Commission canadienne des grains
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

La détérioration et l’échauffement des produits agricoles entreposés



Chapitre 6 – Lutte contre la détérioration et l’échauffement

Cette lutte comporte quatre étapes principales: une planification préliminaire, la détermination du problème, la façon de le traiter et de le résoudre, et, en cas d’échec, la récupération. L’accent est mis sur l’étendue et la nature du problème et les mesures appropriées qui doivent ensuite être prises.

Planification préliminaire

Lorsque c’est possible, consulter le chef du service local d’incendie, pour la conception ou la modification des équipements de prévention et de lutte contre l’incendie, ainsi que leur entretien, comme l’emplacement des conduites d’eau, de l’éclairage d’urgence et des sorties de secours. Le chef du service d’incendie doit bien connaître les installations et doit être invité à participer à des exercices d’incendie. Dans les installations, le personnel doit être équipé d’émetteurs-récepteurs et être formé au traitement des problèmes de détérioration et d’échauffement. Il doit également être informé des possibilités de danger.

Détermination du problème

Dès que l’on soupçonne une possibilité de détérioration ou d’échauffement, on a tendance à réagir immédiatement, ce qui conduit souvent à des mesures inappropriées. On doit éviter cette réaction spontanée puisque, avant de pouvoir prendre les meilleures mesures de lutte, il faut avoir répondu à certaines questions-clés: la nature et l’étendue du problème, le produit en cause, la répartition de la température, les équipements et le personnel disponibles. En mer, il faut obtenir des conseils grâce à la liaison par radio et savoir si les ports proches ont des équipements de lutte contre les incendies. On doit trouver des réponses aux questions suivantes :

  • De quelle nature est le problème? S’il s’agit de détérioration, elle sera probablement circonscrite à une partie des stocks. Si c’est de l’échauffement, le problème est peut-être plus grave car un incendie menaçant les stocks — et les installations, pourrait éclater.
  • Quelle est l’étendue du problème? La meilleure façon de la déterminer est de sonder les stocks avec un thermomètre ou un thermocouple pour établir le profil de la répartition de la température. Il ne faut à aucun prix ouvrir rapidement la masse de grain ou le contenu du silo pour rechercher la source de l’échauffement ou la détérioration, car l’exposition à l’air d’un feu qui couve dans le grain peut causer l’inflammation presque instantanée de toute la masse (Bowen, 1982). Si la température à l’intérieur de la masse de grains dépasse de 10 à 15°C la température ambiante, il existe une dangereuse possibilité d’échauffement. Dans la mesure du possible, il faut établir un profil thermographique de la matière entreposée (Rispin, 1978). Si la température à l’intérieur de la masse de grains est inférieure de 10 à 15°C à la température ambiante, il faut examiner en profondeur le contenu du silo avec une sonde de prélèvement et vérifier à l’oeil et à l’odeur une éventuelle détérioration.
  • Quels sont les produits en cause et sous quelle forme sont-ils? Il est important de savoir si les produits atteints sont des céréales, des graines oléagineuses ou des granulés, s’ils sont en sacs ou en vrac car, ces facteurs ont une incidence sur les mesures de lutte.
  • Quelles sont les disponibilités en personnel et en installations? Après avoir prévenu le chef du service local d’incendie, identifier le personnel sur les lieux et l’informer du problème, et rappeler le personnel en congé. Faire un inventaire rapide des cellules vides disponibles, des camions à parois de métal ou des zones pavées qui pourront être utilisées pour le transfert des produits.

Traitement et élimination du problème

Le résumé qui suit est un compte rendu de méthodes utilisées ailleurs pour traiter et éliminer les problèmes de détérioration et d’échauffement dans les produits entreposés en tas, à l’intérieur ou à l’extérieur, dans des cellules de ferme, des silos verticaux à garins ou à fourrage, ou dans des bateaux ou des installations portuaires, ou même qui peuvent survenir dans des machines comme des séchoirs ou des convoyeurs (tableau 7 et tableau 8). Il faut insister sur le fait que les méthodes décrites sont des lignes de conduite et non des instructions précises à suivre, lorsqu’il faut traiter un problème. La raison en est que chaque situation de détérioration et d’échauffement est unique avec ses propres facteurs qui peuvent changer d’un cas à l’autre et que les risques pour les humains et les conséquences fiancières sont élevés. Il est instamment recommandé de solliciter l’avis et les services d’un ingérieur en sécurité, qui saura aborder les problèmes de détérioration et d’échauffement, particulièrement complexes lorsqu’il s’agit de matières ensilées.

