Commission canadienne des grains
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Protection des céréales, des oléagineux et des légumineuses à grain entreposés à la ferme contre les insectes, les acariens et les moisissures



8. Légumineuses à grain

Insectes

Les insectes causent rarement des dégâts aux légumineuses à grain entreposées. Seules les bruches, de la famille des Bruchidés, peuvent infester les graines au champ et continuer de se multiplier pendant l’entreposage [Bruchus brachialis F., la bruche des vesces (F.); Bruchus pisorum (L.), la bruche du pois (F.); Bruchus rufimanus Boh., la bruche de la gourgane (F.) et Acanthoscelides obtectus (Say), la bruche du haricot (F.)].

Féverole (Vicia faba L.)

Risque relatif de dégâts associés à l’entreposage : faible

Normes de teneur en eau :

  • Grain sec : jusqu’à 16,0 %
  • Grain gourd : de 16,1 % à 18,0 %
  • Grain humide : plus de 18,0 %

Directives d’entreposage

La teneur en eau maximale recommandée pour l’entreposage des féveroles est de 16 % au Canada et de 15 % en Grande‑Bretagne. Au Manitoba, des féveroles ayant une teneur en eau de 14,2 % et n’ayant pas subi de dégâts par le gel ont été stockées pendant deux ans sans subir de dommages. Des grains de piètre qualité endommagés par le gel qui avaient été entreposés l’hiver à plus de 15 % d’humidité ont souvent subi des dommages par échauffement l’été qui a suivi.

Directives de séchage

Il est recommandé de sécher les grains à une température ne dépassant pas 32 °C. Le séchage devrait se faire en deux étapes si l’on doit réduire la teneur en eau d’au moins 5 % pour atteindre 16 % de teneur en eau en entrepôt. Laisser passer quelques jours entre chaque étape afin de permettre à l’humidité interne du grain de migrer à la périphérie. Il ne faut pas sécher les grains rapidement à des températures élevées, car les grains peuvent fendre et perdre leur pouvoir germinatif. Les grains peuvent aussi devenir surséchés à la périphérie et sous‑séchés à l’intérieur. Des grains sous‑séchés deviennent pâteux et, lors d’un entreposage prolongé, rancissent et s’échauffent. Lorsque la température de séchage dépasse 40 °C, la peau du grain se ratatine ou se fissure, surtout celle des grains très humides. Il faut empêcher que le grain ne se fissure, car cela crée une porte d’entrée pour les microorganismes qui entraînent une détérioration du grain.

Facteurs de déclassement

Les féveroles sont déclassées lorsqu’elles contiennent des grains échauffés et/ou pourris ou qu’elles dégagent une nette odeur d’échauffement ou de moisi. L’intégrité du grain est également un facteur de classement. Les féveroles sont classées Échantillon lorsqu’elles contiennent plus de 1 % de grains chauffés et/ou pourris ou qu’elles dégagent une nette odeur d’échauffement ou de moisi.

Aspect des grains échauffés et moisis

Les grains échauffés et/ou pourris ont une coloration anormale. Le tégument du grain varie de brun foncé à noir tandis que les cotylédons, sur des grains disséqués, sont havane ou bruns.

Problèmes d’entreposage

La récolte se fait normalement lorsque la gousse est noire et le pédoncule ratatiné. La perte d’eau étant lente dans le cas des légumineuses à gousses épaisses et charnues et à grosses graines, une période plus longue de mûrissement et de séchage peut être exigée avant le moissonnage-battage, en particulier dans les climats froids. Les graines contenues dans les gousses situées dans la partie supérieure du plant sont immatures lorsque la récolte se fait trop tôt. Ces mêmes graines ont aussi une teneur en eau plus élevée que celles des gousses situées plus bas. En raison des problèmes liés à une période de mûrissement prolongée, à une récolte tardive, aux dégâts par le gel et à une période de séchage prolongée, il est fréquent que les féveroles qui sont mises en cellules ne soient pas uniformes et qu’il faille par conséquent les surveiller attentivement pendant la période d’entreposage.

Haricots (Phaseolus vulgaris L.)

Cette espèce de légumineuse comprend, entre autres, le petit haricot blanc, aussi connu sous le nom de « fève blanche » (production la plus importante), le haricot rouge clair et le haricot rouge foncé, le haricot noir, le haricot pinto, le haricot rose, le petit haricot rouge, le haricot blanc Great Northern, le haricot à oeil jaune et le haricot canneberge.

