectes ravageurs des denrées entreposées sont visibles sur les murs extérieurs de l’entrepôt, il faut traiter les murs et le sol autour de l’entrepôt. Même si ces insectes ne sont pas facilement visibles, il est plus prudent de traiter non seulement le grain répandu sur le sol, mais aussi les abords de l’entrepôt et le dessous des entrepôts surélevés.

Précautions à prendre durant l’application d’un insecticide

  • Lire le mode d’emploi sur l’étiquette et s’y conformer.
  • Vérifier le pulvérisateur et les tuyaux afin de détecter la présence éventuelle de fuites.
  • Éviter de renverser de l’insecticide.
  • Porter un masque protecteur muni des filtres approuvés durant le traitement d’enceintes closes comme les entrepôts vides.
  • Porter des vêtements protecteurs, un casque dur, des lunettes de sécurité, des bottes de travail en caoutchouc et des gants de caoutchouc durant le mélange et la pulvérisation.

Utilisation de concentrés

Le volume d’eau requis pour diluer les concentrés émulsifiables ou les poudres mouillables dépend de la quantité d’insecticide dans le concentré et de la dose recommandée contre le ravageur. L’exemple suivant montre comment calculer le volume d’eau à ajouter à un concentré émulsifiable à 50 % pour obtenir une bouillie de pulvérisation de malathion à 1 % :

(50 - 1)/1 = 49/1 = 49

Par conséquent, il faut ajouter une partie (0,1 L) d’une émulsion à 50 % à 49 parties (4,9 L) d’eau pour obtenir une bouillie de pulvérisation à 1 %.

L’utilisation d’une bouillie de pulvérisation de malathion à 1 % est recommandée pour la lutte contre le cucujide roux dans les entrepôts vides. La bouillie doit être appliquée uniformément à raison de 5 L par 100 m2 à l’aide d’un pulvérisateur portatif à air comprimé pourvu d’une buse à orifice de 0,4 mm (concentrés émulsifiables ou solutions huileuses) ou de 0,8 à 1,2 mm (poudres mouillables) de diamètre.

Traitement des grains

Ce traitement ne saurait remplacer les bonnes pratiques d’entretien. Toutefois, des formulations spéciales de malathion de qualité supérieure existent pour le traitement durable des céréales (8 mois à 1 an) contre les insectes au moment de l’entreposage. Ces formulations peuvent être pulvérisées sur le grain ou mélangées au grain sous la forme d’une poudre composée de farine de blé traitée, à des doses variant selon le débit du grain dans la vis à grain.

Mode d’emploi

Si la dose d’insecticide appliquée est supérieure à la dose recommandée, le prix de vente du grain risque d’être réduit par l’odeur de produit chimique qui s’en dégagera. Le grain traité ne doit pas être vendu dans les 7 jours suivant son traitement ni offert comme aliment aux animaux dans les 60 jours suivant l’application.

Pour le traitement du grain, la dose recommandée de malathion de qualité supérieure à 1 % s’établit à 0,8 L/t de blé. Le tableau 5 précise les quantités et doses de malathion à utiliser à cette fin. Le traitement confère une bonne protection contre les insectes, mais le grain devrait être entreposé dans de bonnes conditions et renfermer moins de 14 % d’eau, sinon l’insecticide se dégradera rapidement et son activité résiduelle diminuera.

Tableau 5 – Quantité et dose de malathion de qualité supérieure requises pour le traitement du grain. ¹
Débit (blé) Dose (pulvérisation à 1 %)
t/h t/min L/h L/min
¹ La Commission canadienne des grains ne recommande pas l’application de traitements protecteurs pour les raisons suivantes :
  • les insectes pourraient ne pas causer de problèmes;
  • d’autres mesures de lutte comme la ventilation ou le déplacement du grain sont préférables;
  • les traitements occasionnent l’accumulation de résidus chimiques dans le grain.
3 0,05 2,4 0,04
6 0,10 4,8 0,08
9 0,15 7,2 0,12
12 0,20 9,6 0,16
15 0,25 12,0 0,20

Fumigation

Les fumigants produisent des gaz qui sont toxiques pour les insectes du grain entreposé. Seules les formulations solides sont homologuées pour usage agricole. Comme ces produits sont également toxiques pour les humains et les animaux, leur utilisation devrait être confiée uniquement aux personnes qui ont reçu une formation appropriée. Il faut éviter d’inhaler les vapeurs et suivre le mode d’emploi inscrit sur l’étiquette (voir la section Précautions à prendre durant la fumigation). Le CO2 est homologué pour la fumigation du grain, mais les cellules doivent alors être parfaitement étanches. Les trémies faites de pièces d’acier soudées peuvent être rendues étanches au coût d’environ 300,00 $. Le coût de la fumigation à la glace sèche (CO2) est comparable à celui du traitement à la phosphine, mais les résultats sont plus longs à venir.