Tableau 7 – Méthodes de lutte contre la détérioration des denrées entreposées
Type d’entreposage Emplacement et type de détérioration Méthodes à employer
* Double masque à poussière; pause toutes les 15 minutes.
** Appareil respiratoire à réservoir, ceinture de sécurité et corde, deux travailleurs prêts à intervenir.
*** Appareil respiratoire à réservoir, ceinture de sécurité, deux travailleurs prêts à intervenir, sellette au-dessus des adhérences de la paroi.
Tas à l’extérieur Croûte supérieure, centre du tas Porter un masque*. Séparer les matières à la pelle, brûlé ou enterrer
Silos de ferme à ouverture sur le dessus À moins de 15 cm de la paroi Idem
Silos de ferme à revêtement de polyéthylène
Silos de ferme Autour des portes, sur les planchers des cellules presque vides, sous l’orifice de ventilation du toit, sous des trous dans le toit Idem
Silos de ferme Dans la masse intérieure (à la suite d’inondations) Porter un masque*. Sonder pour chercher la croûte, enlever les bons grains qui sont au-dessus, jeter la croûte et les grains qui sont dessous.
Silos de ferme À la surface ou tout près avec formation partielle ou complète de ponts Suivre les bonnes méthodes de sécurité pour entrer dans la cellule**. Désagréger les matières et les évacuer pour l’ouverture supérieure ou un orifice latéral découvert.
Silos de ferme et silos à grains verticaux Dans la masse, sous forme de ponts partiels ou complets, sous forme de masse durcie; à l’intérieur de l’auget de déchargement Use proper safety practices for bin entry.** Remove unspoiled material from above, using a portable pneumatic grain elevator (Fig. 11), loosen spoiled material, and remove it through the upper hatch in same manner. A less effective method is to cut a hole in the wall to unload the material.
À l’intérieur de la masse (premier stade de détérioration) Aérer, sécher, réensiler.
Silos à grains verticaux À l’intérieur de la masse (premier stade de détérioration) Mélanger en transférant dans un autre cellule; aérer, sécher, réensiler.
Silos à grains verticaux On walls as adherent material (hang-ups) Use proper safety procedures for bosun’s chair.*** Dislodge adherent material working only above the obstruction (Fig. 12), or dislodge the material, using a whip device from above bin.
Wagons En masses durcies à l’intérieur des wagons Porter un masque*. Déloger les matières agglomérées en les aspirant.
Navires et péniches (en sacs) À la surface des sacs Porter un masque*. Retirer les sacs, sécher à l’air; évaluer la qualité.
Navires et péniches (en vrac) Près de la surface, sous les joints de panneaux d’ouverture, sous forme de grains germés, dans les recoins Porter un masque*. Séparer à la pelle les matières durcies et moisies; évacuer au moyen d’un élévateur à godet ou par aspiration.
Au milieu de la cargaison sous forme de ponts partiels ou complets, à la suite d’une fuite dans les joints ou d’un trou dans la coque. Porter un masque*. Enlever le pont par aspiration sans mélanger, puis enlever les grains situés en dessous.
Au milieu ou au fond de la cargaison à la suite d’une entrée de l’eau par les ventilateur ou par les robinets de sécurité de fond de la cale, suivie de son déplacement vers le haut. Porter un masque*. Au moyen d’un système de déchargement pneumatique ou mécanique, enlever les bons grains. Repérer la croûte à la sonde. Enlever et jeter les croûtes ainsi que les grains détériorés qui sont dessous.
Tableau 8 – Méthodes de lutte contre l’échauffement et le feu dans les denrées entreposées
Type d’entreposage Nature de l’échauffement Méthodes à employer
* Exige l’utilisation d’un appareil respiratoire à réservoir, des ceintures de sécurité, des câbles et deux personnes prêtes à intervenir.
Tas à l’extérieur Échauffement ou combustion lente Localiser le problème au moyen d’une sonde à thermomètre; enlever la croûte et les matières échauffées; refroidir.
Tas à l’intérieur Idem Comme ci-dessus, ne pas faire trop de poussières; transporter à l’extérieur des bâtiments au moyen d’un godet-tracteur; refroidir.
Cellule de ferme ou silos à grains verticaux Échauffement Localiser la région du problème au moyen d’une sonde thermométrique; si la température est inférieure à 50°C, retourner ou aérer les stocks pour les refroidir; si l’échauffement est important, ne pas aérer à cause du risque d’inflammation.
Silos à grains verticaux Combustion lente dans les aliments moulus pour le bétail, les granulés ou les grains entiers Ne pas projeter d’eau ni de mousse sous pression à cause des risques d’explosion de poussières; porter un masque*. Fermer hermétiquement les ouvertures de façon à diminuer l’apport d’oxygène; purger soigneusement le contenu avec du N2 ou du CO2; mesurer la teneur en oxygène de l’atmosphère du silo et des espaces de travail et lorsque ce niveau est inférieur à 10 %, enlever le chargement.

Lorsque les grains sont refroidis, pratiquer un trou à la base du mur afin d’évacuer les matières.
Élévateurs à grains en bois Feu avec flammes Comme on ne peut généralement pas sauver les bâtiments, il faut arroser avec de l’eau, à distance de sécurité pour réduire les flammes. Ne pas arroser le grain, pour éviter sa détérioration. Sauver ce qui peut se déplacer, par exemple, les registres de comptabilité. Éviter de déplacer les matières en utilisant de l’eau ou de la mousse sous pression. Utiliser seulement une pompe manuelle dans l’élévateur.
Silos de fourrage vertical (déchargement par le dessous et le dessus) Feu de combustion lente Ne pas utiliser d’eau ou de mousse pour éteindre le feu par les panneaux d’ouvertures du toit; installer des affiches pour avertir les pompiers du danger d’explosion; ne pas fermer les panneaux d’ouvertures du toit s’il y a de la fumée ou de la vapeur qui en sort ou si le silo vibre; fermer mais ne pas verrouiller les panneaux d’ouvertures si le silo ne vibre pas et s’il n’y a pas de fumée ou de vapeur qui en sort pendant plusieurs heures; projeter du CO2 sur du N2 liquide dans le silo, en prenant les précautions de sécurité contre les gaz pour éteindre le feu. Voir les méthodes décrites par Murphy et Arble (1982) et par NIOSH (1986)
Incendie de séchoir Feu avec flammes Fermer le chauffage et le ventilateur; si nécessaire éteindre avec de l’eau.
Conteneurs Feu de combustion lente Voir les méthodes décrites par R.J. Brady et coll. (1979) et Nicholls (1984) et le chapitre 6 de ce livre.
Navires en péniches Feu de combustion lente et avec flammes Pour les détails sur l’utilisation du CO2, de l’eau et des autres moyens de lutte, voir R.J Brady et coll. (1979), Reanney (1969), Rushbrook (1979) et Taylor et Pucill (1982).