Risque relatif de dégâts associés à l’entreposage : faible

Normes de teneur en eau :

  • Grain sec : aucune
  • Grain gourd : aucune
  • Grain humide : plus de 18,0 %

Directives d’entreposage

Une teneur en eau de 18 % ou moins est recommandée pour l’entreposage des haricots. Si l’on veut les stocker à long terme et s’en servir comme semences, une teneur en eau de 18 % est trop élevée, même à une température de 5 °C (tableau 6). Pour les stocker jusqu’à un an, il est recommandé d’amener la teneur en eau à au plus 17 %. Les haricots doivent être récoltés une fois les gousses sèches et le grain durci, mais avant le début de l’égrenage. Idéalement, la teneur en eau des haricots doit être entre 16 % et 18 % au moment du moissonnage‑battage. Si elle est plus basse, les dégâts peuvent être importants et entraîner des pertes financières, puisque les grains cassés ou fissurés peuvent servir seulement d’aliments pour le bétail.

Tableau 6 – Nombre estimé de semaines jusqu’à la diminution du pouvoir germinatif des haricots bruns
Température
d’entreposage (°C)
Teneur en eau (à l’état humide, en %)
11 12 13 14 16 18 20,5 23
Période maximale pour un entreposage sûr
(en semaines)
25 31 22 16 11 7 4 2 0,5
20 55 40 28 19 13 7 3,5 1,5
15 100 75 50 30 20 12 6 3
10 200 140 95 60 38 20 11 4,5
5 370 270 170 110 70 39 20 9

Directives de séchage

Le séchage est essentiel lorsque les haricots sont récoltés au stade humide en raison de la mauvaise température ou pour éviter des pertes excessives dues à l’égrenage. La température maximale pour le séchage des grains se situe entre 27 °C et 32 °C. Le séchage doit se faire lentement et, au besoin, en deux étapes pour éliminer l’excès d’humidité (voir féverole). Une attention particulière doit être apportée au séchage, car les grains peuvent fendre, même à des températures relativement basses. Les fissures constituent un facteur de déclassement et elles augmentent à des températures élevées. Durant le séchage, il faut garder l’humidité relative de l’air chauffé au-dessus de 40 %.

Facteurs de déclassement

Les haricots sont déclassés lorsqu’ils contiennent des grains échauffés ou moisis ou qu’ils ont une odeur d’échauffement ou une nette odeur de moisi. Les haricots sont classés Échantillon lorsqu’ils contiennent plus de 1 % de grains échauffés ou qu’ils dégagent une odeur d’échauffement ou une nette odeur de moisi, ou lorsqu’ils contiennent plus de 1 % de grains moisis. Les grains moisis sont caractérisés par la présence de moisissures bleu foncé à l’extérieur du grain, qui se développent dans les fissures des grains endommagés par les machines, ou de moisissures variant du jaune au noir à l’intérieur du grain, qui se développent dans la région centrale concave, commune au haricot rouge clair et au haricot rouge foncé.

Aspect des grains échauffés

Les petits haricots blancs échauffés ont un tégument de couleur terne allant de crème à acajou. La couleur devient plus intense dans la région du hile. En coupe transversale, la couleur des cotylédons varie de havane à brun foncé. Les cotylédons de couleur très pâle sont classés comme des grains endommagés plutôt que comme des grains échauffés. Dans le cas des haricots rouge clair et des haricots rouge foncé qui sont échauffés, le tégument est d’une couleur terne, variant de rouge foncé à noir. Il faut fendre les haricots pour déterminer le degré et l’intensité des dégâts causés par la chaleur.

Problèmes d’entreposage

Les dommages dus à la manutention mécanique des grains est un problème qui s’accentue lorsque la température et le taux d’humidité sont bas. Pour réduire les dommages, il faut utiliser, dans toute la mesure du possible, des transporteurs à courroie ou des chargeurs à benne frontale plutôt que des vis à grain. Il faut également éviter de laisser tomber les grains d’une hauteur excessive, en particulier sur un plancher de béton.

Pois (Pisum sativum var. arvense (L.) Poir.)

Risque relatif de dégâts associés à l’entreposage : faible

Normes de teneur en eau :

  • Grain sec : jusqu’à 16,0 %
  • Grain gourd : de 16,1 % à 18,0 %
  • Grain humide : plus de 18,0 %

Directives d’entreposage

Les pois doivent être récoltés lorsque les grains sont parvenus à maturité et qu’ils sont fermes à l’intérieur de la gousse. La récolte des cultivars à grain jaune commence lorsque les grains ont une teneur en eau de 16 %. Les cultivars à grain vert, eux, sont récoltés lorsqu’ils ont une teneur en eau de 18 % ou plus afin de préserver leur couleur, puis, s’ils sont destinés à l’entreposage, ils sont séchés jusqu’à ce qu’ils atteignent une teneur en eau de 16 % ou moins.