Le phosphure d’aluminium solide peut également être utilisé comme fumigant mais, comme il libère de la phosphine au contact de l’humidité atmosphérique, son emploi ne devrait être envisagé que dans les circonstances suivantes :

  • l’application est réalisée par un opérateur compétent détenant un permis approprié.
  • la température du grain est d’au moins 10 °C. Les fumigants atteignent leur efficacité maximale lorsque la température est supérieure à 20 °C. Si la température du grain est inférieure à 5 °C, la fumigation est contre-indiquée, et il est préférable de refroidir le grain en le transportant dans une autre cellule ou en le ventilant pour réduire l’ampleur de l’infestation.
  • le grain infesté est entreposé dans une cellule qui peut être étanchéifiée par obturation des fissures, crevasses et autres ouvertures de manière à ce qu’elle retienne le gaz pendant au moins 5 jours.
  • il faut combattre l’infestation rapidement avant de vendre le grain.
  • l’opérateur dispose d’un équipement de sécurité approprié en bon état (masque à gaz couvrant tout le visage, gants en caoutchouc et vêtements protecteurs et cartouche filtrante recommandée pour la phosphine).
  • Des tubes détecteurs de gaz ou d’autres matériel de détection sont disponibles.

Application

Au moment de calculer la dose de fumigant à appliquer en considération de la capacité de la cellule, il faut tenir compte de l’espace libre au-dessus du grain entreposé. Il importe d’utiliser le nombre de comprimés ou de pastilles recommandé par le fabricant. Les comprimés de fumigant solide (phosphure d’aluminium ou de magnésium) peuvent être ajoutés au moment du déchargement du grain dans la cellule étanchéifiée par une vis à grain ou enfoncés à intervalles réguliers dans la masse une fois la cellule remplie. Pour le traitement des cellules d’une capacité d’environ 27 tonnes, il faut laisser tomber les comprimés de fumigant par des tuyaux en métal enfoncés dans le grain (figure 13A). À cette fin, il faut d’abord choisir une douzaine de points répartis également à la surface du grain et les jalonner avec des piquets de bois, puis enfoncer un tuyau de 3 cm de diamètre et de 1,5 m de longueur à chaque point pour ensuite y laisser tomber un comprimé de fumigant à tous les 15 cm à mesure que le tuyau est retiré. Le traitement doit être amorcé dans la partie la plus éloignée de la porte de la cellule. Avant de fermer la cellule, il faut insérer quelques comprimés dans l’orifice de la vis à grain

Dans les cellules dont le sommet ne peut être étanchéifié, il faut recouvrir le grain d’une pellicule de polyéthylène afin de réduire la perte de fumigant et d’accroître l’efficacité du traitement.

Précautions à prendre durant la fumigation

Lorsqu’on utilise un fumigant, il faut respecter à la lettre les instructions inscrites sur l’étiquette et prendre les précautions suivantes :

  • Toujours porter un masque à gaz couvrant tout le visage durant la fumigation, que le grain soit déjà entreposé dans une cellule ou qu’il soit en train d’y être déchargé, ou lorsqu’on pénètre dans une cellule ayant été fumigée. Les respirateurs sont inefficaces chez les hommes portant la barbe, car ils ne procurent pas un joint étanche autour du visage.
  • Avant le début du traitement, toujours introduire un nouvelle cartouche filtrante dans le masque à gaz. Utiliser le type recommandé pour la phosphine. Cette cartouche ne protège pas contre les fortes concentrations à l’intérieur des bâtiments (plus de 2 % dans l’air) et ne fournit pas d’oxygène.
  • Ne jamais travailler seul.
  • Porter des gants secs en coton ou en un autre matériel imperrespirant. Aérer les gants utilisés et les autres vêtement protecteurs contaminés dans une enceinte bien ventilée avant de les laver.
  • Porter une combinaison et un casque dur.
  • Transporter à l’air frais toute personne présentant des symptômes de surexposition à un fumigant (étourdissement, vision trouble, vomissements et douleurs abdominales) et appeler immédiatement un médecin.
  • Après l’application du fumigant, clouer ou cadenasser les portes, sceller les ventilateurs et apposer un avis sur la porte.
  • Ventiler les enceintes fumigées jusqu’à ce que la concentration de phosphure d’hydrogène soit redescendue à 0,3 ppm ou moins avant d’autoriser à y pénétrer les travailleurs ne portant aucun équipement de protection. Comme la ventilation du grain traité peut prendre plusieurs semaines par temps froid, vérifier à partir de l’extérieur de la cellule et à l’aide de tubes détecteurs s’il reste du gaz avant de pénétrer et de demeurer dans la cellule pendant une période prolongée.
  • Ne pas nourrir le bétail de grain traité à moins d’avoir démontré, à l’aide de tubes détecteurs ou d’autres analyses, que ce grain est exempt de gaz.
  • Toujours tenir compte de la direction du vent. Si une habitation ou des animaux se trouvent à proximité de la structure à traiter et que le vent souffle dans cette direction, reporter la fumigation jusqu’à ce que le vent soit tombé ou ait changé de direction.
  • Ne pas effectuer de fumigation par temps très venteux.
  • Par mesure de prudence, toujours se tenir contre le vent durant l’application du fumigant pendant le remplissage de la cellule. Éviter de se tenir face au vent quand une cellule est en cours de fumigation.
  • La phosphine peut réagir avec certains métaux, notamment le cuivre, le laiton, l’argent et l’or, et provoquer leur corrosion en présence de conditions de température et d’humidité élevées. Enlever ou protéger le matériel comportant des composantes contenant de tels métaux (moteurs électriques, filage et systèmes électroniques).