Problèmes de détérioration

On retrouve de nombreux champignons et autres spores dans les grains et les produits à base de grain détériorés. Pendant la manipulation, il faut porter un masque, prendre une pause tous les quarts d’heure à l’air frais et mettre en marche une ventilation croisée. On doit s’assurer d’avoir des équipements de sécurité et d’aide d’autres personnes avant d’entrer dans des cellules, des silos et des cales de bateaux pour y traiter des problèmes.

Grains en tas à l’extérieur

Plusieurs semaines après la moisson, le grain est souvent encore empilé en tas importants sur le sol, sans protection. Il peut se développer sur le dessus une croûte de grains moisis qui germent et la détérioration se développe à l’intérieur de la masse (Mills et Wallace, 1979). Il faut d’abord séparer la croûte externe et toute agglomération de grains moisis de ceux qui ne le sont pas et ensuite, il faut la brûler ou l’enterrer. Si cela est nécessaire, sécher le reste de la masse ou la refroidir dans un réservoir, jusqu’à ce qu’il y a un séchoir de libre.

Le grain entreposé dans des cellules provisoires s’ouvrant sur le dessus ou recouvertes de polyéthylène est plus porté à se détériorer que lorsqu’il est stocké dans des cellules en métal. La plupart des points chauds (et de détérioration) se forment en colonnes à moins de 15 cm des parois dans les deux types de cellules, et particulièrement en été, dans celles recouvertes de polyéthylène. La détérioration était probablement causée par l’eau coulant le long du cône de grains et pénétrant par les dépressions dans le grain ou des petits trous dans le plastique. Séparer avec une pelle le grain endommagé du grain sain (Muir et coll., 1973).

Cellules de ferme

Le traitement des problèmes de détérioration à l’intérieur des silos de ferme doit être soigneusement examiné. Déterminer visuellement et par sondage l’endroit et l’étendue de la détérioration, pour être certain que les meilleures techniques de traitement seront utilisées. Supprimer la détérioration dès le début en transvasant le produit dans une autre cellule, et en aérant de façon continue, jusqu’à ce que le front de température soit bien réparti à travers le grain, ou bien en séchant et en réensilant. Dans le cas de détérioration avancée, choisir des mesures de correction qui réduisent le risque de mélanger des grains détériorés et des grains sains, ainsi que des dommages à la cellule et aux structures voisines. Enlever les grains endommagés autour des portes, séparer les matières endommagées des matières saines sous les orifices de ventilation des toits ou les trous des toits, puis s’en débarrasser. Si les grains endommagés forment un pont ou une surface plus grande dans une cellule, ou à l’intérieur des systèmes d’auget, enlever graduellement le grain en bon état jusqu’à la zone endommagée. Enlever cette dernière par aspiration, à l’aide d’un élévateur à grain pneumatique portatif (fig. 11), en creusant et en sortant au moyen d’un treuil par une ouverture de la partie supérieure, en découpant un ou plusieurs trous sur les côtes, ou en enlevant une tôle de la paroi. On doit cependant prendre des précautions extrêmes lorsqu’on enlève les grains autour des augets bloqués, car les effets des différences de pression qui se créent peuvent causer l’effondrement d’une ou de plusieurs cellules et des transporteurs voisins. Si la détérioration est très importante et que les grains sont agglutinés par des champignons de moisissure, utiliser des pioches, mes marteaux-piqueurs, et même des motoculteurs pour les casser. Enlever par le dessus les matières endommagées; il est possible d’enlever le contenu d’une cellule endommagée par le dessous, au moyen d’une chargeuse frontale à travers la paroi de la cellule.

Élévateur pneumatique portatif destiné à déplacer le grain et les produits de grains

Figure 11 – Élévateur pneumatique portatif destiné à déplacer le grain et les produits de grains

Cellules inondées

Déterminer le niveau maximum atteint par l’eau, qui est généralement visible par les marques que laissent les débris sur la paroi extérieure de la cellule ou sur les bâtiments voisins, une foi que l’eau s’est retirée. À l’intérieur de la cellule, à ce même niveau, il y aura une couche de grains germés et moisis. Sauver les grains qui sont au-dessus de la couche germée avant que les odeurs de détérioration la traversent. Sécher les grains au-dessus de la couche germée sur une hauteur de 5 à 30 cm. Enterrer ou brûler les grains germés, moisis et détrempés (Mills et Abramson, 1981).

Silos à grains verticaux

Comme dans le cas des cellules de stockage à la ferme, traiter les premiers stades de la détérioration en transférant le produit dans une autre cellule, en aérant ou en séchant, et en réensilant. La détérioration avancée est plus difficile à traiter et à maîtriser, car le grain peut être aggloméré en une masse solide, par exemple si l’on ajoute un chargement humide dans un silo de grains secs. Lorsque ceci se produit dans la partie la plus basse d’un silo, ou en déchargeant, les augets sont bloqués par la masse de grains agglomérés. Enlever le produit non souillé par le haut, soit par aspiration, soit en sortant le produit au moyen d’un treuil ou au moyen d’un orifice pratiqué dans la partie supérieure de la paroi. Briser le produit souillé et l’enlever de la même façon. Déloger les matières adhérentes «adhérences» sur les parois supérieures de la cellule, en utilisant une sellette par le haut (fig. 12a). Une autre solution consiste à lancer un jet d’air comprimé de l’extérieur de la cellule (fig. 12b). Il faut être très prudent lorsqu’on utilise la sellette, car on a déjà vu des matières délogées enterrer rapidement des personnes qui travaillaient à des niveaux inférieurs à l’obstruction.