Directives de séchage

La température maximale de séchage est de 45 °C pour les grains destinés à servir de semences, de 70 °C pour ceux destinés à des utilisations commerciales et de 80 °C à 100 °C pour ceux destinés à l’alimentation des animaux. Une température au‑dessus de 45 °C nuit au pouvoir germinatif des pois, surtout les pois verts.

Facteurs de déclassement

Les pois sont classés Échantillon lorsqu’ils contiennent plus de 0,2 % de grains échauffés ou qu’ils ont une odeur d’échauffement ou de brûlé ou une nette odeur de moisi.

Aspect des grains échauffés

Les pois échauffés ont un tégument de couleur terne et des cotylédons d’une couleur anormale allant de havane pâle à brun foncé.

Problèmes d’entreposage

Pendant l’hiver, une croûte superficielle peut se former sur la couche supérieure des pois entreposés à une teneur en eau de 15 % à cause de la migration de l’humidité et de l’infiltration de la neige, surtout s’ils sont stockés à chaud et sans ventilation. Les grains ont tendance à s’agglutiner et, si on ne les remue pas, ils noircissent sous l’action des moisissures. Afin d’empêcher qu’ils ne s’agglutinent, il faut marcher périodiquement sur la couche supérieure de grains dans la cellule ou déplacer les premiers 30 cm de grains à l’aide d’une pelle.

Au printemps, avant de déplacer le premier chargement, il faut examiner la couche supérieure de grains. S’il y a une croûte noire, il faut l’enlever avec une pelle, sinon le premier chargement sera contaminé au moment du mélange. Ce genre de problème est particulièrement fréquent dans les cellules en acier qui sont trop remplies et aussi dans les bâtiments Quonset. Pour l’éviter, on utilise un chargeur à benne frontale pour diviser les grains et remuer les couches supérieures. Si des cellules à grains sont utilisées pour entreposer des pois, elles devront être renforcées, car, à cause de leur calibre et de leur forme, les pois exercent une plus grande pression latérale que le blé.

Soja (Glycine max (L.) Merrill)

Risque relatif de dégâts associés à l’entreposage : modéré

Normes de teneur en eau :

  • Grain sec : jusqu’à 14,0 %
  • Grain gourd : de 14,1 % à 16,0 %
  • Grain humide : de 16,1 % à 18,0 %
  • Grain mouillé : de 18,1 % à 20,0 %
  • Grain trempé : plus de 20,0 %

Dans le cas du soja, les teneurs en eau maximales permises pour les catégories (U.S.) 1, 2, 3 et 4 sont respectivement de 13, 14, 16 et 18 %.

Directives d’entreposage

Par temps sec, à l’automne, la teneur en eau du soja parvenu à maturité passe de 15 % au lever du jour à 10 % le midi. Le soja se réhydrate de nouveau la nuit suivante, et le cycle recommence le lendemain. On peut récolter le soja lorsque sa teneur en eau est faible, mais cela entraîne un accroissement des pertes au champ et des dommages importants causés par la machinerie. On peut réduire ces pertes en récoltant le soja quand il contient plus d’eau, avant que les gousses soient complètement mûres, puis en le séchant jusqu’à ce qu’il atteigne une teneur en eau propice à l’entreposage.

Pour le soja destiné à des utilisations commerciales, une teneur en eau de 13 % et de 10 % convient pour des périodes de stockage allant respectivement jusqu’à un an et jusqu’à cinq ans. Ces pourcentages ne tiennent pas compte de facteurs comme l’accumulation de semences fines sous les goulottes. Pour une même température et une même teneur en eau, le soja s’entrepose moins bien que le maïs égrené; en effet, pour une humidité relative de 65 % et une température de 25 °C, la teneur en eau du soja au point d’équilibre est de 2 % de moins que pour le maïs égrené.