Removal of bin hang-ups

Figure 12 – Suppression des adhérences aux parois des cellules : A, au moyen d’une sellette, (noter la position de travail dans la partie supérieure qui est recommandée, et par contre la position de travail en position inférieure extrêmement dangereuse (d’après Boumans, 1985); B, au moyen d’un dispositif à dispersion télécommandée (Northern Vibrator Manufacturing Co., Georgetown, Ont.).

Wagons

On a observé de la détérioration dans des wagons-trémies après que la pluie eut pénétré par les panneaux ouverts avant le chargement, et dans des wagons contenant des graines à haute teneur en eau, que l’on avait égarés alors qu’ils étaient en route pour des installations commerciales de séchage. En hiver, la détérioration se produit dans des wagons contenant des matières fraîchement granulées qui ont gardé trop de chaleur résiduelle, ce qui conduit à une adsorption d’humidité et à une croissance de la moisissure qui rendent le déchargement impossible. Dans ce cas, déloger la matière détériorée, soit en creusant, soit avec des jets d’air comprimé, puis décharger par l’ouverture du haut. Il faut bien vérifier s’il y a des gaz nocifs et une déficience en oxygène. Il faut travailler à deux, en prenant les mesures de sécurité appropriées (Conseil national de la sécurité, 1962).

Navires et péniches

La détérioration se produit aussi bien en surface qu’en profondeur dans les cales des cargos, des transporteurs de vrac (fig. 13a, b) et des péniches en transit (Christensen et Kaufmann, 1978). La détérioration peut se produire à cause de grains qui commencent à moisir, de mélanges imparfaits, d’un taux d’humidité trop élevé, de la condensation (Knight, 1985) ou d’autres raisons. Avant de décharger, enlever à pelle les grains germés ou agglutinés en surface ainsi que les grains détériorés dans les zones plus profondes en forme de triangle, dans les coins, sous les articulations des écoutilles. Dans les cargos qui transportent des matières ensachées, surtout lorsqu’ils passent d’un climat froid à un climat chaud, il peut se produire sur les sacs de la condensation et un début de moisissure. Il faut décharger, sécher et évaluer le contenu des sacs touchés pour déterminer si leur qualité permet une utilisation finale.

Section médiane de A, cargo et B, navire de transport en vrac

Figure 13 – Section médiane de A, cargo et B, navire de transport en vrac : A, coffre électrique; B, protection de tuyauteries; C, réservoir de carburant; D, cloison de bois; E, échelle; F, bouchain ou fond de sale; G, ventilateur; H, grille de ventilateur; I, écoutille d’arrimage; J, coffret de dégaussage; K, vaigrages à claire-voie; L, paracloses; M, plafonds de bois sur support; N, tunnel de l’arbre d’hélice; O, réservoir latéral; P, écoutille de McGregor (ouverte); et Q, écoutille (fermée) (d’après Monro, 1969). Stockage des grains en tas à l’extérieur

Dans les navires de haute mer, une détérioration importante peut se produire, si l’eau s’infiltre par des joints de soudure ou un trou dans la coque, ou encore par les systèmes de ventilation et autres ouvertures du pont (fig. 13a). Dans chacun de ces cas, l’eau monte jusqu’à un certain niveau au-dessus duquel on doit décharger les grains secs par aspiration ou mécaniquement. La quantité d’eau dans la cale, son emplacement et le temps pendant lequel le grain a été exposé à l’humidité permettent de déterminer si le grain au-dessous du niveau doit être sauvé ou rejeté (tableau 7). La détérioration importante qui se produit à bord des navires de lac provient plus souvent de fuites par les valves de fonds de cale que de fuites par les joints ou les trous dans la coque, car la cale du cargo est séparée du bordé de la coque par un double fond et des réservoirs latéraux (H. Uustalu, communication personnelle, 1986).

Pour ce qui est de la détérioration en cours de navigation, elle ne peut être évité, qu’on utilise ou non les systèmes de ventilation à bord pendant le voyage, si le produit est trop humide ou trop chaud au moment de l’embarquement (Milton et Jarrett, 1970). La ventilation en surface de la cargaison de vrac par les systèmes de ventilation du pont est inefficace contre la détérioration profonde; elle est d’une utilité douteuse pour éliminer la détérioration de surface, et elle peut aggraver la détérioration si l’humidité relative de l’air dépasse 80 % et si la température de l’air dépasse 25°C (Christensen et Kaufmann, 1978). La meilleure façon de lutter, c’est la prévention. Idéalement, il faut sécher les chargements jusqu’aux limites sécuritaires d’humidité pour éviter la détérioration pendant le transport surtout quand il s’agit de longs voyages (Milton et Jarrett, 1970). La proportion de grains brisés affecte le taux de détérioration du maïs et doit être réduite au minimum par une manipulation prudente (Paulsen et Hill, 1977). Pour de plus amples détails sur les effets de la condensation et sur les dommages causés par les moisissures, les insectes et les acariens dans les cargos ayant ou non des conteneurs, voir Knight (1985).

Problèmes d’échauffement et d’incendie

On doit être extrêmement prudent lorsqu’on veut régler et traiter des problèmes d’échauffement dans des denrées entreposées, car, si l’on fait une erreur, il y a risque d’incendie et d’explosion. Il faut généralement éviter de remuer les matières échauffées avec de l’eau sous pression ou la mousse sous pression, car on risque une explosion de poussière. Dans chaque cas, un examen sur place doit être fait par un ingénieur en sécurité de l’endroit et par des pompiers spécialisés, qui détermineront la meilleure façon de régler le problème. Le tableau 8 donne un résumé des méthodes utilisées pour régler les problèmes d’échauffement dans divers silos d’entreposage.

Lorsqu’elles sont exposées à la pluie pendant 2 or 3 mois, les céréales entassées peuvent s’échauffer. À cause de la respiration des grains, il existe davantage de risque d’échauffement dans les tas de grains fraîchement moissonnés, de plus de 1000 t. Cette situation est aggravée par le développement à la surface d’une couche de germes qui bloque la circulation d’air et favorise l’échauffement. Tout d’abord, il faut découvrir l’emplacement de la zone échauffée à l’intérieur du tas et en prendre la température qui sera probablement de l’ordre de 30 à 60°C. Enlever et rejeter la croûte, puis enlever la matière échauffée avec un système à godet et la faire refroidir en couche de 30 cm sur une surface bétonnée. Lorsque la matière est refroidie, l’assécher et l’ensiler, ou la remettre en tas plus petits jusqu’à la vente.

Stockage des grains en tas à l’intérieur

Dans les granulés entassés dans les magasins, il peut se produire un échauffement et un feu qui couve(1) par suite d’addition accidentelle d’eau, soit à la suite d’inondation ou par des fissures au toit (2), il se peut aussi qu’une partie du stock soit plus chaude qu’il ne le faut, à cause d’un refroidissement inapproprié ou (3) parce que le stock contient des fragments métalliques chauffés pendant le traitement. L’échauffement des granulés est aggravé par des graisses animales, des graines oléagineuses ou des contaminants inflammables, dans les granulés ou sur le sol, et un tas échauffé, lorsqu’il est remué, peut s’enflammer subitement. Les tas de grains sont moins susceptibles de s’enflammer, mais ceci peut arriver quand, par exemple, on transporte accidentellement des grains brûlants à la suite d’un incendie et qu’on les incorpore au tas (Boumans, 1985). Déterminer d’abord l’emplacement de la zone d’échauffement dans le tas et sa température. Il faut éviter de déranger les matières en tas et de former ainsi des nuages de poussière qui risquent d’exploser. Enlever les matières non touchées, puis celles qui sont échauffées, avec un système à godet. Sortir les matières échauffées du bâtiment et les mettre en couche de 30 cm pour les refroidir. Il est déconseillé d’arroser les grains échauffés avec de l’eau (voir le paragraphe suivant).

Silos

Le traitement des problèmes d’échauffement des grains et du fourrage dans les silos verticaux est décrit par Campbell (1973), par la National Fire Protection Association (1968) et par le National Institute of Occupational Safefy and Health (NIOSH) (1986); les avis divergent parfois.

Selon le NIOSH (1986), la façon la plus efficace de combattre le feu dans un silo, c’est d’y injecter du dioxyde de carbone ou de l’azote. On ne doit pas diriger des jets d’eau ou de mousse sur le feu par les ouvertures supérieures du silo parce que de l’oxygène peut entrer dans le silo et provoquer la formation d’une poussière explosive en suspension (NIOSH, 1985). Pour de plus amples détails, voir la section sur les silos verticaux et Murphy et Arble (1982). Le NIOSH (1986) recommande des silos à limitation d’oxygène mais cette recommandation peut s’appliquer à d’autres types de silos. Si vous avez des doutes, consultez un expert.

Il y a quelques années, on a découvert que l’explosion d’un silo terminal de Thunder Bay, Ont., avait été causé par la formation de «gaz de houille», après qu’on eut mis de l’eau dans le silo.

Cellules de fermes et silos à grains verticaux

Les incendies se produisent lorsqu’on aère les matières qui sont à un stade avancé d’échauffement biologique et chimique; lorsque les granulés sont ensilés en même temps que des morceaux de matières agglomérées en fusion ou des fragments métalliques chauds; ou encore, lorsqu’on ajoute dans des cellules contenant des matières fumantes ou très chaudes, qui proviennent d’un incendie ailleurs dans l’installation. Les méthodes suivantes ont été utilisées pour combattre les feux qui couvent.

Azote (N2) Dingliner (1981) décrit (en allemand) un incendie important en Allemagne de l’Ouest qui avait éclaté dans un silo de granulés, et qui avait été maîtrisé avec succès au bout de 10 jours au moyen de 18 000 m3 de gaz N2 (fig. 14). Dinglinger déclare que, si l’on découvre un feu qui couve dans un silo contenant des granulés ou autres denrées à gros grains pour animaux, le feu sera alimenté en air frais par la chaleur des gaz qui créent un effet de cheminée. En fin de compte, les gaz se condensent et les produits en se collant peuvent former un pont près de la source de l’incendie. Dans ce cas, si l’on vide rapidement le silo sans le purger au préalable avec du N2 ou un autre gaz approprié, le pont peut s’effondrer et la poussière ainsi soulevée peut s’enflammer. On recommande les mesures suivantes en cas d’incendie dans un silo :

  • Fermer hermétiquement, aussi rapidement que possible, les ouvertures à la base et au plancher du silo, ainsi que les fissures le long des joints. Ceci évitera, ou du moins ralentira, l’alimentation en oxygène frais. Il se peut même qu’on évite la formation de ponts.
  • Purger les gaz qui sont dans les cavités du silo au moyen d’un gaz inerte. C’est une bonne initiative d’installer, à titre préventif, des bouches à cet effet, à la base et sur le plancher du silo.
  • En même temps, surveiller l’atmosphère dans le silo et dans les salles adjacentes.
  • Lorsque l’atmosphère dans le silo est telle que l’inflammation n’est plus possible (que 10 % de O2) on peut commencer à dégager.