Tableau 7 – Teneur en eau mis à l'échelle pour stock à l'utilisations commerciales market et à servir de semence.
Teneur en eau (%) Stock destiné à des utilisations commerciales Stock destiné à servir de semence
10-11 4 ans 1 an
10-12,5 De 1 à 3 ans 6 mois
13-14 De 6 à 9 mois Douteux, germination à vérifier
14-15 6 mois Douteux, germination à vérifier

Des moisissures de conservation peuvent se développer lentement dans le soja entreposé à des teneurs en eau variant entre 12 et 12,5 %; la vitesse de développement augmente quand la teneur en eau dépasse ce niveau. Lorsque la teneur en eau varie entre 12,5  et 13 %, les moisissures n’entraîneront probablement pas une perte de l’aptitude technologique du soja dans l’année, même si la température favorise leur croissance; par contre, la germination pourrait en être gênée. Le développement de moisissures de conservation dans du soja dont les teneurs en eau vont jusqu’à 13 % peut toutefois présenter un danger : il peut s’intensifier de façon soudaine, inexpliquée et parfois incontrôlable et provoquer l’échauffement des fèves.

Dans le cas d’un ensilage prolongé, les fèves de soja qui sont légèrement ou moyennement envahies par des moisissures de conservation sont davantage menacées que les fèves saines et peuvent se détériorer plus rapidement. Une fois que les moisissures de conservation ont partiellement envahi les graines, elles peuvent continuer de croître et de causer des dégâts à des teneurs en eau et à des températures légèrement plus basses qu’elles ne le feraient dans du soja sain.

Directives de séchage

Les températures maximales pour sécher le soja sans l’endommager sont de 43 °C lorsqu’on le destine à servir de semence et de 49 °C lorsqu’on le destine à des utilisations commerciales.

Facteurs de déclassement

Le soja est déclassé lorsqu’il contient des fèves échauffées, moisies ou rances, ou qu’il dégage une odeur d’échauffement ou une nette odeur de moisi ou une odeur désagréable. Les fèves échauffées sont déclassées suivant des exigences de classement reconnues. Aux fins du classement, on tient compte des fèves moisies et rances en même temps que des fèves échauffées. Le soja qui renferme plus de 5 % de fèves échauffées ou qui dégage une nette odeur d’échauffement ou de moisi est classé Échantillon.

Aspect des fèves échauffées, moisies et rances Dans le soja échauffé, la couleur du tégument varie de l’olive au brun foncé et celle des cotylédons, sur des fèves coupées en deux, de l’ocre au brun foncé. Les fèves moisies sont ridées et déformées, ont une couleur qui varie de brun moyen à brun foncé et sont souvent couvertes d’une moisissure grise. Elles peuvent aussi avoir une texture spongieuse et une odeur désagréable. Les fèves rances présentent une coloration rose foncé.

Problèmes d’entreposage

La plupart des cas graves de perte de qualité du soja entreposé sont attribuables à un manque de connaissance des conditions exactes qui prévalent dans les différentes parties de la masse. Les responsables doivent connaître, à tout moment, les teneurs en eau et les températures des fèves au sein de la masse et les maintenir à de faibles niveaux afin d’éviter le développement de moisissures. L’état des stocks au début de l’entreposage influence grandement leur conservabilité future. Les problèmes d’entreposage sont aggravés par la mise en cellules de fèves déjà légèrement ou moyennement envahies par des moisissures de conservation, par la présence d’une quantité importante de fèves cassées ou fendues et par la présence de semences fines dans les goulottes. Les fèves cassées ou fendues ainsi que les semences fines (surtout des graines de mauvaises herbes) constituent des cibles de prédilection pour l’échauffement et la détérioration qui s’ensuit. Celle-ci commence généralement dans les goulottes parce que les graines de mauvaises herbes à teneur élevée en eau s’y accumulent, empêchant l’air de pénétrer durant la ventilation. Même si, au moment de la mise en cellules, le soja contient seulement de 2 à 5 % de semences fines, les goulottes peuvent en compter entre 50 et 80 %.

Le ressuage constitue aussi un sujet d’inquiétude. Il se produit quand on retire les fèves refroidies de la cellule et qu’on les expose à un air qui est chargé d’une humidité relative élevée et dont la température est de 8 à 10 °C supérieure à celle des fèves. Dans ces conditions, l’humidité de l’air se condense sur les fèves et, lorsqu’on les remet dans la cellule, l’effet cumulatif du ressuage peut causer de l’échauffement.

Le danger de combustion spontanée du soja est réel, puisque, contrairement aux températures d’échauffement des céréales qui ne dépassent pas habituellement 55 °C, les températures atteintes par le soja lors de l’échauffement peuvent dépasser 200 °C. À une telle température, le poids sec des graines endommagées par l’échauffement diminue de 30 % au moins.