Dioxyde de carbone (CO2) Boumans (1985) décrit des moyens d’utiliser le CO2 pour lutter contre les feux sans fumée ni flamme qui couvent dans les silos. Après fermeture étanche du silo, on applique du CO2 sous forme de gaz à raison d’environ 1 kg de CO2 par m3 de contenance du silo. Un robinet est fixé à l’entrée du silo pour permettre au CO2 de pénétrer sous pression. Des précautions particulières doivent être prises pendant l’application de ce procédé, afin d’éviter des risques de suffocation. À intervalles de quelques heures, on ajoute périodiquement du CO2, afin de maintenir le niveau de gaz voulu au sommet du chargement. Harvestore Products® (1982) donne le détail des instructions à suivre pour utiliser le CO2 dans la lutte contre les feux qui surviennent dans les silos à limitation d’oxygène du modèle Harvestore®.

Purge à l'azote d'un feu couvant dans un silo de minoterie contenant 80 t de fourrage

Figure 14 – Purge à l’azote d’un feu couvant dans un silo de minoterie contenant 80 t de fourrage : (1), glissière d’entrée; (2), filtre avec batteur; (3), farine pour alimentation du bétail; (4), poche de feu couvant sans flammes; (5), levier destiné à retirer le capot de sécurité; (6), raccord de tuyauterie destiné à l’entrée de N2; (7), N2; (8) canal circulaire avec perforations; (9), sortie (d’après Dinglinger, 1981).

Autres modèles

Dans le cas des silos ayant des parois donnant sur l’extérieur, on découpe un trou dans cette paroi au-dessus de la zone du feu, de façon à retirer les matières intactes, que l’on fait s’écouler très lentement dans des camions ou sur le sol. L’inconvénient avec la dernière de ces deux méthodes, c’est qu’elle risque de gêner d’autres opérations au niveau du sol. Meeker (1979) a éteint un feu dans un silo contenant des graines de soja en découpant un trou dans la région supérieure, de façon à retirer les matières intactes et un autre trou dans la partie inférieure pour en extraire les matières en combustion. Pour décharger, il vaut mieux ne pas utiliser le transporteur habituel. Dans le cas des cellules de stockage intermédiaire, on doit installer un transporteur à vis provisoirement fermé allant directement de la goulette de sortie vers l’extérieur et décharger le silo dans une atmosphère inerte en introduisant continuellement du CO2 dans le transporteur, ou mieux, au bas de la trémis près de l’orifice de sortie (Boumans, 1985).

Il ne faut jamais entreposer des matières déchargées qui contiennent (ou ont contenu) des blocs de matières chauffées et soudées entre elles sans observer une longue période de refroidissement en couches minces et sous surveillance étroite. Ce point est particulièrement important lorsqu’il s’agit de structures en bois. Même lorsque des blocs importants sont retirés par criblage, de petites portions de matières brûlantes peuvent rester, risquant de causer des feux ou des explosions en cours de traitement et d’entreposage.

Silos de fourrage verticaux

De nombreux feux, et occasionnellement des explosions, se sont produits aux États-Unis dans des silos verticaux contenant de l’herbe ou du foin entreposés (Koegel et Bruhn, 1971; Campbell, 1973; NIOSH 1986). Singley (1968) décrit la succession des événements qui ont conduit à une explosion au cours du déchargement par le bas d’un silo de 6 m sur 18 m, contenant du seigle et de la luzerne de première coupe à haute teneur en eau. Quatre jours avant l’explosion qui a soulevé le toit de béton qui pesait 15 t, des panneaux du toit et la porte de déchargement de la base avaient été laissés ouverts en vue de recevoir un nouveau chargement de foin, ce qui avait créé un effet de cheminée à l’intérieur du silo. Au moins 2 jours avant l’explosion, on avait observé que le foin livré par le déchargeur était passablement brûlé, ce qui entraîna la production de gaz inflammables, jusqu’au moment où le point d’inflammation du foin humide fut atteint. On parvint à éteindre le feu en y versant 9 000 L d’eau. Remarque : il est dangereux d’employer de l’eau pour éteindre les feux de silos (voir paragraphe suivant).

Le 27 août 1985, aux États-Unis, trois pompiers ont trouvé la mort quand l’incendie d’un silo à limitation d’oxygène a explosé. Les pompiers étaient en train d’arroser le foyer d’incendie par le haut du silo lorsqu’une explosion a soufflé le toit de béton du silo entraînant les pompiers dans une chute fatale. La cause de l’explosion était soit une accumulation de gaz combustibles d’une combustion incomplète ou soit une explosion de poussière ou un mélange des deux. Le fait d’ouvrir les portes du toit pour arroser peut avoir augmenter le niveau d’oxygène et créer ainsi une atmosphère explosive. Le courant d’air produit par le jet d’eau peut aussi avoir provoqué l’explosion. De plus, le giclement de l’eau peut avoir causé une suspension de la poussière et ainsi augmenté le danger d’explosion. Parce qu’on n’a pas employé des méthodes appropriées pour combattre l’incendie, parce qu’il y a eu des manques lors de l’opération elle-même et dans les méthodes d’entretien dans ce cas précis, le National Institute of Occupational Safefy and Health (NIOSH) a publié cette mise en garde et les recommandations qui suivent (NIOSH), 1986).

Les Services de lutte contre les incendies tiennent à préciser que diriger de l’eau ou de la mousse sur un feu par les portes du toit d’un silo à limitation d’oxygène peut provoquer une explosion à l’intérieur du silo.

Voici les recommandations de prévention des incendies et des explosions dans des silos à limitation d’oxygène :

  • Garder les portes fermées sauf pour le chargement et le déchargement des silos. Si le silo est bien scellé, la quantité d’oxygène emprisonné à l’intérieur est habituellement insuffisante pour entretenir l’incendie par auto-combustion.
  • Bien entretenir le silo en suivant minutieusement les instructions du fabricant pour que le silo garde ses propriétés de limitation d’oxygène.
  • La teneur en humidité du fourrage ensilé doit être contrôlée tout comme le type de coupe du fourrage. On doit respecter les taux de remplissage recommandés par le fabricant afin de réduire les possibilités d’auto-combustion. Murphy et Arble (1982) décrivent les éléments d’une bonne mise en silo.

Voici les recommandations de lutte contre les incendies dans les silos à limitation d’oxygène :

  • Ne pas envoyer d’eau ou de mousse synthétique sur le feu par les ouvertures du toit parce que cela peut faire entrer de l’oxygène dans le silo et provoquer la suspension d’une poussière explosive.
  • Placer une affiche sur le silo avertissant les pompiers qu’il s’agit d’un silo à limitation d’oxygène et fournissant les renseignements sur les techniques appropriées d’extinction.
  • Ne pas ouvrir les portes du toit si de la vapeur ou de la fumée en sort ou si le silo vibre.
  • S’assurer que les portes du toit ferment d’une façon sécuritaire si le silo ne vibre plus et qu’il n’y a plus de fumée ou de vapeur sortant des portes depuis plusieurs heures. Ne pas fermer les portes trop serré. Cela permettra de laisser s’échapper la pression qui pourrait s’accumuler.
  • Injecter de grandes quantités de dioxyde de carbone (CO2) ou d’azote liquide (NO2) dans le silo pour éteindre le feu. Certains silos ont des valves spéciales à cet effet. S’il est nécessaire de percer un trou dans le silo pour insérer le tube de gaz, bien prendre garde de ne pas faire entrer de l’oxygène dans le silo. Prendre toutes les précautions nécessaires habituellement à la manutention du CO2 et du N2. Pour le silo de 6 m de diamètre par 18 m de haut, il faut 20 cylindres standard de CO2 ou 40 cylindres standard d’azote liquide. Pour les silos de cylindrage différent ou des réservoirs de capacité différente, voir Murphy et Arble (1982).
  • Les manufacturiers, en collaboration avec les Services d’incendie, devraient mettre sur pied un programme en vue de fournir des valves d’injection de gaz pour la lutte contre les incendies et pour tous les silos à limitation d’oxygène actuels et nouveaux.
  • Certains manufacturiers, comme Harvestore® Products (1982), ont des instructions étape par étape sur la façon d’éteindre les feux de leurs silos. Les propriétaires de ferme peuvent se procurer ces instructions auprès du manufacturier.

Pour de plus amples renseignements sur les façons de combattre un incendie dans les silos à fourrage vertical et les autres, adressez-vous au National Institute for Occupational Safety and Health, 944 Chestnut Ridge Road, Morgantown, West Virginia 26505; tél. (304) 291-4595.

Séchoirs

Pour éteindre un feu qui éclate dans un séchoir, il faut fermer le chauffage et le ventilateur. Dans un séchoir à recirculation, si l’auget est laissé en état de fonctionnement, le feu peut s’éteindre de lui-même; mais il est souvent nécessaire d’utiliser de l’eau pour l’éteindre (Friesen, 1981).

Navires

La lutte contre les feux qui couvent dans des cargaisons demande un examen soigné de la situation, une somme de connaissances techniques et une équipe bien entraînée, armée d’un équipement moderne. La situation est d’autant plus difficile que le feu se produit dans une structure complexe en déplacement, fortement influencée par l’état de la mer et les conditions atmosphériques et souvent à des distances considérables de toute aide extérieure. Les facteurs qui s’appliquent sur un navire sont différents de ceux qui s’appliquent à un entrepôt sur terre et si l’on n’en tient pas suffisamment compte, on risque de perdre à la fois la cargaison et le navire. Sur un navire, chaque feu de cargaison présente une situation différente et doit être traité en conséquence. Tout d’abord la méthode à employer variera si le navire est au port ou en mer. Dans une publication de la Fire Protection Association (1986), on trouvera la description de la lutte contre un feu difficile à éteindre, probablement causé par l’auto-inflammation de fourrage mouillé, à bord d’un cargo en mer ou au port. Le lecteur pourra consulter d’excellents ouvrages sur la science de la lutte contre les incendies à bord des navires par Reanney (1969), R.J. Brady Co. (1979) et Rushbrook (1979). Dans R.J. Brady Co. (1979) et Nicholls (1984), on trouvera des détails sur la façon de combattre les feux de conteneurs sur les ponts et dans les cales des navires.

Nicholls (1984) décrit les problèmes rencontrés et les méthodes employées pour combattre deux feux à bord de navires à quai à Port Elizabeth, en Afrique du Sud.

  • Il est à noter que des problèmes de communication relatifs au langage et à l’emploi des termes nautiques se produisent souvent entre pompiers et équipage, ce qui complique les opérations de lutte contre l’incendie.
  • De plus, comme chaque navire est différent, les pompiers ont à travailler continuellement dans deux lieux qui ne leur sont pas familiers.
  • Un autre problème est la nécessité des rester conscient de la stabilité du navire, ce qui restreint l’utilisation d’eau.
  • À l’arrivée d’un navire, les pompiers doivent avoir les réponses aux questions suivantes :
    • qu’est-ce qui brûle? (selon toute probabilité)
    • quel est l’emplacement du feu? (selon toute probabilité)
    • quelle est l’étendue du risque que le feu se répande d’un compartiment à un autre?
    • quelle mesures a-t-on déjà prises pour lutter contre le feu?
    • quelles sont les installations fixes de protection contre le feu?
    • quelles est la nature de la cargaison? (d’après le manifeste du navire ou le plan de chargement).

Les feux de cales ouvertes, au début de leur développement, sont attaqués à partir de l’intérieur de la cale au moyen de jets à haute pression, ou à partir du pont au moyen de boyaux, en déplaçant la cargaison et en la déposant sur le quai au moyen d’une grue, puis en la noyant d’eau. Si le feu prend de l’ampleur, les écoutilles sont rapidement refermées avant qu’elles ne se déforment sous l’action de la chaleur et l’on introduit du CO2 au moyen des installations du navire. Les cales adjacentes sont inspectées, les cargaisons retirées des cloisons adjacentes tandis qu’on continue de décharger du CO2.

Les feux de cales fermées sont reconnaissables à la fumée qui sort des ventilateurs et des écoutilles. Pour commencer, on utilise des conduites d’eau à haute pression pour abattre les flammes avant que des équipes munies d’appareils respiratoires ne pénètrent dans la cale afin de déterminer l’étendue du feu et d’inspecter les cloisons. En aucun cas, on n’ouvre les cales, sinon le feu éclaterait et entraînerait des dommages sérieux dans la cargaison et même peut-être la perte du navire. Les ventilateurs sont arrêtés et recouverts de toiles imperméables tandis que les installations du navire déchargent du CO2 à l’intérieur de la cale. On peut encore répandre du CO2 à l’intérieur de la cale à partir d’un navire réservoir amarré à quai, à travers un petit trou que l’on creuse dans le pont et que l’on élargit progressivement. On descend un thermomètre à l’intérieur de la cale pour prendre les températures. Toutes les 2 heures, et même toutes les heures si la température ne diminue pas, on continue d’injecter du CO2. On peut arroser les cloisons intérieures et les côtés du navire. Une fois qu’on a déterminé que le feu est bien éteint après une inspection au moyen d’un appareil respiratoire, on introduit par l’écoutille de sécurité quatre conduites d’eau à haute pression et l’on noie la région atteinte avant d’ouvrir l’écoutille principale. On continue d’arroser jusqu’à ce que l’on soit certain qu’il n’y a plus de gaz dans la cale. À ce moment, les dockers peuvent entrer pour décharger la cargaison.

Les feux de conteneurs sont difficiles à combattre à cause de la hauteur du franc bord des navires qui entraîne une difficulté d’accès et à cause de l’instabilité inhérente du navire. De plus, l’eau ne peut être utilisée en raison de ses effets sur la cargaison et aussi à cause du problème de stabilité. Quant au problème de l’accès, il a été résolu en construisant un conteneur spécial sans toit, avec un côté retiré, qui sert à transporter l’équipement et le personnel sur le pont au moyen d’une grue. L’équipement et le concentré qui produisent de la mousse à expansion moyenne sont hissés sur le pont et la mousse est appliquée à travers les écoutilles verticales des côtés. Les conteneurs arrimés sur le pont sont déchargés en même temps, pour avoir un meilleur accès par les écoutilles. Les écoutilles ouvertes, on continue l’application de mousse à partir du haut, avec les écoutilles latérales fermées. Le conteneur atteint se reconnaît généralement à la décomposition plus rapide de la mousse et à un courant d’air ascendant. Après avoir retiré les conteneurs voisins, on arrose à haute pression le conteneur endommagé, puis on le transporte sur le quai (Nicholls, 1984).

Sauvetage

Après l’incendie, des compagnies de sauvetage récupèrent le plus possible de marchandises des installations endommagées. Ce travail demande une expérience considérable. Les compagnies d’assurance ont recours à des compagnies de sauvetage lorsqu’elles doivent répondre à des réclamations qui exigent l’intervention de spécialistes.

Directives générales applicables aux élévateurs à grains

  • À partir du moment où l’on découvre un feu dans un élévateur de grains en bois, il est généralement trop tard pour le sauver et pour sauver les produits, (fig. 18b). Il faut consacrer ses efforts au déplacement des wagons de chemin de fer, à la protection des provisions d’engrais et des élévateurs voisins et à la mise à l’abri des livres de compte.
  • Projeter de l’eau sur le feu lui-même afin de réduire son intensité et sur les autres installations, mais pas sur le grain. Plus le grain est mouillé, plus il est difficile de le sauver, car ce grain humide doit être séparé et séché par la suite. De plus, les élévateurs contiennent souvent plus de 6 000 t de grains, mais les séchoirs ne fonctionnent qu’à environ 6 t par heure.
  • Ne pas projeter d’eau à la même place pendant des heures.

Les causes des incendies qui se produisent dans les élévateurs de grains sont les suivantes, par ordre de fréquence: les pièces mécaniques (pièces en mouvement, roulements, pièces brûlantes qui tombent dans la poussière et autres); la foudre (rechercher comme indice des tiges de cuivre fondues); les incendies criminels (rechercher chiffons et bouteilles contenant du carburant); les systèmes électriques (moteur, filage, boîte d’inspection), et l’inflammation spontanée. Dans les élévateurs de petite taille, l’auto-inflammation est la cause la moins fréquente; elle se présente le plus souvent avec des huiles oléagineuses ou des aliments à l’usage du bétail, plutôt qu’avec des grains ordinaires. Dans des terminaux importants, il se produit plus souvent des problèmes d’échauffement, en raison du grand volume des produits entreposés, des fortes pressions, des espaces fermés et des gaz qui se forment dans les silos. La Grain Dealers Mutual Insurance Company (1961) fournit un compte rendu un peu ancien, mais encore utile sur le sauvetage des grains et des produits du grain.

Knight (1985) a écrit un livre de référence générale, à l’intention des surveillants de cargaisons, des estimateurs, des assureurs et autres personnes intéressées à l’emballage, au transport et à l’arrimage des marchandises dans le monde entier. La section consacrée à la description des principes généraux à observer lorsqu’on fait l’inspection de marchandises endommagées est d’un intérêt particulier.